« Rester Vivant » : Michel Houellebecq chef d’orchestre plastique au Palais de Tokyo

30 juin 2016 Par Yaël | 0 commentaires

C’est l’un des événements de l’été. Au cœur de la nouvelle saison du Palais de Tokyo, appelée ironiquement « Happy Sapiens », Michel Houellebecq se découvre plasticien dans une expo-fleuve. On le savait poète, chanté par Jean-Louis Auber, chanteur, acteur chez Kerven et Délepine, mais notre écrivain national, irlandophile et adulé à l’international est aussi photographe. Dans le cadre de l’extension du domaine de la lutte, il se montre également survivant. Sous le commissariat de Jean de Loisy lui-même, « Rester vivant » au Palais de Tokyo met en valeur toutes les facettes de cet artiste complet, exploite le travail de ses amis et puise dans son œuvre littéraire pour proposer un parcours surprenant. Une seule face de son travail manque peut-être : l’humour.
Note de la rédaction :

On entre dans l’exposition Rester vivant par un long espace sombre et très structuré. A peine éclairées, tombant parfois dans la pénombre, les photos urbaines de Michel Houellebecq s’exposent et décrivent notre monde, comme autant de pages de ses romans. Fonctionnant en séries (Arrangements, inscriptions, Matière, mais aussi Tourisme, France et Espagne), ses clichés rectangulaires semblent gris, même quand ils sont en couleurs. La section sur la France ressemble à du Depardon sans la tendresse et celle sur l’Espagne évoque un exotisme industriel qui serait fait d’usines et d’entrepôts. Le clichés offrent d’abord seuls, puis ils se mettent peu à peu à côtoyer des grandes installations qui détaillent de manière conceptuelle, chimique et arithmétique l’humain. Ainsi que des extraits projetés du film Plateforme, tourné à partir du livre en 2008. Soudainement, la pénombre s’efface et on entre au cœur d’une grande salle pop et criarde où le tourisme crie en violente couleurs avec autant de stalinisme et de mélancolie que le noir et blanc des salles d’avant.

Après passage dans un salon de campagne irlandaise un peu humide où l’on est invité à lire, l’on entre dans la partie collaboration. C’est chic (Iggy Pop tout de même !), c’est efficace, c’est de divers niveaux, mais c’est toujours inspiré par l’écrivain Houellebecq. La plus belle salle est signée Robert Combas, qui mêle autour d’une espèce d’atelier d’écrivain portrait de Houellebecq, mur de crucifixion brute et illustrations inspirées de poèmes du héros. Les photos de Maurice Renoma varient sur le genre nymphette, tandis que Marie-Pierre Gauthier varie en mode kitsch tartan sur le thème de Fox, le chien de Plateforme. Les couleurs s’immobilisent et l’on retombe sur de longs couloirs noirs et l’on revient au gris et aux photos de Houellebecq pour un final en forme de post-colonialisme avec œuvres de la série « Mission ».

Idéalement, Michel Houellebecq aimerait que ce retour à l’origine nous pousse à refaire une boucle dans le cercle de ce « Rester vivant », tout a fait intéressant et loin d’être déplacé au cœur du Palais de Tokyo. La boucle et bouclée et l’on tourne comme un électron libre dans la morosité très sophistiquée qui décrit l’univers houellebecquien. La mise en scène personnelle est aussi là mais il manque un des aspects irrésistibles de ses deux derniers romans : La Carte et le Territoire et Soumission : l’autodérision.

visuel : YH


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