« Picasso Primitif » ou la magie du geste créateur au musée du quai Branly

16 avril 2017 Par
Victoire Chabert
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C’est une exposition événement qui se déroule ce printemps 2017 au musée du quai Branly, organisée en collaboration avec le Musée national Picasso. Jusqu’au 23 juillet, PICASSO PRIMITIF nous offre un regard totalement inédit sur l’étroite relation qui unit Picasso et les arts d’Afrique, d’Océanie, des Amériques et d’Asie.

Picasso Primitif apporte une vision résolument nouvelle sur l’œuvre de Pablo Picasso, non pas en recherchant les preuves de son inspiration, comme cela a parfois été le cas dans le passé, mais en s’appuyant sur l’environnement créatif de l’artiste, puis en confrontant ses œuvres à celles des créateurs d’art premier.

La relation de Picasso aux arts dits “primitifs” débute en 1907. Cette année-là, l’artiste acquiert sa première œuvre extra- européenne – un tiki des îles Marquises. Il découvre également ces arts avec Derain et Vlaminck, et sera boulversé par sa visite du musée du Trocadéro. Il en sort ébranlé : « J’ai compris ce qu’était le sens même de la peinture… C’est une forme de magie qui s’interpose entre l’univers hostile et nous, une façon de saisir le pouvoir, en imposant une forme à nos terreurs comme à nos désirs. Le jour où je compris cela, je sus que j’avais trouvé mon chemin. » Picasso cité par Françoise Gilot, Vivre avec Picasso, 1964.

Picasso et les arts primitifs 1900-1973

sans-titre4Dans une première partie intitulée “Chronologie”, l’exposition établit de manière (trop) factuelle les œuvres que Picasso a vues, celles qu’il a acquises, avec lesquelles il a vécu. Grâce à de nombreuses photographies de l’artiste, le fil qu’on perd un peu, tente de retracer dans le temps les objets qu’il a chassé, collectionné, et qu’il conservera toute sa vie durant. Cette scénographie prend la forme d’une enquête fastidieuse qui révèle les principaux points de rencontre entre Picasso et les arts dits « primitifs ». « Mes plus grandes émotions artistiques, je les ai ressenties lorsque m’apparut soudain la sublime beauté des sculptures exécutées par les artistes anonymes de l’Afrique. » Picasso / Apollinaire, Correspondances, Paris, Gallimard, 1992. 

Ce parcours quelque peu lassant a pour but d’interroger le visiteur sur la question des influences et des véritables contacts de Picasso avec les arts dits « primitifs ». Après ce passage inventaire, l’exposition met le curseur sur ce qu’il y a de commun entre les créateurs d’art« primitif » et Picasso dans leurs démarches plastiques. Un artiste anonyme africain aurait pu créer une œuvre de Picasso et réciproquement. Il s’agit de voir comment des problématiques plastiques, des matériaux, des procédés millénaires et universels ont été mis en œuvre par des artistes d’ailleurs et par Picasso.

Corps à corps

C’est dans une deuxième partie intitulée “Corps à corps”, que l’exposition dévoile la façon dont Picasso et de grands artistes non occidentaux se rejoignent dans l’expression d’archaïsmes universaux. Organisée en trois sections – Archétypes, Métamorphoses et Ça, cette approche fait dialoguer l’extraordinaire richesse des œuvres de Picasso avec celles, non moins riches, des artistes non occidentaux. Picasso trouve dans ces œuvres qu’il a collectionnées toute sa vie, une résonance avec ses recherches de construction du réel. Le “primitif” ne s’entend plus alors comme un stade de non-développement mais comme l’accès aux couches les plus profondes, les plus fondatrices de l’humain.

sans-titre6 sans-titre7C’est autour du corps et des visages que se rencontrent les figures archétypales de la nudité, de la verticalité et de la schématisation dans des créations qui empruntent tour à tour au figuratif ou à l’abstrait.

Le dialogue se poursuit avec l’étonnant usage des matériaux, l’imaginaire des trouvailles, leurs assemblages dans le jeu virtuose des métamorphoses. La richesse des variations autour de la figure passe par la défiguration, la  destruction, les multiples apparitions du masque, hybrides et ambivalents.

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Au cœur des rencontres et des transformations des corps se tient l’énigme de la sexualité et ses fantasmes. Dans leur profondeur, le Ça, le sauvage, la pulsion et la perte s’expriment et circulent selon des modes inconscients et que la création des artistes font affleurer selon des modes rituels voir même exorcistes. « Mon premier tableau d’exorcisme » disait Picasso à propos des Demoiselles d’Avignon. Il en créa bien d’autres, comme de nombreux artistes dans le monde pour exprimer l’indicible…

Visuels : Droits réservés musée du quai Branly : Jacques Chirac / RMN-GP (musée national Picasso-Paris)


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