« Persona » : l’expo-révolution pour les 10 ans du Quai Branly

27 janvier 2016 Par Araso | 0 commentaires

Le musée du Quai Branly fête cette année ces dix ans. L’occasion d’offrir à ses visiteurs une très belle surprise avec l’exposition Persona, sous le commissariat pointu d’Emmanuel Grimaud, anthropologue, chargé de recherche au CNRS. Persona explore les différentes facettes de la présence: son sens passé, présent et futur dans un tour d’horizon très complet entre arts premiers et art contemporain, entre science et occultisme. Une exposition qui détonne dans le paysage du Quai Branly, et cela fait vraiment du bien.

Note de la rédaction :

Si le musée du quai Branly et le Palais de Tokyo avaient un jour décidé de s’associer pour un projet ce serait celui-ci. L’exposition Persona n’a absolument rien à voir avec les expositions auxquelles est habitué le public du musée. Confirmant une direction timidement amorcée fin 2015 avec une discrète installation Le Comte des Nuagesle musée se dote cette fois de l’aide précieuse de l’anthropologue Denis Vidal et du professeur d’histoire de l’art Thierry Dufrêne, avec Anne-Christine Taylor-Descola, directeur de recherche émérite au CNRS comme conseillère scientifique. Une exposition qui fait écho aux débats actuels autour de l’intelligence artificielle et résonne avec celle proposée par le musée Pompidou de Metz en 2015, Cosa Mentale.

Comment faire le tour de la question d’un sujet aussi vaste que la présence, sans passer à côté ni tomber dans le piège de l’éparpillement? Grâce à un commissariat soigné et une scénographie intelligente, le pari est réussi. De l’infiniment grand à l’infiniment petit, de l’humain à l’animal, de l’Orient à l’Occident et de la Terre à l’Espace, tous les sujets sont abordés, méthodiquement et succinctement. Le but est d’attiser la curiosité et de surprendre, non pas de saturer les esprits. Aussi, l’évocation des sujets est à chaque fois volontairement superficielle, tout en étant très fouillée et remarquablement intelligente. Face à un sujet aussi flou et aussi spirituel que la présence, il convient en effet d’adopter une logique et de s’y tenir.

Ainsi navigue-t-on à travers plusieurs salles, qui sont autant de chapitres. Il y a quelqu’un? nous entraîne dans les contours de ce qui fait que des objets, en apparence très éloignés de tout ce qui ressemble à un humain, peuvent être qualifiés de « personnes ». Une illustration filmée de l’expérience de Heider et Simmel y est présentée et des explications pointues ponctuent un parcours largement didactique. Plus loin, on peut y contempler une version contemporaine du Jardin des délices de Jérôme Bosch, revisité par Wolfe von Lenkiewicz. Il y a personne! joue sur les notions d’intensité de présence et de détection. On y découvre toute la passion qu’Edison vouait à l’occultisme et toutes les ressources qu’il a mise au service du progrès de cette science obscure.

La Vallée de l’Etrange fait entrer le visiteur dans cette zone d’inconfort, où ce qui est humanoïde devient inquiétant avec des installations furieusement animées. Enfin, l’exposition emmène le promeneur dans une drôle de maison témoin d’un futur peut-être pas si loin où les robots pulluleront dans notre quotidien. « Les machines se multiplient bien plus rapidement que les hommes, et presque aussi vite que les insectes les plus prolifiques » (Bruno Munari, Manifeste du machinisme, 1952) indique l’un des nombreux cartels aux riches références littéraires et scientifiques.

A noter qu’au milieu des amulettes, des prothèses et des fétiches, on croise dans l’exposition des images et des videos de spectres, de mygales géantes, des têtes momifiées et des objets à caractère très sexuel, voire carrément pornographique. On recommandera donc d’éviter d’y emmener les plus jeunes et les plus sensibles.

Visuels © Araso


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: