« Ô vous frères Humains », les coulisses de l’illustration de Albert Cohen par Luz au Mahj

1 mars 2017 Par
Yaël Hirsch
| 0 commentaires

Jusqu’au 28 mai 2017, le sous-sol du Muse d’Art et d’Histoire du Judaïsme met en lumière la rencontre du dessinateur de Charlie Hebdo avec le livre d’Albert Cohen sur son enfance en tant que juif venu de Salonique pour habiter avec patriotisme et ferveur dans le Sud d’une 3e République qu’il a littéralement idolâtrée par un autel dans sa chambre d’enfant.

luz-o-vous-freres-humaines-mahj-4

Sortie en avril 2016 aux éditions futuropolis (136 p., 19 euros), le beau livre  Ô vous frères humains contient uniquement du dessin : celui inspiré à l’ancien de Charlie Hebdo, miraculé des attentats du 15 janvier 2015 et auteur de nombreuses « unes » dont la douloureuse, tendre et ultime caricature du Prophète en Une du « numéro des survivants » le 14 janvier 2015.

Inspiré par le texte autobiographique d’Albert Cohen (1972) qui revient au tournant du siècle sur son vécu de petit juif de 10 ans, le dessin de Luz est à la fois passéiste et expressionniste. Des scènes quotidiennes d’u petit à la Belle époque font peu à peu place à l’illustration de la scène capitale de Ô vous frères humains : celle où un bonimenteur pointe le petite Albert du doigt et le traite de « sale youpin ».

luz-o-vous-freres-humaines-mahj-3

Dénonciation et assignation identitaire insupportable qui plonge le petit dans le désarroi et fait écrouler toute la stabilité de son monde. Dans une première salle, l’on retrouve le visage accusateurs et allongé de l’antisémite, la petitesse mignonne, écrasée par son cartable du gamin confiant de dix ans, tandis qu’une deuxième salle met en avant la progression du dessin de Luz, notamment pour le dessin métaphysique de « frères humaines plongés » ensemble dans un tourbillon de foule.

luz-o-vous-freres-humaines-mahj-1Enfin, une troisième présente entre quelques planches supplémentaires le fameux grand entretien que Albert Cohen a accordé à Bernard Pivot pour Apostrophes en 1977, racontant son parcours pendant une grade heure, exerçant la plus grande des fascinations tout en manipulant son chapelet. Avec Luz, on relit tout Albert Cohen à l’aune d’une phrase clé et au moins aussi importante que le désir de plaire sans le corps de Solal « Ne plus haïr importe plus que l’amour du prochain ».

visuels : photos de l’exposition (c) YH