Monumenta 2016 : Huang Yong Ping à l’abordage du Grand Palais

9 mai 2016 Par Géraldine Bretault | 1 commentaire

Après l’exposition des Kabakov en 2014, qui s’était soldée par une fréquentation mitigée, Monumenta revient au Grand Palais pour sa 7e édition, sous la forme désormais d’une biennale. Cette édition a été attribuée à l’artiste Huang Yong Ping, sélectionné sur jury, avec un commissariat confié à Jean de Loisy. Venez découvrir Empires sous la grande nef du Grand Palais jusqu’au 18 juin…

Note de la rédaction :

 

Dès le premier pas sous la nef, le regard bute sur une haie infranchissable de conteneurs, qui pousse à lever les yeux pour trouver une échappée : la verrière de la nef impose une limite à cet empilement, que l’on devine sinon potentiellement infini. D’emblée, le ton est donné : Empires n’offre aucun un répit face à notre monde agité et saturé, comme avaient pu le faire auparavant Anish Kapoor avec son Léviathan matriciel, ou Daniel Buren avec sa forêt de parasols colorés.

Dès son arrivée en France en 1989, juste avant le Massacre de Tiananmen, Huang Yong Ping s’est en effet distingué par des œuvres puissantes, des installations souvent monumentales, en prise avec les lieux de leur intervention. Depuis, s’il n’est guère connu du grand public, l’artiste a obtenu sa naturalisation française, et a d’ailleurs représenté la France à la Biennale de Venise de 1999. Huang Yong Ping semblait donc posséder toutes les qualités requises pour répondre à un projet de cette envergure. Car comme l’a très bien analysé Anish Kapoor, auteur de la plus fréquentée des éditions de Monumenta à ce jour, les deux principaux écueils à affronter sous la nef du Grand Palais sont l’espace et la lumière :

« L’espace, d’abord, semble presque aussi vaste dedans que dehors. La lumière ensuite, quasiment cristalline. Elle est dure. Elle tue pratiquement les objets. Le plus grand problème ici, c’est de travailler avec ces deux choses. »

Huang Yong Ping réussit la prouesse de remplir la nef au point de provoquer une nausée des plus existentialistes, tout en ménageant du vide, un espace de déambulation qui permet à l’individu de se mesurer aux dimensions des empires économiques de notre époque, l’imagination galopante.

Le titre est déjà un programme en soi, cet Empires avec un -s qui sème le trouble : de quel(s) empire(s) parle-t-on donc ici ? économiques ? politiques ? Intéressant de noter que le commissaire Jean de Loisy n’est autre que le commissaire de Une brève histoire de l’avenir, réflexion sur ce même sujet menée au Louvre en 2015 à partir de l’ouvrage éponyme de Jacques Attali… Entre symbole et métaphore, entre Occident et Orient, Huang Yong Ping jette des passerelles entre ces entités hermétiques bien que mondialisées, sous une forme à la fois percutante et désarmante par sa simplicité trompeuse.

Depuis ses origines, Monumenta ambitionne par ses dimensions même de magnifier l’art contemporain comme à travers une loupe grossissante afin de permettre sa rencontre avec le plus large public, comme si l’emphase était un puissant révélateur sûr de toucher les cordes sensibles. En ce sens, il serait peu judicieux de décrire par le menu ce que vous trouverez entre ces conteneurs : ménageons la surprise, d’autant que sur place sont déjà présents des médiateurs, plusieurs écrans vidéos ainsi qu’un panneau explicatif.

Cette pièce de Huang Yong Ping est finalement emblématique du rôle des artistes contemporains : repousser les limites du système capitaliste jusque dans ses retranchements – comme le fait d’avoir imposé aux acteurs de Monumenta (le ministère de la Culture, le centre des Arts plastiques et la RMN) de consolider le sol de la nef afin qu’elle puisse accueillir le poids de cette œuvre, quand bien même il demeure impossible de s’extraire du système marchand mondialisé que Huang Yong Ping désigne avec son œuvre : sous ce même espace de la nef, on retrouve comme pour les éditions précédentes une rassurante boutique en fin de parcours, où sont proposés aussi bien des magnets à l’effigie de l’œuvre, que des ouvrages permettant de s’instruire sur la culture chinoise, entre taoïsme et confucianisme.

Ouf, le monde tel qu’on le connaît n’est pas près de s’écrouler…

Visuels : © Empires, Monumenta 2016  © ADAGP Huang Yong Ping, courtesy de l’artiste et kamel mennour, France
et © photos de Didier Plowy pour la Rmn-Grand Palais, Paris 2016


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