« Montmartre, décor de cinéma », une passionnante mise à jour des liens entre le 18e arrondissement et le 7 e art

12 avril 2017 Par
Yaël Hirsch
| 0 commentaires

Jusqu’au 14 janvier 2018, le Musée de Montmartre propose une exposition exceptionnelle qui met en lumière les liens entre Montmartre et le 7e art. Lieu des premières projections des frères Lumière, siège de la Fémis, Montmartre a été sublimé et exposé par le cinéma comme aucun quartier de Paris, entre autres par Marcel Carné, Jean Renoir, Jean-Pierre Jeunet ou Woody Allen. Brillamment pensée et magnifiquement scénographiée, l’exposition Montmartre, décor de Cinéma constitue une somme importante qui éclaire à la fois l’histoire du quartier mythique de Paris et l’Histoire du cinéma.

montmartre-decors-de-cinema

C’est dans la magnifique Maison de la rue Cortot, à côté de l’atelier de Suzanne Valadon et de la chambre de Maurice Utrillo que, sur deux étages, « Montmartre et le cinéma » permet de projeter à l’intérieur du musée les 100 visages du quartier, vu par le 7 e art. Accompagnés par un guide adéquat, le résident du quartier Marcel Aymé par un système audio efficace pour entendre les scènes de films, c’est de manière thématique qu’on entre dans l’envers du décor à travers des extraits de films, des photos de tournages, des affiches en Français mais aussi en Anglais et en Chinois, des livres, bibelots et aussi des dessins préparatoires aux scènes de films qui sont tout à fait dans l’esprit de Toulouse-Lautrec. Il y a d’abord le Sacré-coeur, héros de Marguerite de la Nuit, de Claude Autan-Lara (1955), puis les fameux escaliers de la butte qu’on retrouve sur l’affiche de Juliette ou la Clef des songes de Marcel Carné (1050), qui n’a pas hésité à reconstituer le métro de Barbès pour les besoins d’un autre de ses films Les Portes de la nuit (1946).

En effet, paradoxalement, alors que les frères Lumières projettent leur films dans les magasins Dufayel en 1896 et que l’exposition liste au moins 50 cinémas autour de la butte, la colline encore champêtre de Montmartre n’attire pas immédiatement les projecteurs. On tourne un peu autour avec le Moulin Rouge de French Cancan de Jean Renoir (1954), d’Un Américain à Paris de Vincente Minnelli (1951) ou de John Houston (1952) ou le Pigalle sulfureux et poétique de Raimu et de M’sieur la Caille de André Pergament (1955). On tourne aussi autour aussi bien quand on représente à l’écran le fameux Lapin agile, ou quand Truffaut concentre sa trilogie, rue Lepic.

Alors que la magnifique scénographie de Saluces Deign et Clap 35 imprime sur les murs des escaliers, à l’étage l’on fait face à des raretés avec un banc public en intérieur et des projections de scènes atypiques à Montmartre, comme dans Les enfants du paradis (1945), toujours de Carné mais aussi dans Crainquebille de Jacques Feyder (1922).


Tandis-que l’opéra Louise de Charpentier mis en film par Abel Gance (1939) fait le lien entre music-hall et cinéma, l’onirisme aussi très présent avec l’échappée montmartroise de la Science des Rêves de Michel Gondry. On finit par une plongée magique dans l’univers d’Amélie Poulain, film mythique et iconique, où l’on réalise combien la créativité fétichiste de Jean-Pierre Jeunet est aussi archivistique et géniale, à grands renforts de photomatons et de collages quasi-dadas. Quant aux photos de tournages, elles enveloppent Audrey Tautou et Matthieu Kassovitz dans une aura qui les relie directement à Michèle Morgan et Jean Gabin.

Extrêmement riche, très structure, tissant des fils entre tous les aspects du cinéma et la vie et l’image de Montmartre, cette exposition sur un quartier aussi souvent utilisé comme personnage principal que comme « décor » est indispensable.

visuel : affiche de l’exposition et YH


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *