« Magritte : la trahison des images » au centre Pompidou : démonstration magistrale !

20 septembre 2016 Par Géraldine Bretault | 0 commentaires

Gageons que l’exposition Magritte au Centre Pompidou sera un des block-busters de la saison ! Attention toutefois, un chapeau melon peut en cacher un autre : derrière la séduction évidente des tableaux du Maître, véritable appel du pied à l’imaginaire, se cache une réflexion philosophique ardue sur les questions fondamentales de la peinture et de la représentation. 

Note de la rédaction :

Après Marcel Duchamp, Anselm KieferPaul Klee, le centre Pompidou poursuit sur sa lancée, dans une veine intellectuelle et discursive qui, loin d’ignorer les joies de la délectation pure face à l’œuvre d’art, en fait au contraire la condition sine qua non d’une contemplation sublimée. 

Dans un parcours savamment articulé, le commissaire de l’exposition Didier Ottinger s’efforce de redonner toute sa place à l’ambition essentielle du peintre, qui devait le hanter pendant la majeure partie de sa vie : celle de la relation entre le verbe et l’image. Épris de philosophie, il nourrit le secret espoir de parvenir à hisser la peinture au rang de cette noble discipline entre toutes.

Ne cherchez pas l’anecdote, les photos de Georgette, sa compagne, ou de ses loulous de Poméranie : place à la philosophie, aux enjeux de la dialectique hégélienne, aux nombreux « problèmes » que Magritte se proposait de résoudre en peinture – la pluie, la femme, la porte, etc.

Chaque salle du parcours illustre la réponse de Magritte à un des grands récits fondateurs qui, depuis l’Antiquité, ont tenté d’aborder la question de la mimesis et de statuer sur place relative de l’image par rapport au Verbe. Ainsi, de l’allégorie de la caverne de Platon en passant par les récits de Pline l’Ancien et de Cicéron (l’invention de la peinture par Dibutade, les femmes de Crotone, l’histoire des peintres Zeuxis et Parrhasios), nous voyons comment Magritte en décompose un à en les éléments formels (le feu, l’ombre, la silhouette, la beauté féminine) et structuraux pour tenter de traduire sa réflexion en image picturales.

Un parcours qui a surtout le mérite de rappeler que l’étiquette de « peintre surréaliste » souvent accolée au nom de Magritte ne saurait suffire à résumer son œuvre. D’une part, parce que si surréaliste il fut, il s’agit du surréalisme belge, bien plus rationnel et moins poétique que son homologue français, et d’autre part, parce que dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, à travers sa fameuse « période vache », Magritte cherche en vain à conduire le surréalisme vers des cieux plus solaires, avant de se plonger à corps perdu dans la philosophie de son temps.

Cette vision de son œuvre se rapproche davantage de son héritage sur le continent américain, tel qu’il fut compris par les générations d’artistes Pop (Warhol, Jasper Johns, Rauschenberg), conceptuels, puis néo-figuratifs (Kippenberger et Condo).

Une démonstration de haute volée, donc, sans que jamais le propos tenu ne cherche à s’imposer ni à écraser le visiteur : les salles sont vastes, laissant la possibilité à chacun de s’abîmer dans la contemplation de toiles qui n’en finiront jamais tout à fait de livrer leurs mystères…

 

Crédits : toutes œuvres de René Magritte
La Condition humaine, 1935 © Adagp, Paris 2016
Le Blanc-Seing, 1965 © Adagp, Paris 2016
Variante de la tristesse, 1957 © Adagp, Paris 2016
Le Viol, 1945 © Adagp, Paris 2016
Les Merveilles de la nature, 1953 © Adagp, Paris 2016 

 


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