L’expression brute de Eugen Gabritschevsky à la Maison Rouge

8 juillet 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Maison Rouge prend ses quartiers d’été, ce vendredi 8 juillet 2016 et jusqu’au 18 septembre, avec l’installation « Modern Times » de Boris Chouvellon dans le patio et  deux expositions d’artistes très différents mais qui interrogent tous deux le rapport du mécanique à l’animal :  le quadragénaire Nicolas Darrot, représenté par la Galerie Eva Hober et Eugen Gabritschevsky, artiste russe brut, découvert par Dubuffet,  mort en 1979 et que la Fondation permet de découvrir dans une toute première rétrospective absolument fascinante. 

Note de la rédaction :

Né à Moscou dans une famille bourgeoise et cultivée en 1893, Eugen Gabritschevsky fait des études poussées de biologie, déménage en Allemagne, et à l’approche de la quarantaine, passe les 50 dernières années de sa vie en hôpital psychiatrique, à Haar-Eflingen, à la périphérie de Munich. Dans une jolie scénographie qui ose les niches et le jaune citron en couverture d’exposition, Maison Rouge expose la production fleuve de fragiles et puissantes gouaches sur papiers de ce très grand artiste brut découvert par Jean Dubuffet qui acquiert des œuvres à partir de 1948 et collectionné également par le  galeriste français Alphonse Chave, qui a légué 600 dessins à un autre galeriste Daniel Cordier, qui a en fait don en 1989 au Musée national d’Art Moderne (en dépôt aux Abattoirs de Toulouse).

L’exposition de Maison Rouge réunit donc 250 œuvres dispersées entre la Suisse et la France, qui sont souvent sans titres et souvent difficiles à dater. Les gouaches de Eugen Gabritschevsky sont généralement de petite taille, sombres, et d’inspiration expressionniste. Parfois titrées, les premières œuvres des années 1920 (avant l’hospitalisation) font à la fois penser à l’univers mystique et grouillant de Odilmon Redon et aux grandes lignes métaphysiques d’un expressionniste allemand comme Lionel Feininger.

Au fur et à mesure que l’exposition avance, c’est plutôt de manière thématique qu’on s’aventure dans l’œuvre touffue et riche de Eugen Gabritschevsky. Des scènes de rêves ou de cauchemars sont suivies de portraits d’humains aux grands crânes déformés. Les années 1940 inspirent à l’artiste certaines œuvres sensuelles voire érotiques où des corps de femmes semblent apporter lumière et couleurs à un travail majoritairement réalisé dans et pour l’ombre. Dans la dernière salles de grands monolithes d’animaux fonctionnent un peu comme des totems et semblent poser des questions immémoriales sur les limites de l’humanité. Une œuvre cohérente et puissante, à découvrir cet été à la Maison Rouge.

Visuel : Eugen Gabritschevsky, Frau inland Femme de l’arrière-pays, mars 1951. Collection privée, New-York, © Adam Reich


LAISSEZ UN COMMENTAIRE VIA FACEBOOK:

comments

Laissez un commentaire: