« L’esprit français » : contre-cultures et engagements de la fin d’après mai 68 à La Maison Rouge

27 février 2017 Par
Yaël Hirsch
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Alors qu’Antoine de Galbert a annoncé pour fin 2018 la fermeture de son lieu qui compte comme un poumon d’originalité et d’initiative privée et engagée dans le panorama parisien de l’art contemporain, la nouvelle exposition de la Maison Rouge se place sous l’étendard de la Contre-Cuture et présente, du point de vue de l’art mais aussi des idées, une nébuleuse d’artistes qui ont fait l’ébullition de l' »esprit français » de 1969 à 1989. 

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Dans tout l’espace de la Maison Rouge, l’atmosphère est à la révolte et à la révolution, derrière l’affiche très « Martine fait un clin d’oeil » réalisée par Pierre et Gilles. En commençant par une grande fresque historique et culturelle illustrée des années Pompidou, VGE et Mitterrand 1, les commissaires Guillaume Désanges (Fondateur de l’agence Work Method)  et François Piron (critique d’art et fondateur de la revue Trouble de 2002 à 2006) nous font entrer avec pédagogie dans la matère touffue (700 pièces exposées) de l’exposition « L’esprit Français ». Riche d’oeuvres mais aussi de documents comme des magazines (Hara Kiri, Charlie Hebdo..) des fanzines (Bazooka) ou des lettres, le parcours propose d’avancer thématiquement dans la contre-culture des années 1970 et 1980.

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Dans la première salle « Feu à volonté », l’esprit critique est remis au goût du jour et le « No future » ainsi que la satire de certains titres insolents retrouvent une actualité mordante après les attentats de 2015 et 2016.

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Mai 68 étant passé par là, la libération du corps de la femme est au cœur de pas mal de préoccupations philosophiques et esthétiques (Annette Messager, section « Le Bon Sexe illustré »). L’érotisme découvre de nouvelles possibilités et redécouvre son potentiel subversif après Sade, dont (« Interdit / Toléré ») la citation « Rien n’encourage comme un premier crime impuni ». Jouant avec la tombe du divin marquis, Erik van Beuren mêle eros, thanatos et met l’histoire et ses honneurs à distance.

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« Danser sur les décombres » marque le sens du nihilisme d’une fin de siècle meurtrier, tandis que la section « Violences intérieures » rappelle par l’art et par le document, l’histoire des violences policières et politiques dans notre pays. On finit l’exposition en sous-sol sur une oeuvre fascinante et angoissante de Claude Levêque, qui résume bien tout ce que l’on vient de revivre, d’apprendre et de voir : avec son sable, ses barbelés et ses tâches de sang. Ce final semble pointer à l’universel vers les vaincus de cette contre-culture et de cette contre-histoire. Un parcours cohérent, où la culture et plus précisément le culte de l’opposition politique prime sur les critères du beau et de l’esthétique pour mieux les nourrir. Et une exposition importante, ici et maintenant.

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Visuels : affiche Pierre et Gilles, Marie-France, 1980 © Pierre et Gilles