Les maîtres de l’estampe au XIXè siècle investissent les murs du Petit Palais

12 novembre 2015 Par
Christophe Dard
| 0 commentaires

Le Petit Palais propose jusqu’au 17 janvier 2016 Fantastique !, Kuniyoshi, le démon de l’estampe et L’estampe visionnaire, de Goya à Redon. Ces deux expositions témoignent de l’intérêt du 19ème siècle, en Occident et en Orient, pour les personnages légendaires. Ces œuvres expressives et poétiques deviennent les cartes de visite d’univers étranges et mystérieux.

Francisco Goya Caprices 43, Sommeil de la raison engendre des monstres, 1799 Eau-forte © BnF

Francisco Goya
Caprices 43, Sommeil de la raison engendre des monstres,
1799
Eau-forte
© BnF

Le 19ème siècle a vu un impressionnant cortège d’évolutions. L’industrie et l’économie sautent à pieds joints dans la modernité. Le monde de la culture n’est pas en reste. La peinture d’histoire et académique résiste de moins en moins aux assauts de nouveaux courants, le romantisme, le réalisme et plus tard l’impressionnisme, antichambre de l’art moderne.
La littérature suit le même mouvement. Les romans d’aventure et le fantastique connaissent un énorme succès.
C’est dans ce contexte, influencés par cette mode et ces lectures d’un nouveau genre, que des peintres, des lithographes et des graveurs réalisent des estampes sombres, hantées de personnages légendaires, de tourments et d’esprits maléfiques. Au Japon, il s’agit des estampes de Kuniyoshi et en Europe de Goya, de Delacroix ou d’Odilon Redon. Leurs œuvres sont présentées jusqu’au 17 janvier 2016 au Petit Palais à Paris dans deux expositions distinctes, entretien intelligent entre l’Orient et l’Occident autour des mythes, de l’inconscient et de la mort.

Utagawa Kuniyoshi (1797-1861), Okane, femme courageuse de la province d’?mi Vers 1831-1832. Nishiki-e, format ?ban (26,5 × 39 cm). Collection particulière. Photo : Courstesy of Gallery Beniya

Utagawa Kuniyoshi (1797-1861), Okane, femme courageuse de la province d’Omi
Vers 1831-1832. Nishiki-e, format oban (26,5 × 39 cm). Collection particulière. Photo :
Courstesy of Gallery Beniya


Utagawa Kuniyoshi, l’estampe couleur Soleil Levant

Utagawa Kuniyoshi (1797-1861) n’a jamais été exposé en France. Le Petit Palais répare cette injustice avec 250 estampes d’un artiste prolifique et inspiré. Les figures ne laissent pas indifférentes, elles sont drôles ou inquiétantes, dans des paysages magnifiques, où les contours et les couleurs semblent des coups de tonnerre permanents. Des esprits s’évadent des ténèbres, des créatures fantastiques, des soldats et des animaux abondent. Les geishas et les enfants jouent également leur partition dans cette orgie épique, Arche de Noé dans laquelle embarquent aussi des acteurs du théâtre Kabuki, soulignant au passage l’affection de Kuniyoshi pour la satire et le goût de la caricature.

Kuniyoshi, contemporain d’Hokuzai (resté célèbre pour sa fameuse Vague qui sera un choc pour de nombreux artistes tels Van Gogh), honore les coutumes japonaises dans des estampes dynamiques et extraordinaires qui servent alors de support publicitaire pour la présentation des productions théâtrales et de spectacles. De fait, Kuniyoshi a tapé dans l’œil de marchands, de collectionneurs et d’artistes français comme Monet et Rodin et a contribué, avec d’autres artistes japonais, à donner à la culture nippone un passeport pour l’Occident. Si aujourd’hui le manga et le tatouage ont du succès, Kuniyoshi n’y est sans doute pas étranger.

Utagawa Kuniyoshi (1797-1861), La fête de la rivière au pont Ry?goku, le cinquième mois (série sans titre de beautés avec enfants au fil des douze mois de l’année), vers 1836. Nishiki-e, format ?ban (39 × 26,5 cm). Collection particulière. Photo : Courstesy of Gallery Beniya.

Utagawa Kuniyoshi (1797-1861), La fête de la rivière au pont Ryogoku, le cinquième
mois (série sans titre de beautés avec enfants au fil des douze mois de l’année), vers
1836. Nishiki-e, format oban (39 × 26,5 cm). Collection particulière. Photo : Courstesy
of Gallery Beniya.

De Goya à Redon, le noir et blanc leur vont si bien

Des monstres, des sorcières, des fantômes, des squelettes, des vampires, une araignée géante … Au XIXè siècle, de nombreux adeptes de la lithographie et de la gravure, Goya (Les Caprices), Delacroix, Gustave Doré ou Redon bâtissent des œuvres puissantes et d’une imagination débordante, des cauchemars nocturnes et sataniques comme échappés de L’Enfer de Dante et que le diable aurait mis en liberté surveillée.

Odilon Redon À Edgar Poe : planche 3, Un masque sonne le glas funèbre, 1882 Lithographie © BnF

Odilon Redon
À Edgar Poe : planche 3, Un masque sonne le glas funèbre,
1882
Lithographie
© BnF

Dans la lignée de Dürer et de Rembrandt, ces œuvres romantiques, réalistes et symbolistes, issues des collections du département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque Nationale de France, sont les pendants du Faust de Goethe et des nouvelles d’Edgar Allan Poe.

Gustave Doré L’Enfer, Alors ma terreur redoubla à l’aspect de l’abîme, 1861 Gravure sur bois © BnF

Gustave Doré
L’Enfer, Alors ma terreur redoubla à l’aspect de l’abîme, 1861
Gravure sur bois
© BnF

Néanmoins, à l’instar de Kuniyoshi, ces estampes délivrent aussi une part d’humour. Les personnages et les animaux représentés sont si grotesques qu’ils en deviennent amusants. C’est sans doute là l’une des nombreuses connexions entre ces deux expositions à ne pas manquer. Fantastique! est en effet un terme parfaitement approprié et nous invite à franchir les rives des continents européen et asiatique avec comme guides les génies de l’estampe.

Christophe Dard.

INFORMATIONS PRATIQUES :
Fantastique !
Kuniyoshi, le démon de l’estampe
L’estampe visionnaire, de Goya à Redon
Jusqu’au 17 janvier 2016
Petit Palais Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill – 75008 Paris
Du mardi au dimanche de 10h à 18h
Nocturne le vendredi jusqu’à 21h
01 53 43 40 00
www.petitpalais.paris.fr