« Les archives du rêve »: Werner Spies choisit 155 dessins des collections du Musée d’Orsay pour l’Orangerie des Tuileries

26 mars 2014 Par yael | 0 commentaires

Sorte d’invitée d’honneur de cette semaine de foire d’art et de salons du dessin (voir notre article), l’exposition « Les archives du rêve » donne carte blanche à l’historien d’art spécialiste du surréalisme et de Max Ernst pour aller puiser un peu plus tôt (1820-1910), dans les 80 000 dessins du Musée d’Orsay; Ce sont donc 155 pièces d’exception (d’ailleurs conservées au Louvre) qu’il offre à voir de manière thématique. Au musée de l’Orangerie, jusqu’au 30 juin, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe calme de volupté.

Note de la rédaction :

Dans la géométrie d’une scénographie signée Virginia Fienga, merveilleusement élégante, faite de rouge, de gris, de blanc et de noir, le graphisme des lettres des cartels fait écho aux géométries de l’espace zébré de quelques cubes. Werner Spies part d’une phrase de Pelleas et Mélisande de Maeterlinck : « Je ne pourrai jamais sortir de cette forêt ». Au vu de la beauté des 155 dessins, aquarelles et pastels que l’exposition donne à voir, on a bien envie d’y rester, dans cette forêt de beauté.

On commence par « Plonger à l’intérieur de l’œil » (le vingtièmiste ressort, puisqu’il s’agit d’une citation de Max Ernst) avec l’art de l’autoportrait : celui, bien connu, de Baudelaire, mais aussi des dessins moins connus de Lovis Corinth, où, chef d’oeuvre de la première salle, l’autoportrait aux masques de Leon Spilliaert. L’utopie suit très vite, avec « les rêves d’architectes » comme Garas ou Provensal, puis c’est quasi bibliquement qu’on arrive au travail, celui de Millet, de Segantini avant d’enquiller sur des britanniques plus snobs et un carton préparatoire magnifique de Mucha pour le pavillon bosniaque de l’exposition universelle de 1900. On arrive ensuite aux liaisons entre littérature et arts plastiques, avec des dessins d’œuvres d’auteurs, ou de personnages littéraires : Ovide par Maurice Denis, Faust par JP Laurens, et surtout la série inspirée à Carlos Schwabe par Le rêve d’Emile Zola.

Après une salle de « noir » de Redon adorablement dépareillés, Venus entre en scène, avec des nus féminins esquissés ou explicités. On retrouve des chefs d’œuvre connus, comme le Tub de Manet, ou Trois baigneuses de Renoir, et un nombre absolument troublant de variations « Après le bain » de Degas. Transitant par le mouvement des danseuses de ce dernier, l’érotisme de Venus laisse place à l’effroi des monstres, qui commence par un petit serpent de Gustave Moreau avant de renvoyer vers sa fameuse « Apparition » de Salomé et une série de succubes angoissantes, comme la femme au lorgnon de Félicien Rops que la photographe Cindy Sherman décrivait comme « du porno pour les vampires », ou la magnifique Madame la mort de Gauguin.

Les sorcières laissent place à l’Histoire, notamment avec Daumier et à travers trois dessins de Kupka représentant avec acuité et avant-garde la géopolitique des religions de son époque pour l’Assiette au beurre (1904). On revient pour finir à la mélancolie fin de siècle avec des noirs trop méconnus de Seurat, une série de paysages de Cézanne pointant vers le 20ème siècle et en final, des paysages nocturnes et urbains méditatifs, dont le dessin de Spilliaert qui fait l’affiche de l’exposition.

La promenade de traits se termine dans l’espace « Collisions » qui rappelle que le catalogue de l’exposition propose une rencontre originale entre les 155 œuvres accrochées et presque tous les artistes contemporains les plus importants.

La thématique floue des Archives du rêve n’empêche pas de se laisser glisser dans l’une des plus jolies expériences esthétiques de ce printemps. Allez-y vite, avant que la bonne nouvelle se répande et que la foule s’y presse.


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