Jannis Kounellis à la fois minimaliste et monumental à la Monnaie

16 mars 2016 Par Yaël | 0 commentaires

Né au Pirée et mûri à Rome, Jannis Kounellis est l’un des chantres de l’arte povera. Après l’annalité (McCarthy) et le jeu de la valeur retranchée (Take me, I’m yours), la Monnaie joue le jeu monumental d’une grande rétrospective hantée de matières brutes et inestimables. Une des plus grandes rétrospectives parisiennes de l’artiste depuis celle du MAM en 1980 qui est aussi une réflexion sur l’art et l’entreprise. Incontournable. 

Note de la rédaction :

On entre dans l’exposition imaginée par Jannis Kounellis pour les salons 18e de l’Hôtel de la Monnaie par une série de chevalets monumentaux. Charbonneux, ils rappellent à la fois qu’ici, avant le faste, l’on battait monnaie et aussi que création et production se touchent parfois. Les lames s’effilent au long des salles suivantes : dans un modeste aquarium où baignent des poissons rouges, rangées le long des murs et aussi en creux, à la Fontana, dans des épais socles de métal troués comme des cieux alchimiques.

L’art de Kounellis mélange hardiment la monumentalité du bois, du cuivre et du feutre (à la Beuys) avec des traces subtiles de vie : des traces animales d’abord et puis le mobilier le plus commun de l’homme (chapeau et chaise, à surveiller pour qu’on ne les emporte pas), et puis, avec vue sur la  Seine et accrochées aux fenêtres, des grandes balances d’apothicaires remplies de bric, de broc et surtout d’images du passé.

Le métal s’aligne comme autant de matelas menaçants, tandis qu’on semble progresser vers la vie et l’animation, avec une performance live de Petrouchka de Stravinsky, le violoniste et la danseuse étant présents. Mais le violoniste ne fait que répéter la portée d’une ligne de musique et la danseuse  fait l’automate. La vérité de l’art pauvre mais extrêmement référencé de Kounellis finit par se susurrer dans un dernier salon privé, à grand renfort de feu et de bougie qui éclaire. Une matière vraiment première, nécessaire sinon suffisante à signifier la liberté et l’espoir qui court depuis un 18e siècle dont les révolutions ont été calcinées. Un nid repose au-dessus de tapis de temps passé.

Tout est taupe, noir, brut, et l’on ressort de cette exposition monumentale heureux de faire craquer le parquet sonnant et trébuchant de la Monnaie, sous des dorures qui semblent plus éphémères que les œuvres de passage du grand artiste greco-italien.

A voir et mesurer d’urgence avant le 30 avril 2016.

visuels : YH


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