[Interview] Raina Lampkins-Fielder « Il faut que le Mona Bismarck fasse un lien interculturel entre la France et les Etats-Unis à travers l’art »

18 mai 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

A quelques jours de la Nuit des Musées,  nous avons rencontré Raina Lampkins-Fielder, Directrice artistique du Mona Bismarck American Center.   Antoine Berjeaut & Mike Ladd y joueront à cette occasion de 19h à 21H le 21 mai. 

raina

Vous sentez-vous chez vous ici, à Paris?

Cela fait déjà 8 ans que je suis ici. Je me sens chez moi car mes amis et ma vie sont ici. Mais je reste une Américaine à Paris. Mais c’est là que j’ai évolué dans une autre direction. J’aime beaucoup cette ville. Donc pour moi, être ici, c’est partager ce que je sais, ce que je fais. C’est comme partager mon côté Américain avec Paris.

Qu’est-ce que vous voulez que l’on perçoive des Etats-Unis au Mona Bismarck ?

Je veux montrer que les Etats-Unis ne sont pas qu’une seule chose. C’est un pays multiculturel, contradictoire, déroutant, grandiose, beau. Comme je dis toujours, on a tendance à apporter plus de questions que de réponses à propos de nous. Il y a quelque chose de très beau dans toute cette diversité. Cette exposition, Wasteland, n’est en fait, qu’un côté des Etats-Unis de maintenant.

Qu’est-ce qui vous a fait partir de New York pour venir à Paris ?

Je suis allé à l’Université de Yale aux Etats-Unis, où j’ai étudié l’anglais. Mais j’ai toujours été passionnée par l’art. Donc quand plus tard, je suis allée à Cambridge, en Angleterre, j’ai étudié l’histoire de l’art. Puis j’ai travaillé à la National Gallery of Art à Washington D.C., et au Andy Warhol Museum à Pittsburg, au New Museum of Contemporary Art, au Brooklyn Museum of Art, et au Whitney Museum où je suis restée 7 ans avant de venir à Paris

Quel était votre travail au Whitney Museum ?

J’étais directrice associée et à la tête des programmes publics et éducatifs. Donc l’interprétation des œuvres, et la programmation artistique.

Le Mona Bismarck n’était pas un musée contemporain avant. Quels sont les plus gros changements que vous voulez effectuer là-bas ?

Ça fait plusieurs années que je suis impliquée dans le Mona Bismarck.  La ligne directrice du musée est très générale. Il faut que ce soit un lieu qui fasse un lien interculturel entre la France et les Etats-Unis à travers l’art. C’est donc très vague. Et au fil des années, il y a eu de nombreuses expositions magnifiques, mais jamais avec une vision claire et précise sur une mission artistique que pourrait représenter l’institut. Nous avons essayé de changer ça, et la direction a pris la décision de se concentrer sur la production culturelle américaine. Quand je suis arrivée, j’ai voulu préciser cela encore plus pour se centrer sur l’art du 20ème siècle. Ce n’est donc pas que de l’art contemporain, c’est avoir une vision sur tout le 20ème siècle avec un point de vue contemporain.

Ce n’est pas assez de mettre en place une exposition. Il faut aussi avoir une ligne directrice sur plusieurs années en tête, mais il faut aussi fournir des outils d’interprétation. Donc pour cette exposition, nous avons demandé aux artistes de fournir une playlist, pour pouvoir comprendre qui ils sont en tant qu’artiste. Je savais que certains d’entre eux n’étaient pas seulement des artistes visuels, mais exercent aussi dans la musique, et sont donc artistiquement très diversifiés. Des artistes ont enregistré l’ambiance sonore de Los Angeles, d’autres partagent des musiques qu’ils aiment. Il y a plusieurs manières de d’aborder les œuvres d’art.

On essaie donc de donner une réelle expérience aux visiteurs. Il y a trois sphères d’activités :

- Les expositions… et une exposition n’est pas forcément accrochée au mur. Nous voulons que les gens voient la beauté du bâtiment. On peut aussi travailler avec le son et d’autres méthodes.

- Les programmes pour le public. Certains sont rattachés aux expositions, d’autres sont indépendants.

- Les opportunités. Par exemple, la chorégraphe Jennifer Lacey, l’année dernière, a passé 3 semaines ici avec ses danseurs et danseuses pour s’imprégner du bâtiment pour créer. Nous voulons que ce lieu soit aussi une sorte de laboratoire pour les conservateurs de musée, avoir de nouvelles idées à disposition.

Nous avons des expositions au printemps, mais en automne, nous nous concentrons plus sur les performances.

J’allais venir à cela justement, la prochaine exposition sera des performances ?

Performances, musique, des conférences d’artistes et autres. Nous cherchons toujours notre rythme, et en automne nous l’aurons trouvé. Donc ce sera plus simple pour faire venir des artistes, pour des conversations, des performances.

Ensuite, l’exposition d’après sera au printemps et sera appelée « Posing beauty in African American culture ». C’est une exposition qui vise à montrer les moyens controversés de représenter les Africains Américains à travers différents médias, notamment la photographie. Il y aura des œuvres du début du 20ème siècle jusqu’à aujourd’hui. Quelques photographies faisaient parties de l’exposition universelle de 1900 à Paris. Il y en avait certaines par W.E.B Du Bois, où il montrait à quoi les Africains Américains ressemblaient. Comment ils se présentaient. Donc cette exposition est très historique, et soulève des questions qui existent aux Etats-Unis mais aussi en France. Je veux aussi exposer des photographies prisent à Paris et faire participer des groupes et collectifs parisiens qui ont fait un travail vidéo très intéressant. Je veux apporter un contexte qui parlera à un public parisien.

 Visuel : ©Ana Bloom

 Aurélien Bouron et Amélie Blaustein Niddam


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