Interview de Boris Chouvellon autour de son mobile dans le patio de la Maison Rouge, « Modern Express »

8 juillet 2016 Par admin | 0 commentaires

Une fois par an, les amis de la Maison Rouge soutiennent une œuvre spécifique pour le patio réalisée par un artiste qu’ils ont élu au cours de l’année précédente. Dans ce lieu délimité par des verrières et ouvert sur la ville, l’œuvre choisie questionne notre relation à l’espace, intérieur et extérieur, comme notre perception du temps. Cette année, c’est Boris Chouvellon, artiste-plasticien français qui présente son installation. Intitulé « Modern Express », ce mobile sera visible dans le patio de La Maison Rouge du 8 juillet au 18 septembre 2016, en parallèle à deux expositions mettant en avant les travaux de l’artiste brut Eugen Gabritschevsky (lire notre article). Nous l’avons rencontré lors du vernissage, ce jeudi 7 juillet 2016. Portrait d’un artiste mélancolique et flâneur dont vous allez entendre parler.

On a l’impression que Modern Express a toujours été là. Connaissiez vous le patio de la Maison Rouge ? Quel passé avez-vous avec la fondation Antoine de Galbert?

J’ai déjà investi les lieux en temps que spectateur et j’ai toujours regardé le patio et ses expositions. C’est un lieu intéressant puisqu’il est à la fois à l’intérieur et à l’extérieur. Lorsque j’ai été invité, je me suis demandé comment investir ce lieu  et j’ai levé la tête :  j’y ai vu un morceau de ciel bleu. Et compris qu’il fallait faire quelque chose sur toute la hauteur et non seulement au sol.

Notamment dans un patio qui fonctionne aussi bien pour d’anciens couvents que pour des immeubles modernes, quel est votre rapport à la ruine, comment réinvestissez-vous le passé?

Le titre de l’œuvre, Modern Express est assez significatif. Quand j’ai pensé l’œuvre j’ai aussi pensé à la structure du bâtiment. Avec ces colonnes en béton qui montent tout autour du patio et surtout ces murs en briques. Donc en plaçant ces pelleteuses et ces poutrelles à l’horizontale suspendues par des chaînes, en équilibre, on obtient un raccord avec le lieu. C’est évidemment en rapport au modernisme et en regardant ces godets de pelleteuses on ne peut s’empêcher de penser à l’industrie, à ces grues qui construisent et déconstruisent. Ce lien se retrouve toujours dans mon travail. J’aime créer un entre-deux entre les deux entités : destruction et construction ce qu’on retrouve ici avec les poutres moulées qui laissent apparaître des fils à béton, si bien qu’on peut laisser penser qu’elles sont en train de se désagréger.

Vous dîtes « moderne » et non « contemporain », « industriel » et non « post-industriel »… Est ce que la ruine est plutôt une thématique de la fin du 19ème siècle ou dure-t-elle encore aujourd’hui ?

Je pense que ça durera toujours après. On peut penser à l’exposition récente Hubert Robert au Louvre, une poétique des ruines, ou encore l’Arte Povera au Centre Pompidou, c’est un sujet inépuisable.

La forme du mobile, c’est quelque chose qu’on retrouve beaucoup dans le paysage artistique de votre génération ?

C’est vrai, on peut penser à Chris Burden qui a fait aussi des pièces suspendue qui circulent dans l’espace. Mais aussi à Bruce Nauman dont il y a eu une exposition à la fondation Cartier récemment, bien qu’il soit d’une génération au dessus. Mais dans le paysage actuel, le mobile est aussi dans l’ère du temps, je pense notamment bien sûr à Xavier Veilhan qui va représenter la France à la prochaine biennale de Venise.

Nous avons aussi été très sensibles à vos titres aux multiples résonances, poétiques et qui parfois ressemblent à des titres de chansons, comment naissent-ils ?

Pour Modern Express par exemple, Julie Crenn débute une lecture avec « Modern Love » de David Bowie. Mais alors que je cherchais un titre, justement, un cargo chargé de bois a fait naufrage en janvier dernier dans le golf de Gascogne. Et dans les médias, toutes ces images ont fait résonance donc j’ai opté pour le nom du bateau   »Modern Express ». Si la ruine est un de mes thèmes de prédilection, j’ai toujours été fasciné par la beauté du naufrage. Pour d’autres titres comme « Last Splash » vient d’une chanson de The Breeders que j’écoutais, puis un jour alors que je faisais du toboggan aquatique, ça a encore une fois résonné. D’autres encore sont plus ironiques comme « Détournements de fonds » qui fait appelle à la poétique de la zone avec ces piscines vendues sur les bords de routes.

Justement, cette thématique de la zone qui vous tient à cœur, n’est-ce pas difficile à circonscrire dans un patio ?

Non, justement, dans un espace configuré de cette manière on obtient un échappatoire, on part du sol pour aller vers le ciel.

Vous avez commencé une carrière internationale avec des expositions solo et de groupe en France et ailleurs, quel est le rôle des années de formations passées dans le Sud de la France pour comprendre votre parcours ?

J’ai passé 10 ans au bord de la méditerranée à Marseille. Puis je suis arrivé à Sète, où j’ai fais une école préparatoire aux écoles d’arts. Après m’être déplacé à Nice, à la Villa Arson, j’ai eu mon premier atelier à Marseille où le MAC m’a consacré une exposition personnelle en 2011. Parallèlement, j’ai fais des expositions à l’étranger ou dans des expositions collectives, individuelles ou des résidences particulièrement dans les Pouilles en Italie où je garde des souvenirs des lieux et des paysages. Dans mes ateliers je privilégie la lumière par des grandes verrières. Cette lumière, je ne peux pas m’en passer qu’elle soit avec ou sans soleil, sous toutes ses formes et j’en use beaucoup pour mes sculptures.

On vous voit ici sculpteur, mais vous êtes aussi photographe et vidéaste… Vous savez tout faire?

Je ne sais pas si je sais tout faire, mais je ne m’interdis rien. J’ai fais des photos, des vidéos mais qui sont souvent avec une dimension performative, donc avec une idée de gestes où on peut retrouver une prolongation de la sculpture. Quant à la photographie, prenons l’exemple de ma série de photos de drapeaux: le tissu est sculpté par le vent et c’est cette sculpture que je fige sur la pellicule désormais numérique.

« Fondations«  est votre première monographie ?

Oui, elle reprend les pièces de mes débuts jusqu’aux dernières œuvres. J’ai travaillé avec l’éditeur André Frère et de concert avec des designers graphiques pour la conception de l’ouvrage. Pour l’introduction,  c’est la critique d’art Julie Crenn qui s’en est chargée. Elle suit mon travail depuis longtemps.

Pour découvrir le travail de l’artiste, rendez-vous à la maison rouge ou sur son site.

Visuels : Boris Chouvellon, « Modern express » © Marc Domage / La maison rouge, 2016 et YH

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