Interview d’Annette Haudiquet, directrice du Musée d’Art Moderne André Malraux au Havre à l’occasion de « Comme une histoire… Le Havre »

19 décembre 2017 Par
Stacie Arena
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Annette Haudiquet, directrice du Musée d’Art Moderne André Malraux, présente la toute dernière exposition du MuMa, baptisée « Comme une histoire… Le Havre ». Elle met à l’honneur dix-sept artistes qui ont photographié cette mystérieuse ville de Normandie de 1957 à aujourd’hui. À découvrir jusqu’au 18 mars 2018. 

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Pourquoi faire une exposition sur le Havre ?

En quinze ans, nous avons constitué un fonds de photographies et de vidéos sur le Havre que nous voulions mettre en valeur dans le cadre d’une exposition. Pourquoi maintenant, et pourquoi le Havre ? Je dirais que l’histoire du musée du Havre, c’est celle d’un musée qui s’est enrichi au cours du XIXème siècle et début du XXe avec des oeuvres faites par des artistes, pré-impressionnistes, expressionnistes qui sont tous venus ici pour peindre le port de la ville, l’atmosphère, la plage ou le rivage. C’est ce qui nous a permis d’avoir aussi une collection plus classique comme celles de Pissarot ou Boudin. Il se trouve que ce port moderne, cette ville au bord de la mer a toujours attiré des artistes en quête de nouveauté. Au début du XXème siècle, représenter un port marchand ou une plage avec un bord de mer était très novateur. Cette histoire de passage au Havre par des artistes de grand talent comme Turner, Monet ou Marquet, s’achève brutalement en deux jours de bombardements en septembre 1944. Ce que nous faisons depuis une quinzaine d’années, c’est d’enregistrer les balbutiements d’un nouvel intérêt pour une ville qui a été entièrement métamorphosée, détruite et reconstruite. On a été très sensible de voir que certains artistes sont revenus cinquante ans après la destruction de cette ville face à cette question : qu’est ce qu’une ville nouvelle ? Comment reconstruire une ville bombardée ? Nous avons donc passé commande auprès de ces artistes, qui aujourd’hui constitue un très joli fonds de 350 numéros environ. Il me semblait que c’était le bon moment d’aborder une vision moins classique qui puisse valoriser ce fond que nous avons créé, cette affinité avec ces artistes, de montrer comment la nouvelle génération voit cette ville, et en quoi elle est en perpétuel changement.

Comment avez-vous choisi les artistes exposés ? Viennent-ils tous du Havre ?

Le déclic a été de retrouver les photographies de Lucien Hervé, missionné lui même en 1957 par la délégation Générale au Tourisme du Havre pour faire une campagne photographique dans cette ville. On s’est rendu compte que ce regard extérieur de personnes qui ne connaissaient pas cette ville et qui avaient voyagé un peu partout, était le regard qui allait donner le plus d’originalité, le plus pertinent. Certains viennent du Havre évidemment, mais ce n’était pas un élément de sélection. Au contraire, on s’est rendu compte que ce sont d’abord des artistes invités dans un but précis au Havre qui ont nourri cette réflexion. Dans le cadre de ces commandes il y a cinquante ans, les photographes missionnés étaient souvent étrangers. Puis en 2005, la ville est classée comme patrimoine de l’Humanité, et on se rend compte que cette ville devient une source d’intérêt particulier. C’est à ce moment là que les artistes sont venus de leur propre volonté, pour refléter une nouvelle image de la ville.

Sont-ils contemporains ?

Oui tout à fait, à l’exception de Lucien Hervé et Gabriele Basilico.

Quel était le fil conducteur de cet accrochage ? Quelle était la résonance recherchée ?

Depuis son classement à l’Unesco, les artistes ont abordé la ville différemment. On s’est soudainement demandé comment vivait cette ville de l’intérieur. On a donc privilégié ce qui pouvait s’apparenter à de la fiction, comme des personnages qui posent sur la plage, des scènes de vie prises de l’intérieur, des passants dans la ville etc. Le photographe devient soudainement un membre à part entière, il pénètre l’ambiance, et c’est comme ça que la ville devient un vrai théâtre. Cela permet de mieux s’approprier les choses, afin de mieux les regarder. On a découvert quelque chose qui était sous nos yeux, mais que l’on n’avait jamais vu, ça c’est incroyable et c’est grâce au travail de ces artistes. C’était important pour nous également de faire valoir le renouveau du Havre par le biais de la photographie, même si nous savons bel et bien que cette région doit beaucoup au cinéma, notamment avec Le Havre de Kaurismaki. C’est ce regard pluriel et varié qui nous a intéressé dès le départ. Mais si je devais définir un dénominateur commun de cet accrochage, c’est cette lumière extraordinaire, diurne ou nocturne voire artificielle, qui crée une ambiance crépusculaire, presque cinématographique…

Les oeuvres choisies font-elles toutes partie de la collection ?

Parmi les dix-sept artistes qui figurent dans cette exposition, trois ne font pas partie de notre collection. C’est pour cela que je qualifie cette exposition d’accrochage. C’est le fruit d’un fonds que nous avons nourrit depuis quinze ans… Aujourd’hui, la plupart de ces oeuvres nous appartiennent. La vidéo de Rebecca Digne par exemple, ne fait pas partie de nos collections… Mais cela représente une petite partie de l’accrochage. C’est aussi ce qui est contribue à cette réflexion : associer plusieurs artistes de plusieurs générations, de plusieurs styles, tous amenés à un moment précis de leur vie à photographier le Havre.

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