« Araki rit, Araki meurt » rétrospective au musée Guimet jusqu’au 5 septembre 2016

18 avril 2016 Par Sandra Bernard | 0 commentaires

Le musée Guimet poursuit sa politique d’ouverture vers de nouveaux publics avec une rétrospective sur le travail du sulfureux photographe japonais Nobuyoshi Araki.

Né en 1940, Araki explose dans les années 1970 avec ses séries intimistes et pourtant sensuelles. Dans sa volonté de préserver l’instant, il photographie tout, tout le temps ; son intérieur, la ville de Tokyo, ses habitants, son chat, son épouse Aoki Yôko, des fleurs, bref la vie, en mêlant biographie et fiction.

A la mort de Yôko en 1990, il se lance dans une nouvelle quête artistique plus sombre. Amoureux des femmes, il photographie sous toutes les coutures, dans des poses sensuelles, érotiques voire à la limite de la pornographie, ces beautés japonaises toujours ou presque parfaitement impassibles et sereines. Ce qui choque (ou émoustille selon les visiteurs) ce sont ces portraits grand format de femmes dénudées et ligotées façon bondage (Kinbaku) réanimant nombre de fantasmes virils. Toutefois, les modèles ne présentent aucune expression de souffrance ou de plaisir. Araki a toujours affirmé que les liens qui enserrent le modèle sont comme ses bras qui les enlacent et une incarnation visible des liens entre la jeune femme et son Pygmalion. L’on peut également se demander si ce n’est pas la volonté de retenir l’amante comme il aurait voulu retenir son épouse décédée. C’est aussi un hommage aux romans pornographique de bondage qui ont pris leur essor dans les années 1950. Malgré la loi japonaise interdisant la représentation des poils pubiens jugés obscènes, il n’hésite pas à les exposer au grand jour, voire à lever le voile sur leur trésor. Ces photographies qui ont fait le tour du monde ont été reprises à de nombreuses occasions, si bien qu elles semblent aujourd’hui faire partie des clichés sur la sexualité japonaise. Or ses travaux sont assurément pionniers dans le fait de la non distanciation du sujet, de l’objectif et du photographe. Dans ses recherches plastiques, il est arrivé à Araki de peindre ou calligraphier ses portraits d’égéries.

Mais Araki ce n’est pas que le photographe des femmes voluptueuses, ses séries sur Tokyo sont restées fameuses pour ce qu’elles témoignent d’un quotidien loin de l’exotisme et des clichés sur le japon. On y voit des enfants souriants, des salaryman harassés, des dames discuter, des vues de la ville, de son ciel, de ses infrastructures, etc.

Ses œuvrent peuvent avoir un côté plus spirituel, à l’image de ses séries de ciels, séries débutées à la mort de son épouse pour commémorer son souvenir. Invitation à la rêverie, Memento Mori, recueillement se mêlent dans ces travaux.

La dernière section, inédite, intitulée « Tokyo tombeau » est certainement la plus novatrice et intrigante. Se sachant malade depuis 2010, Araki a sélectionné les photographies qu’il souhaiterait pouvoir emporter dans la mort. Une mort sereine et préparée, incarnée par le Bouddha trônant au centre de la sélection.

On ne saurait dire combien d’œuvres d’Araki sont regroupées au musée Guimet entre les Polaroïd, les tirages de tous formats, les livres, etc. Nul ne saurait d’ailleurs dire combien de photographies ont été prises par Araki au fil de toutes ces années d’activité. Cependant, bien qu’inégales et parfois répétitives, ses œuvres témoignent d’une époque, d’une manière d’aborder le corps et la sexualité plus libre qu’en Occident, comme à l’ère d’Édo.

Ses oeuvre sont mises en perspective avec des photographies japonaises anciennes représentant soit des fleurs, soit des jeunes femmes dénudées, soit un prisonnier entravé par des cordes subtilement nouées suivant un art martial ancestral le hojôjutsu.

Exposition 16+ pouvant choquer, interpeller, questionner ou plus simplement émoustiller, elle a le double mérite de casser les habitudes du musée Guimet et de pousser les visiteurs à la réflexion. Nul ne sort réellement indemne de sa rencontre avec Araki.

Informations pratiques :

Musée national des arts asiatiques – Guimet : 6, place d’Iéna- 75116 Paris

Visuels : Affiche de l’exposition et photographies ©Sandra BERNARD


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