Grande rétrospective Millet au Palais des Beaux Arts de Lille [Derniers jours]

21 janvier 2018 Par
Yaël Hirsch
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Jusqu’au 22 janvier, le sous-sol du Palais des Beaux Arts de Lille donne à voir une grande rétrospective des œuvres du peintre Jean-François Millet (1814-1865). Avec des dessins et une approche thématique cet événement nous mène bien au-delà de la magie de L’Angelus, vers des considérations sociales, politiques et aussi vers l’impact que Millet a eu sur des photographes et réalisateurs américains.

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On entre dans la rétrospective Jean-François Millet à la fois par Hollywood et les champs de coton. Intitule Millet/Usa le prequel de l’exposition montre l’impact des tableaux champêtres et sociaux du peintre français sur les photographes américains de la grande dépression : Lewis Hine, Walker Evans, Arthur Rothstein et Dorothea Lang. Pointant également vers certains films de John Ford comme Les raisins de la colère, ce Millet US surligne l’aspect social fort du peintre français et permet de voir de véritables petits chefs d’œuvre de la photo américaine. Une salle spéciale intitulée « L’heure bleue » fait le lien entre Mille, Hopper (avec des œuvres de ce dernier) et le film Les Moissons du ciel de Terence Malick.

Une fois cette passionnante chaîne transatlantique traversée, c’est le street-artist Banksy qui nous accueille pour le début de la rétrospective et quand la glaneuse sort de son cadre, c’est une autre paire de manches. Après une section Millet avant Millet (des portraits faits à Cherbourg), la scénographie se fait plus classique pour un deroulé thématique.

Même si le peintre a toujours dit qu’il n’a pas participé à la Révolution de 1848, ce natif de Gruchy a observé les paysans du Cotentin avec piété. On retrouve ses Glaneuses, son Vanneur, son Homme à la houe, sa Bergère ou son Angelus avec beaucoup d’émotion pour ces reliques d’une civilisation disparue. Et l’on s’émerveille de voir réunis en vrai ces trésors de réalisme rural inspiré. « La peinture ainsi comprise cesse d’été pur spectacle, elle s’élève et prend un rôle moralisateur, éducateur » disait de son œuvre le petit père de la République, Leon Gambetta (1881).

Mais La rétrospective au Palais des Beaux Arts va plus loin que la morale en nous montrant un Millet intime qui dépeint aussi des scènes de famille comme « La précaution maternelle » ou une paysanne soulève la chemise de son petit garçon pour qu’il puisée uriner. Ou encore la Gardienne d’oies nue avant de se baigner dans la rivière. L’exposition finit dans une émotion allégorique de couleurs avec le cycle des Quatre saisons, commandé Par Hartmann (1874) et une scène éblouissante (presque à la Turner) de dénidification …

Des images d’Epinal à l’impact fort pour l’Histoire et l’Histoire de l’Art, l’exposition du Palais des Beaux Arts réunit des œuvres majeures pour nous faire voir Millet autrement.

Visuel : entrée de l’exposition