Francois Kollar, la France au travail

8 février 2016 Par Araso | 1 commentaire

Le musée du Jeu de Paume organise la première rétrospective de l’oeuvre de François Kollar en France avec l’exposition Un ouvrier du regard. A travers plus de 130 tirages des années 1930 à 1960 en Europe, elle brosse un panorama du travail du maître du reportage industriel en France.  

Note de la rédaction :

La diversité des commanditaires de François Kollar et son avidité font de son oeuvre un fonds documentaire unique. Né le 8 octobre 1904 à Senec en Slovaquie, François Kollar quitte la Hongrie pour Paris en 1924. Il devient ouvrier chez Renault puis s’initie à la photographie chez l’imprimeur Draeger frères. Dès les années 1930, François Kollar réalise de nombreux portraits, notamment de sa femme et collaborattrice Fernande Kollar, des autoportraits et des prises de vues pour la publicité. Entre 1931 et 1934, il est commandité par les éditions des Horizons de France pour réaliser une grande enquête documentaire sur le monde du travail rural et industriel: La France travaille. Par ailleurs, Kollar collabore pendant plus de quinze ans avec des magazines de mode dont l’américain Harper’s Bazaar et publie pas moins de 200 images. Commandité par l’Etat Français en 1951, il se rend en Afrique pour documenter les relations entre la France et ses colonies avant de renouer avec les reportages industriels. L’exposition suit le fil chronologique de son oeuvre.

Dans ses autoportraits des années 1930, François Kollar apparaît comme un jeune homme séduisant et joueur. Dévoilant une certaine part de l’intimité qu’il partage avec Fernande, ces études véhiculent une émotion et une insouciance qui ne laisse rien entrevoir ni de la guerre qui vient de se terminer, ni des bouleversements majeurs à venir. Les portraits des années 1930 aux superpositions fantomatiques et surréalistes sont en lien avec les expérimentations de la photographie de l’époque. Pourtant, il se dégage déjà de ces toutes premières images une vérité, une force. Les clichés publicitaires et natures mortes témoignent quant à eux d’une grande modernité (Publicité pour machine à écrire Hermès, 1930).

Entre 1931 et 1934 François Kollar réalise plus de 2000 clichés en vue de la parution de La France Travaille pour les éditions des Horizons de France. Elle comptera 15 fascicules dont plusieurs volumes seront consacrés aux mineurs. Il y a quelque chose d’indécent dans la façon dont Kollar photographie les ouvriers, des mineurs aux dentelliers. Il apporte un regard enjoué au milieu du chaos en place et à venir (Mineurs. La piscine pour écoliers, Lorraine). Témoins neutres de la croissance de la consommation de masse et des évolutions sociales de l’époque, ses images du monde industriel laissent présager sans l’annoncer les friches et le chômage de masse  (« Mineurs. Puits en construction, Société houillère de Sarre et Moselle, Merlebach et Carling (Moselle) »). Son travail sur la vie paysanne résonne avec les « Paysans » de Raymond Depardon, la prise de parole en moins.

Une large part de l’exposition est dédiée à la mode à partir de 1934. Ce sont les années Harper’s Bazaar, Plaisir de France et le Figaro Illustré. Kollar travaille beaucoup, notamment pour la maison Hermès, et laisse son empreinte dans le milieu avec les célébrissimes portraits de Coco Chanel. Kollar y démontre son immense talent de portraitiste, capable de rendre en une image une personnalité et une histoire. Sous l’égide de Christian Bérard, il participe au courant qui réaffirme Paris comme capitale de la mode au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, et notamment à l’exposition itinérante « Le Théâtre de la Mode, 1945, musée des Arts décoratifs ». François Kollar traverse son époque sur laquelle il porte un regard inattendu et dont il captera une facette originale. À défaut de l’engagement de l’homme son oeuvre véhicule un bien précieux: la mémoire du geste.

Visuels © Musée du Jeu de Paume


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COMMENTAIRES:

  1. Bardou Christian

    Un artisan photographe plutôt qu’un « photographe », mais quel talent !

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