[EXPO] Jeu de Paume: les douceurs ouatées de Josef Sudek

8 juin 2016 Par Araso | 0 commentaires

Première exposition en France consacrée à l’ensemble de l’oeuvre de l’artiste depuis 1988, «Josef Sudek. Le Monde à ma fenêtre» propose une autre vision de l’Est, toute en douceur ouatées, estompes de noir et blanc, compositions oniriques et surréalistes. Itinéraire sur les pas d’un homme qui a fui la guerre et le communisme dans la musique. 

Note de la rédaction :

Après André Kertész et François Kollar, une autre figure majeure de la photographie de l’Europe de l’Est investit le musée du Jeu de Paume. On entre dans l’exposition comme dans un rêve cotonneux qui fait oublier que l’on est en temps de guerre. Tandis que Sudek (1896-1976) photographie littéralement la  fenêtre de son atelier, ultime rempart contre la violence, il recrée une bulle de poésie et de musique tandis que le monde revêt les couleurs de la cendre. Amputé d’un bras après avoir combattu dans la première guerre mondiale sur le front italien, il refuse néanmoins un emploi de bureau permanent pour se consacrer à l’art. Entre 1924 et 1929, il participe à 36 expositions internationales à l’étranger.

Contrairement à certains de ses pairs et au monde extérieur, son univers n’a rien d’austère. Josef Sudek ne jetait rien, donnant par ses photographies l’impression d’une accumulation de rafinements et d’objets précieux, dont une certaine bille-qui n’a rien d’anodin. Toute une section est mise à disposition du travail autour du procédé pigmentaire au papier charbon avec un «Printemps» nostalgique au charme suranné de 1950, que complète la sublime série des saisons – ou comment retrouver le plaisir oublié de sentir la nature bouger.

Le reflet du monde dans une tête

Dès lors, le nom de Josef Sudek s’inscrit comme une réponse à la guerre et la dureté du monde. Forte de compositions d’une forme nouvelle, dont le sublime «Pellicule» (1927), son oeuvre s’enrichit d’une série de labyrinthes, dont les fameux «Labyrinthe(s) sur ma table», ode au papier datant des années 1970. Parfois c’est raté, comme cet opaque «Labyrinthe de verre», souvent c’est sublime comme dans le «Dans le jardin enchante le baiser» aux accents surréalistes. Face à la rigueur de la vie, le chaos de l’atelier, le désordre dans une tête.

Le film, émouvant, «Vivre sa vie» d’Evald Schorm complète la vision du personnage et son amour pour la musique. Dès 1939, à l’aube de la seconde guerre, il tient dans son atelier de Prague des «mardis musicaux». Les sublimes vues grand angle de Prague en font un portrait inaltéré et hors temps tandis que de rares clichés en couleur pris à la fin de la vie de Josek Sudek accentuent cette sublime poésie mi-citadine mi-marine. Tout, dans la vie de cet homme, respire la bohème envers et contre tout. 

Visuels © Succession de Josef Sudek


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