[EXPO] Bertrand Lavier (re)colore le monde

27 mai 2016 Par Araso | 0 commentaires

Le plasticien Bertrand Lavier et le néo-réaliste Raymond Hains se sont rencontrés à Paris en 1973. Après une nuit, deux pizzas et cinq douzaines d’huîtres, ils ne se quittent plus. La nouvelle exposition de la Monnaie de Paris fait dialoguer les univers de ces deux bonhommes égaux dans leur simplicité, leur accessibilité et leur humour. « Merci Raymond » par Bertrand Lavier est comme une invitation à partager un bon cru de Bourgogne autour des anecdotes de deux vieux copains. On est à la maison, entre des intimes qui inspirent le rire et le soleil. 

Note de la rédaction :

Certes, l’intitulé en forme de private joke dans les salons XVIIIème de la Monnaie peut intimider. Et pourtant: voilà bien une exposition qui saurait faire (enfin!) arriver l’été. Le visiteur qui s’aventure devant le bâtiment quai de Conti aura intérêt à passer sur le trottoir des bouquinistes: l’exposition commence sur la façade, avec une installation en lettres tremblantes et suspendues façon BD des années 70 comme une couverture des excellents San-Antonio vendus à la boutique de la Monnaie.

Dans le somptueux escalier d’honneur, on est accueillis par un bien particulier « objet Dard », stèle à la mémoire de San-Antonio habillée en biographie de Frédéric Dard. Des caractères roses infusent le marbre gris mortuaire. D’emblée, on est de bonne humeur: on sait que l’on ne va peut-être pas saisir sur le vif tout ce que l’on voit, que l’on manquera probablement de références et de repères mais qu’on aurait amèrement regretté de ne pas pousser la porte. A l’entrée de chaque salle, des cartels plus ou moins énigmatiques donnent le ton. Ainsi, dans l’excellente salle Babut de Rosan (la première accessible sur la droite après la nef principale), rien n’est ce qu’il semble être. Quelques cadres dans une vitrine autrement nue et une voix off, que l’on sent familière sans la reconnaitre. Cette étrange capture d’écran pixellisée au mur, c’est « L’apparition de Magritte à Marguerite » de Raymond Hains, issue d’une longue série consacrée à Marguerite d’Autriche, que l’on retrouve à plusieurs endroits du parcours. Ce portrait en noir et blanc de jeune homme n’est pas Bertrand Lavier à trente ans: c’est Raymond Depardon en Bertrand Lavier. Cette photographie d’Arnold Schwarzenegger signée Harcourt est en réalité celle de sa statue de cire au musée Grevin.  Enfin cette voix… c’est Bertrand Lavier qui imite le grand critique d’art Pierre Restany, un 31 décembre, alors qu’ils réveillonnaient ensemble avec « Raymond », parti dans une logorrhée après un plateau de fruits de mer.

Dans une conversation avec Bernard Marcadé, Bertrand Lavier qualifie Raymond Hains de « poème ambulant ». C’est un sublime hommage qu’il rend à son grand ami, disparu en 2005. Loin d’une ambiance « touche pas à mon pote » qui eût pu être de vigueur chez des artistes de cette envergure, l’atmosphère est à la franche rigolade. La salle des skis réunit ainsi une des palissades chères à Raymond Hains, une « Palissade de skis » -il avait coutume de dire que les palissades sont les seules vérités, en références au terme « lapalissades », et des oeuvres d’artistes en ski: Gasiorowski, Closky, Kandinsky, Botlanski, le tout sur une musique de… Stravinski. Le jaune éclate, innonde les pièces, le bleu se fait France et recouvre une commode enduite dans le pur style Bertrand Lavier tandis que plus loin un échafaudage invite à construire l’avenir. Bonhomie, optimisme extatique. Merci Raymond, merci Bertrand.

Visuels © DR


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