Erwin Blumenfeld : du Collage Dada aux couleurs de la Haute-Couture au Jeu de Paume

16 octobre 2013 Par yael | 0 commentaires

Dans le sillage des expositions dédiées à ces pionniers de la photographie que sont André Kertesz, Lee Miller et Eva Besnyo, le Jeu de Paume permet aux parisiens de découvrir l’oeuvre plurielle de Erwin Blumenfeld. Un parcours de vie et d’esthétique qui traverse la première moitié du 20ème siècle de Berlin à New-York en passant par Paris et qui relie le dadaïsme à la photographie de mode. Passionnant.

Note de la rédaction :

EBlumenfeld02C’est de manière thématique que le Jeu de Paume propose de découvrir plus de 300 œuvres d’Erwin Blumenfeld. Mais tout commence par des collages, donc par le début. A Berlin, dans les années 1910,le jeune-homme autodidacte rencontre George Grosz en pleine Première Guerre et adhère au mouvement dada. Fuyant les orages d’acier du front, il se réfugie aux Pays-Bas où il fonde une cellule dada tout en vivant de la confection.

Arrivé à Paris dans les années 1920, Blumenfeld fréquente l’avant-garde et devient réellement photographe. L’approche thématique demeure, si bien que l’on découvre tout l’art de l’entre-deux-guerre d’un coup : il y a d’un côté les autoportraits et les portraits, souvent distordus à la Man Ray, et non moins souvent de modèles ou d’artistes illustres (Matisse, Leonor Fini, ou Cecil Beaton qui a été son ami et son maître); puis il y a les nus, où l’on voit déjà que l’artiste se concentre sur le corps féminin mais qu’il aime à l’appréhender dans ses bizarreries ce qui rompt avec l’image lisse du photographe de mode; il y a enfin les portraits de ville, qui permet de faire le lien discret entre l’ancien et le nouveau monde sans trop s’épancher sur l’internement du photographe en tant que juif en France pour montrer comment c’est en surréaliste et maestro du noir, du blanc et de toutes leurs nuances qu’il accroche les paysages urbains sur la pellicule.

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Puis, après avoir immortalisé la cathédrale de Rouen chère à Monet dans son plus simple appareil, Blumenfeld développe une activité commencée à Paris, et arrive à percher de beaux modèles bien habillés sur la Tour Eiffel ou les gratte-ciels de Manhattan. Aux USA pour Vogue comme pour Vanity fair, mode et images de guerre vont parfois bien ensemble, comme on l’avait retenu lors de l’exposition Lee Miller.

C’est donc l’occasion pour l’exposition Blumenfeld de faire un flash-back et de nous rappeler que le photographe s’était aussi engagé par son art à la fin de sa période dada, en dénonçant Hitler à travers des redoutables photomontages qui ne sont pas sans rappeler certaines toiles de Victor Brauner et ce, dès 1933.

bluemnefeld hitler

blumenfeld nyc Et l’exposition culmine avec une salle dédiée à l’art de photographe de mode de Blumenfeld des années 1940 aux années 1960, où tous les autres aspects de son travail semblent donner de la profondeur à cet art qui pourrait parfois paraître superficiel, d’autant plus qu’il s’agit de la fin fin du noir et blanc et d’une explosion de couleurs, que l’artiste manœuvre avec expertise et joie.

Encore une superbe exposition dans ce si riche automne parisien, qui suggère avec intelligence l’épaisseur historique et technique d’un grand photographe de guerre, de vie, de femme, de villes et de mode.

commissariat : Ute Eskildsen, ex-directrice adjointe et responsable des collections photographiques du Museum Folkwang, Essen.

visuels
- Homme agenouillé avec tour, 1920, Encre de Chine, encre, aquarelle et collage sur papier (c) The Estate of Erwin Blumenfeld.
- Do your part for the Red Cross, [Soutenez la Croix-Rouge], Variante de la photographie de couverture de Vogue US, 15 mars 1945, Erwin Blumenfeld (c) The Estate of Erwin Blumenfeld.
- Hitler avec swastika (Grauenfresse), 1933, collage et encre sur photomontage, courtesy of modernism nc, San Francisco, (c) The Estate of Erwin Blumenfeld.
- Erwin Blumenfeld, Robe verte, 1946, c) The Estate of Erwin Blumenfeld.


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