Duchamp, l’anartiste : l’exposition commémoration au musée des Beaux-Arts de Rouen

16 juin 2018 Par
Lucile Brusset
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Pour le 50e anniversaire du décès de Marcel Duchamp, le musée des Beaux-Arts de Rouen signe une exposition événement en partenariat avec le musée Pompidou, ABCDuchamp, à découvrir du 14 juin au 24 septembre 2018. Un moyen de découvrir ou de redécouvrir l’œuvre du génial Marcel, enfant du pays normand. 

 

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Qu’elle suscite haine ou idolâtrie, l’œuvre de Marcel Duchamp ne saurait se laisser enfermer dans une signification univoque. Dès lors, laisser libre cours à l’interprétation du visiteur, et ainsi suivre l’intuition de Duchamp selon laquelle « ce sont les regardeurs qui font les tableaux », a constitué la priorité du musée des Beaux-Arts de Rouen, qui, à l’occasion du 50e anniversaire de l’artiste, retrace une vie d’innovations artistiques. Cherchant à « concevoir [Duchamp] de façon simple et intuitive autour des faits et non des interprétations », comme l’explique Sylvain Amic, directeur de la Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie, l’exposition permet aux non-spécialistes de saisir le foisonnement créatif et intellectuel de celui qui se présentait comme « le maître à penser du n’importe quoi ».

ABCDuchamp, qui se veut « accessible à tous », fait œuvre de pédagogie. Elle prend ainsi la forme d’un immense abécédaire, qui, de « Anartiste » à « Zalas », en passant par « Hasard », « Optique » ou encore « Voyage », aide le visiteur à se repérer dans l’œuvre de l’artiste. Tout l’intérêt de l’exposition réside dans le savant mélange de réalisations qu’elle expose, des iconiques Fontaine ou Roue de Bicyclette aux œuvres plus confidentielles ou inédites, issues de collections privées, tel ce Menu de Réveillon, dessin de presse du jeune Marcel, montrant une femme nue faire ripaille sur une coupe de champagne. Les études de travail exposées permettent aussi de rentrer dans l’atelier du génial créateur. C’est le cas de La Boîte Verte, longue série de notes explicatives servant à l’élaboration du Grand Verre, qui, par ses calembours et jeux de mots, inscrit Duchamp dans la tradition poétique d’un Mallarmé.

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Mais ABCDuchamp expose au-delà des créations du maître Marcel, et c’est sans doute ce qui fait toute sa richesse. Ainsi découvre-t-on les œuvres de ses frères, le peintre Jacques Villon et le sculpteur Raymond Duchamp, pépites du cubisme, et celles de sa fille naturelle, Yvonne Serré, qui peignait sous le pseudonyme de Yo Sermayer des toiles que son père se plaisait à appeler « peintures d’ameublement ». Les photographies de Man Ray, George de Zayas ou Ugo Mulas viennent également ponctuer le cheminement tranquille du spectateur parmi les œuvres de Duchamp.

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Pour les plus jeunes, la scénographie prévoie un parcours dédié et des dispositifs ludiques, leur permettant de s’immerger dans une œuvre à l’humour corrosif et à la poésie détonante. Pour les adultes, elle permet de hiérarchiser les niveaux de lecture et d’apporter tout en finesse un peu de clarté à un travail artistique souvent perçu comme hermétique par le grand public. On regrettera cependant son manque de couleurs et de rondeurs, pour un artiste qui aimait tant l’érotisme, « tube de couleur » à « injecter […] dans [ses] productions ».