Daido Moriyama/Fernell Franco à la Fondation Cartier

4 février 2016 Par Araso | 0 commentaires

Dès samedi s’ouvrent les deux nouvelles expositions de la Fondation Cartier. Consacrées à la photographie, elles mettent en lumière le travail en couleur du Japonais pulsionnel et transgressif Daido Moriyama et, tout en contrastes, l’oeuvre en noir et blanc mélancolique et poétique du Colombien Fernell Franco

Note de la rédaction :

Daido Tokyo : Panorama de la transgression

On y voit des images de nus trash, déchirées. Les grilles et grillages de la ville répondent aux bas résilles des cuisses et des mains. Une faune et une flore sauvages et inattendues peuplent ce Tokyo d’envers de carte postale. Ces bouches rouges et humides, déposées partout comme des signatures, énormes, ont quelque chose de terrifiant. Tout le monde est SM, même les mannequins de plastique des vitrines. Le club du luxe est pathétique, la consommation une tragédie.

La Fondation Cartier fait une fois ici encore figure de précurseur et de prescripteur après avoir montré, pour la première fois en France, en 2003, le travail noir et blanc de l’artiste. Loin des images pop et des cerisiers en fleur, le travail de Daido Moriyama se concentre depuis déjà vingt ans sur la partie obscure et méconnue de Tokyo. Celle d’un japon urbain en plein bouleversement, dans un sas de transit, quelque part dans la modernité. C’est dans l’aspect mordant des images délurées et décomplexées que l’on reconnaît le Japon.

Daido Moriyama naît en 1938 à Ikeda, Osaka. Il vit et travaille à Tokyo. Bouleversé par les changements du Japon post-seconde guerre mondiale, il va oeuvrer avec toute une génération de photographes dans la lignée de l’agance d’avant-garde Vivo à croquer chacun de ses soubresauts. Dès 1967, son travail est reconnu au Japon par ses pairs, qui lui décernent un « New Critic Award ». Sa première exposition personnelle, Scandal, a lieu en 1970 au Plaza Dick de Tokyo. Depuis, les expositions et les parutions s’enchaînent et Daido Moriyama fait l’objet d’évènements d’envergure aux Etats-Unis, en France, au Royaume-Uni et en Italie.

Daido Moriyama a réalisé spécialement pour la Fondation Cartier un diaporama noir et blanc intitulé Dogs and Mesh Tights. Le Vendredi 5 Février de 16h à 22h une soirée nomade lui est consacrée: une performance éphémère au cours de laquelle chaque participant sera invité à constituer son propre exemplaire du livre, imprimé sur place et signé par l’artiste.

Visuels © Daido Moriyama

Fernell Franco, Cali Clair-Obscur: La Cité des Ombres

La Fondation Cartier réalise la première retrospective européenne consacrée à Fernell Franco. Le photojournaliste colombien a vécu et travaillé presque toute sa vie à Cali dont la scène artistique émerge au début des années 1970. En hommage, l’artiste colombien Oscar Munoz réalise une oeuvre spécialement pour l’exposition.

Fernell Franco est enfant quand sévit la Violencia, la guerre civile, en Colombie. Il se réfugie comme des milliers d’autres à l’époque dans les quartiers pauvres de Cali. Photographe autodidacte, il a très tôt envie d’entamer une recherche personnelle pour capturer l’âme de Cali. « J’étais à la recherche de choses banales-des choses qui se passent dans la ville au quotidien, qui arrivent dans la vie des gens normaux. Des choses différentes du travail que je faisais dans la publicité et la photographie de mode. » Explique-t’il.

Le résultat est excessivement surprenant: le travail de Fernell Franco semble habité partout par cette présence photomatique d’individus, d’objets, figés dans un autre espace-temps auquel le commun des mortels n’aurait jamais eu accès. Il y a quelque chose d’éthéré dans ces clichés, une mélancolie indicible dans ces flous, une violence sourde et sous-jacente. Des intérieurs somptueux aux extérieurs en ruines, de ses visages de spectres aux ombres dans les billards, Fernell Franco balade son objectif dans chaque recoin de la ville qui vibre au son de la salsa et de la culture populaire.

Visuels © Fernell Franco


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