Courbet et les paysages à la ravissante Abbaye d’Auberive

16 juin 2016 Par Sandra Bernard | 1 commentaire

Jusqu’au 25 septembre, la ravissante Abbaye d’Auberive, située à une soixantaine de kilomètres de Dijon, propose un regard croisé sur l’art du paysage entre Gustave Courbet, le maître de la peinture réaliste du XIXe siècle, ses élèves et des artistes du XXe voire du XXIe siècle dont Eva Jospin, Ronan Bardot, Fabian Cerredo, Antoine Corrélation, Evi Keller, etc. Un dialogue fertile où de l’ombre jaillit parfois la lumière.

Derrière ce titre à la fois simple et efficace « Courbet et les paysages  » se cache une exposition où le paysage et la matière prennent toute leur ampleur. Quand Courbet peignait un paysage, c’était toujours avec passion et rigueur. Pour lui, un bon paysage en peinture est un paysage connu. L’on peut alors y insuffler une vibration et un supplément d’âme ne nécessitant aucun artifice d’exotisme ou de colorisme. Ses paysages, peints sur le vif en allant du plus sombre au plus clair, jouent sur la perception. la touche est vibrante, presque frémissante et parfois, des formes anthropomorphiques jaillissent du paysage dans un rocher ou un branchage. Parfois, Courbet peuple son paysage d’un personnage, un pêcheur, un chasseur, une bergère, mais ceux-ci, plus fantomatiques et anecdotiques, semblent avalés par la nature luxuriante.
Ses élèves et amis, qui se sont constitués en atelier autour de lui à plusieurs reprises pendant ses exils, l’aidaient dans la réalisation de ses toiles dont certaines sont presque entièrement de sa main et d’autres n’ont d’authentique que la signature. Ses suiveurs directs, s’ils s’ approchaient du style du maître, ne proposent finalement que rarement des œuvres à la mesure de leur illustre professeur. La comparaison rend flagrante ses différences de perception et de maturité artistiques.
L’héritage de Courbet et de sa manière s’est diffusé jusqu’à aujourd’hui sous des formes très diverses. Les artistes contemporains présentés sont parvenus à intérioriser ses concepts et à les retranscrire dans leurs recherches. Ainsi, Jacques Perconte réalise des œuvres suivant un mouvement inverse à celui de Courbet. Alors que le maître peignait la nature de manière à la rendre toujours plus réaliste, Perconte filme les paysages puis les retraite suivant un algorithme de sa conception afin de picturaliser ses travaux.
Evi Keller, pour sa part,  réalise des séries de photographies de berges gelées où se reflètent le ciel et les arbres. Des paysages abstraits se dessinent inconsciemment malgré la perte de repères sensoriels. Une expérience méditative et envoûtante.
Malgorzata Paszko, artiste polonaise ayant beaucoup travaillé la matière, s’ est lancée dans une nouvelle recherche picturale où l’acrylique diluée à l’extrême apposée sur des toiles non préparées donne une impression d’aquarelle géante. Les couleurs douces et harmonieuses confèrent à ses paysages une douceur et une sérénité des plus appréciables. Décoratives sans être kitsch, l’on se plait à les contempler longuement.
Enfin, Eva Jospin, que nous avions découverte en mars 2011 à la fondation EDF, est assurément l’une des perles montantes de la création contemporaine. Ses travaux poétiques nous transportent dans un monde onirique où le carton ainsi travaillé retourne à sa forme première d’arbre dans la forêt. Les différences de reliefs créent des ombres et de la profondeur. Un mariage réussi entre le graphique et l’organique dans lequel on plonge avec délectation. Une jeune artiste en passe de se faire un prénom.
D’autres travaux ponctuent l’exposition, avec en commun le travail sur la matière et le paysage, qu’ils soient figuratifs ou abstraits, avec toujours ce petit supplément d’âme qui s’ inscrit dans le sillage de Courbet.
Une salle un peu à part dresse un portrait croisé de Gustave Courbet et de Louise Michel, la plus célèbre des communardes, qui fut incarcérée quelques mois à l’abbaye, alors prison pour femmes, avant sa déportation à Cayenne.
La scénographie, des plus classiques, tire parti de l’architecture du lieu, à savoir une belle abbaye cistercienne remaniée à de nombreuses reprises. Ainsi, chaque artiste dispose d’une salle indépendante. Les œuvres sélectionnées, de dimensions raisonnables, sont disposées sur les lambris, les entre fenêtres et au dessus des cheminées, à l’image d’un intérieur, les rendant plus accessibles.
Le lieu lui-même est à la fois calme et ravissant. Propriété de la famille Volot depuis une dizaine d’années, ce lieu à la riche histoire a retrouvé de son lustre passé grâce aux nombreuses restaurations entreprises. L’on peut y admirer des vestiges médiévaux intégrés dans une architecture cosy datant du XVIIIe siècle. Témoin du passé carcéral de l’abbaye, quelques cellules d’isolement ont été conservées.

Visuels  : SB


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