« Coexist » : la leçon de résistance de Combo

7 janvier 2016 Par Araso | 0 commentaires

Dès aujourd’hui, date anniversaire des attentats de Charlie Hebdo, et pour deux mois, l‘Institut du Monde Arabe accueille le travail de Combo dans une exposition-évènement autour de l’oeuvre éponyme Coexist. Un regard éclairé sur les obscurantismes de notre époque, une leçon de pacifisme, d’humilité et de pugnacité.

Note de la rédaction :

Voilà qui aura de quoi dépoussiérer les esprits. L’histoire commence il y a un an. Le street artist Combo travaille à Paris à son oeuvre Coexist. Reprenant le slogan diffusé par l’artiste polonais Piotr Moldozeniec en 2001 dans le cadre du conflit israélo-palestinien, elle recoupe les emblèmes des trois religions monothéistes. Cela lui vaut d’être agressé le 30 janvier 2015 par quatre personnes. L’IMA décide alors de l’accueillir à l’occasion d’un rendez-vous donné aux parisiens pour diffuser des centaines d’affiches portant le mot « Coexist ». Aujourd’hui, c’est une exposition de cinquante oeuvres que l’IMA lui consacre, bouclant la boucle d’un travail né dans un atelier, descendu dans la rue, entré au musée.

« Le racisme est quelque chose que l’on crée ce n’est pas quelque chose avec lequel on nait » interpelle une des oeuvres. Combo est né en 1987, d’une mère musulmane et d’un père catholique. Directeur artistique, street artist et activiste pacifiste engagé, il mène depuis des années une résistance affirmée (Tchernobyl en 2012 à la date anniversaire de Fukushima, Everybodysmokes en 2013 sur l’encadrement du cannabis médical en Californie, Pariselection en 2014, guerre médiatique entre des personnages de dessins animés, etc.). Malgré les agressions, Combo continue de militer pour un lien de solidarité entre les religions et d’ouvrir les esprits à grand renfort de messages coup de poing. En témoignent ces affiches collées, superposées, froissées, entre jeux de transparences et interdits transgressés.

L’exposition commence et se termine dans le noir, comme une allégorie de l’obscurité dans laquelle notre époque est baignée et des obscurantismes qui nous aveuglent. Les escaliers projètent d’emblée dans l’ambiance avec des videos et une bande-son toute en basses. La scénographie, simple et efficace fait voyager entre des palettes de bois comme dans un monde post-apocalyptique. L’exposition s’articule en trois grands chapitres, passé, présent et futur: Neo-Classicisme, Dji-art et Clichés.

Dans neo-classicisme, Combo met en perspective l’idée véhiculée par les médias d’un déclinisme économico-politico-civilisationnel avec une saine prise de distance et questionne le fameux « c’était mieux avant ». Une danse macabre côtoie des noyés peints au premier plan d’une sorte de  Radeau de la Méduse version 2015. Il sont nets, honteusement présents, tandis que les rescapés restent flous en arrière-plan.  Un peu plus loin, une Venus de Clichy interloque, amuse, dérange, et pas forcément dans cet ordre.

Dji-art a pour ambition de casser les « on-dit » médiatiques en amenant le public à la réflexion. Deux hommes s’embrassent à pleine bouche à côté d’une inscription « L’amour est aveugle et la religion peut nous aveugler ». L’humour, l’élégance du verbe, les jeux de mots sont partout. On rit, on succombe au ridicule de ces préjugés qui deviennent tout à coup très extérieurs avec un sentiment de « c’est tellement ça ».

Pour finir, Combo investit les sous-sols de colonnes sur lesquelles sont suspendues des photographies de visages qu’on éclaire à la lanterne comme autant de doubles anonymes. Ces « clichés » rappellent que notre singularité est notre point commun. Leur disposition évoque un temple laïque où se recueillir ensemble. Quelque part dans ces dédales se construit une forme de résistance collective hors champ, hors média, hors sol.

Visuels © Araso


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