[Bruges] « Les Sorcières de Bruegel », quand la peinture arrête les caractéristiques d’une figure populaire

23 février 2016 Par Yaël | 0 commentaires

A Bruges, sous les magnifiques combles en bois du 13e siècle de l’hôpital Saint-Jean, Musea Brugge et le Museum Catharijneconvent d’Utrecht ont joint leurs ressources pour donner corps à la thèse passionnante de l’historienne de l’art Renilde Vervoort. Si les sorcières existent depuis longtemps, ce sont deux estampes de 1565 de Pieter Bruegel l’Ancien qui leur ont légué leurs attributs caractéristiques : le chaudron, le balai, le chat noir et le sexe féminin. Dans un Bruges en pleine effervescence, nous avons suivi l’universitaire habitée par son sujet dans une grande découverte des sorcières du Moyen-âge au 17e siècle.

Note de la rédaction :

L’exposition Les sorcières de Bruegel s’articule autour des deux estampes de Bruegel représentant l’affrontement entre Saint-Jacques et le magicien Hermogène. Dans la première des deux estampes, Bruegel représente une femme sur un balai, planant au-dessus d’un chaudron en feu, non loin d’un chat noir. Il y a aussi, au-dessus de la cheminée où elle s’engouffre, une « main de gloire », membre détaché crachant par chaque doigt une flamme. Dans la deuxième estampe, le maître a osé bouleverser l’Histoire Sainte : il précipite la chute et la mort du magicien, piétiné par ses propres démons et sorcières quand la légende offrait au malheureux la rédemption.

C’est guidés par des mains de gloire discrète et éclairantes et encouragés à se munir d’une bougie pour éclairer notre parcours sur les routes mystérieuses de la représentation des sorcières que nous sommes invités à suivre une exposition raffinée, lettrée et très élégamment scénographiée autour de ces deux œuvres princeps. Dans les premières sections l’on apprend que si les sorciers et les sorcières existaient depuis longtemps au moment où Bruegel les peint, reconnaître une scène de sorcellerie n’était pas aisé. C’est à grand renfort de traités savants comme le Malleus Maleficarum du dominicain Heinrich Kramer (1486) et par la propagation en Europe de rumeurs sur ces adorateurs et adoratrices du diable par des petits journaux ou feuilles de choux dédiés au 16e siècle, que les sorcières et les sorciers sont devenus, en fonction des régions et de l’activité des prédicateurs, des êtres à pourchasser, juger et brûler. Les persécutions ont duré de 1425 à 1700, avec une légère accalmie lors de la Réforme et ses répressions. A l’échelle du continent, ce sont 100 000 personnes qui ont été jugées pour sorcellerie en Europe, à cette époque. La phénomène s’est répandu et les représentations de sorcières sont nombreuses, notamment autour de Strasbourg, du canton de Vaud mais avant tout dans le grand royaume des Flandres qui comprenait aussi bien Arras, que Bruges ou Utrecht, et où on a trouvé près de 150 représentations de sorcelleries.

Renilde Vervoort montre avec précision et conviction comment la sorcière s’est féminisée, érotisée et comment les attributs que cristallisent les estampes de Pieter Bruegel ont marqué leur temps. On retrouve en premier le chaudron fumant, mais aussi le balai et le chat noir – incarnation maligne de la sorcière- chez des artistes et des ateliers aussi divers que Albrecht Dürer (ne manquez pas sous verre une ravissante petite estampe), son étudiant Hand Baldung Grien, David Teniers ou encore le grand spécialiste un peu plus tardif du sujet : Frans Francken.

Excellent prétexte pour retourner se perdre dans les canaux si bouleversants de Bruges, « Les sorcières de Bruegel » est une démonstration d’influence qui permet une plongée quasi-sociale dans une Europe entrain de sortir du Moyen-âge. On y retrouve l’origine de la représentation de la sorcière avant que Michelet, les romantiques ou même Theodor Dryer, en fassent des héroïnes des temps modernes. Dans une très belle salle annexe, les enfants sont invités à se représenter Bruges au 15 e siècle en enfourchant à l’ancienne un balais magique.

Informations Pratiques : Sint-Jaanshospitaal, Mariastraat, 38, 8000 Bruges, Belgique.

visuels : YH


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