« Apollinaire : le regard du poète » à l’Orangerie : une exposition vivante

5 avril 2016 Par Géraldine Bretault | 0 commentaires

Abandonnant peu à peu une lecture par trop linéaire et systématique de l’histoire de l’art, les musées et les commissaires s’efforcent de poser un regard inédit sur la fabuleuse histoire des avant-gardes du début du XXe siècle. Une histoire que l’Orangerie nous propose de relire en filigrane à travers la vie et l’œuvre critique de Guillaume Apollinaire.

Note de la rédaction :

Dès la première salle, l’interdisciplinarité est de mise : une toile de Juan Gris côtoie une sculpture d’Arlequin de Picasso, un fétiche zaïrois ou encore des calligrammes d’Apollinaire reproduits sur les cimaises. C’est en effet un véritable « homme-monde », que l’exposition entend célébrer. L’histoire de l’art a d’ailleurs retenu le vocable de « passeur » pour désigner ces figures littéraires dont la clairvoyance a su déceler le génie parmi la bohème artistique de l’époque.

Si la romance du poète avec sa muse Marie Laurencin est bien connue, ainsi que son rôle déterminant dans la rencontre entre Braque et Picasso, à l’origine de la « cordée » périlleuse que fut l’aventure du cubisme, le parcours de l’exposition condense judicieusement l’anecdotique dans la seconde salle, pour déployer ensuite d’amples sections thématiques propres à restituer l’envergure de l’appareil critique mis en place par Apollinaire.

On découvre ainsi le goût d’Apollinaire pour le cirque (Médrano, fréquenté par nombre d’artistes), certes en phase avec son époque, mais qui permet aussi d’éclairer son intérêt pour les tuniques folkloriques peintes par la russe Natalia Gontcharova. Ailleurs, le rapprochement entre les arts premiers et les fauves permet de montrer l’intérêt non exclusif d’Apollinaire pour les avant-gardes fondées aussi bien sur la forme (cubisme, futurisme) comme sur la couleur (fauvisme, expressionnisme).

Une section est naturellement consacrée aux relations avec Pablo Picasso, tant leur amitié fut féconde. Le rapprochement entre Les Mamelles de Tirésias, « drame surréaliste » d’Apollinaire, et le décor réalisé par Picasso pour le ballet Parade, chorégraphie pour les Ballets russes sur un poème de Cocteau, apporte un autre regard sur les germes du surréalisme.

Enfin, une dernière section s’intéresse à l’amitié entre Apollinaire et Paul Guillaume, dont la collection constitue l’essentiel du fonds permanent de l’Orangerie. Outre les nombreux portraits exécutés par ses amis artistes, d’émouvants clichés du poète le montrent la tête enserrée par des bandages, blessé à la tempe par un éclat d’obus, comme l’annonçait le portrait prémonitoire de Chirico dès 1914….

D’une grande efficacité, le parcours élégant semble se dévoiler comme par cercles concentriques, permettant de lier les aventures humaines aux rapprochements théoriques. Dans un très bel équilibre entre textes, œuvres et reproductions photographiques, l’exposition réjouira les admirateurs du poète comme les férus de peinture, grâce à un choix d’œuvres éclectique et varié. Un hommage vibrant, à découvrir jusqu’au 18 juillet.

 

« On peut être poète dans tous les domaines : il suffit que l’on soit aventureux et que l’on aille à la découverte. » Guillaume Apollinaire


 

visuels : Apollinaire et ses amis, Marie Laurencin © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jean-Claude Planchet © ADAGP, Paris 2016
Paris par la fenêtre, Marc Chagall © The Solomon R. Guggenheim Foundation / Art Resource, NY, Dist. RMN-Grand Palais / The Solomon R. Guggenheim Foundation / Art Resource, NY © ADAGP, Paris 2016
La lampe électrique, Natalia Gontcharova © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Droits réservés © ADAGP, Paris 2016
L’homme à la guitare, Pablo Picasso © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / image BPK © Succession Picasso 2016


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