Al Musiqa : ballade musicale en terre arabe

22 avril 2018 Par
Donia Ismail
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Dans l’exposition Al Musiqa (jusqu’au 19 août), la Philharmonie de Paris parcourt quinze siècles de musique arabe, à l’heure où dans certaines régions elle est en péril.

Le nom d’Al Musiqa apparaît en vert et jaune sur un des murs de la Philharmonie de Paris. Avant d’aller plus loin, une femme nous tend un casque : la ballade s’annonce musicale. C’est une compilation des plus grandes chansons arabes des années 1900 à aujourd’hui, réalisée et chantée par le youtubeur Alaa Wardi en 2016, qui nous accueille. À sa sortie, elle a fait un tabac sur la toile du côté arabe: plus de 12 millions de vues. La Philharmonie a l’oeil.

Un chameau sur une dune de sable, à perte de vue. Ça commence fort. On entre alors dans ce qui est la première salle de l’exposition, consacrée à la poésie du désert. Au plafond, des tambours, instruments favoris de ces peuples. C’est sûr, nous sommes dans une exposition sur la musique.

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Le défi que s’était lancé la Philharmonie de Paris était de balayer quinze siècles de musique en l’espace de sept salles. Et attention, le pluriel n’est pas singulier ! Ce qu’essaye de montrer cette exposition est la multiplicité des genres impliqués dans les musiques arabes. Elle prend alors un -s et vit à travers ses influences, ses inspirations tantôt apportées par le Moyen-Orient ou par l’Afrique subsaharienne, auquel s’ajoutent les sons du Maghreb.

Un charme oriental

L’atout charme de l’exposition réside en sa scénographie. Des arcs voûtés rappelant l’architecture de l’Alhambra de Grenade, à la mosaïque colorée de la Grande Mosquée d’Alger en passant par les bacs Coca Cola sur lesquels on s’assoit dans les bars d’Alexandrie pour jouer au domino, un narguilé à la main. Tout rappelle le monde arabe. Dans la salle centrale, octogonale consacrée à la musique de cour de l’ère du califat, s’animent sur le sol des arabesques numériques, tantôt bleues, vertes, noires et jaunes, qui se recomposent constamment. Les salles se succèdent, chacune mettant en avant une période bien délimitée. En plus de la musique, on y trouve des ateliers ludiques pour enfants, des iPad sur lesquels on peut écouter le fameux Ali Keffiyeh de Mohammed Assaf, ou encore des mosaïques à recomposer. Bref, un seul mot: la vulgarisation pour un projet ambitieux, trop peut être.

Trop d’attentes

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On l’annonçait comme la première grande exposition sur la musique arabe. L’Institut du monde arabe avait déjà fait un focus sur l’Astre de l’Orient, Oum Kalthoum, en 2009, mais cette fois-ci ce sont les musiques en elles-mêmes, ses courants, ses chants et ses artistes qui sont le centre de cette exposition. Une initiative belle, qu’il faut tout de même saluer. Pourtant, on ne peut s’empêcher d’y sortir un chouïa déçu.

Déçu de n’avoir vu que des noms et des visages. La salle « Égypte, mère du monde » met en avant sa reine, Oum Kalthoum : ses robes de scènes, oranges et vertes sont entreposées, et en fond résonne Enta Omry, l’un des chefs-d’oeuvre de la Quatrième Pyramide. Personne n’essayera de la détrôner de sa place de super diva arabe. Elle est encore aujourd’hui, quarante ans après sa disparition, l’incarnation de l’Art arabe, de sa sensualité et de sa complexité. Cependant, elle n’est pas la seule artiste arabe à avoir réinventé la musique et ses codes. D’autres, comme Fayrouz, Abdel Halim Hafez ou encore Warda, ont participé à son essor. Et ce sont peut être ces noms, ces histoires qu’il fallait raconter. Au lieu d’admirer de simples visages, on aurait voulu plus.

Malgré toutes ces petites imperfections qui n’échapperont pas aux spécialistes, l’’exposition reste enrichissante pour ceux qui viennent découvrir une autre culture, un autre monde, une différente facette de l’Histoire mondiale. Pour les experts, elle n’apporte rien de plus si ce n’est un voyage immersif dans les rues des pays arabes.

Visuels : DI