21 rue la Boétie, l’exposition sur les collections de Paul Rosenberg à La Boverie

22 septembre 2016 Par Yaël | 0 commentaires

C’est à Liège, au tout nouvellement rénové musée de la Boverie (voir notre article) que l’adaptation et scénarisation du best-seller de Anne Sinclair sur les collections de son grand-père, le grand marchand d’art Paul Rosenberg a été créée. C’est en présence de la journaliste, de Elie Barnavi, co-concepteur de l’exposition avec l’agence Tempora et du grand collectionneur David Nahmad que l’inauguration liégeoise a eu lieu sous un grand soleil, ce mercredi 21 septembre 2016.

Toute La Culture était en Belgique pour 21 rue la Boétie et a pu rencontrer Anne Sinclair pour qu’elle nous parle d’un projet mêlant Histoire, Histoire de l’Art et Histoire familiale. A voir jusqu’au 29 janvier 2017 à Liège puis au Musée Maillol dans une version revue pour Paris en 2017.


Note de la rédaction :

Le petit livre d’Anne Sinclair sur son grand-père, Paul Rosenberg, grand marchand d’art déchu de sa nationalité française par Vichy et contraint à s’exiler aux Etats-Unis est né d’une question d’administrateur zélé lui demandant de prouver l’identité française de ses quatre grands parents. C’est avec le livre, paru en 2012 chez Grasset, qu’elle a osé pour la première fois entrer dans le le lieu où cet « impresario des artistes » et ce marchand très organisé et très moderne exposait dans l’entre-deux-guerres à toute vitesse les œuvres de ceux qu’ils soutenait : Picasso, Braque, Léger, Laurencin…

Ce 21, rue la Boétie mythique a été déserté avec l’exil et la spoliation. Ayant connu son grand-père jusqu’à l’âge de 11 ans, tandis que ce dernier la traitait comme une « grande fille », l’a emmenée rencontrer des artistes comme Picasso et lui a appris à visiter un musée. Présentant celui-ci comme un visionnaire, qui pouvait partir, tableau sous le bras évangéliser les confins des Etats-Unis à l’art moderne européen ou multiplier les catalogues et les chocs culturels avec l’art, Anne Sinclair vante en lui celui qui savait « rendre l’œuvre de l’artiste plus populaires ». Très heureuse de l’exposition : « Ca a de la gueule », résume-telle avec un grand sourire, elle sait que Paul Rosenberg et sa mère, Micheline, auraient adoré voir l’oeuvre d’une famille au service de l’art ainsi réunion au sein d’un grand musée – qui plus est situé à un carrefour de l’Europe.

Après une série de rencontres avec le Bourgmaistre de Liège, des spécialistes de la spoliations, en témoin, le collectionneur David Nahmad, Didier Schulmann pour parler du leg de 41 tableaux de Rosenberg à l’ancêtre du Centre Pompidou, Elie Barnavi et Anne Sinclair, le cordon d’inauguration a été coupé avec grâce par la petite fille du Grand Homme, toute de blanc vêtue et visiblement très heureuse de pouvoir parler de Paul Rosenberg dans toutes les langues.

Et de fait, cette version spatialisée de 21 rue la Boétie est une grande réussite qui parvient à la fois à nous plonger dans le goût sûr d’un grand collectionneur, dans l’Histoire de l’Europe au 20e siècle par ses œuvres et aussi un peu dans l’intimité d’une famille. Avec l’exposition, l’enquête commencée par Anne Sinclair dans le livre continue, alors même que certaines toiles ayant appartenues à Paul Rosenberg sont encore sur le point d’être restituées. On commence par quelques portraits du marchand, joliment mis en scène et on s’initie au parcours par un tableau de la grand-mère et la mère d’Anne Sinclair par Picasso pour terminer la boucle sur un portrait par Marie Laurencin de Anne Sinclair à 4 ans. Alors que la famille de la journaliste ne possède plus beaucoup de toiles réunies ou commandées par Rosenberg, c’est de collections privées et de grands musées du monde entier que les joyaux mis en avant par le marchand sont venues.

Les 3 premières salles nous plongent immédiatement dans son panthéon, à grand renforts de Corot, Degas, Picasso, Braque, Laurencin, Masson … La méthode de l’homme d’affaire très organisé, sa manière de tout photographier et son génie de présenter des catalogues de ses artistes sont parfaitement intégrés au parcours.

La deuxième moitié de ce chemin dans l’art est dédiée à l’Histoire, avec un grand H. D’abord avec un point fort sur l’ »art dégénéré ». Dans ce musée de la Boverie qui a acheté 9 toiles à la grande vente d’art dégénéré organisée par la nazis à Lucerne, en 1939, à un moment où Rosenberg se battait pour que ses collègues marchands ne spéculent pas et ne donnent pas d’argent à un Régime qui leur reverrait sous forme de bombes, on assiste à une puissante mise en perspective des œuvres « dégénérées » : des toiles défendues par Rosenberg sont mises en vis-à-vis de toiles pompières. Entre Marie Laurencin et Alfred Hahn ou entre Chagall et Robert Streit, l’œil ne balance pas… Une grande salle noire fait le point historique sur la spoliation (avec quelques figures de sauvetage dont Rose Valland) des juifs d’Europe. Une spoliation qui est un prélude et  une etape de leur destruction, sauf ceux – qui par Varian Fry ou leur propres moyens ont pu prendre le chemin de l’exil. L’exil américain de Paul Rosenberg est bien mis en perspective au cœur de toute une intelligentsia juive et marxiste qu’il a pu fréquenter.

A la fois familiale et internationale, rassemblant de toutes grande oeuvres venues du monde entier, 21 rue la Boétie réussit à transmuer un livre de témoignage en véritable parcours dans l’Art et l’Histoire de l’Europe du 20e siècle. Anne Sinclair a raison « Mon grand-père aurait adoré ».

visuels : YH
Marie Laurencin, Les deux espagnoles, 1915, collection particulière (c) Fondation Foujita / Sabam belgium 2016. Photo Christian Barajo, Studio SLB
Fernand Léger, Le Déjeuner, 1921-22, (c) Sabam belgium 2016 Digital image (c) (2016) The Museum of Modern Art / Scala Florence.


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