Entre noctambules berlinois et mer déchaînées, Emil Nolde au Grand Palais

2 octobre 2008 Par marie | 0 commentaires

Derrière une affiche représentant une mer sombre, se cache dans les couleurs du Grand Palais une explosion de couleurs : le peintre allemand Emil Nolde (1867-1956) y est à l’honneur jusqu’au 19 janvier.

 

Les Géants de la montagne et autres figures intégrées dans les neiges accueillent le visiteur du Grand Palais. Originaire d’une famille de paysans de Nolde, village allemand au bord de la frontière germano-danoise, Emil Hansen n’a cessé de représenter les grands espaces naturels.

 

 

 

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                                          La Cima della Pala et la Verrana, 1897, Carte postale

 Ces montagnes personnifiées, monstres énormes mais sympathiques, sont inspirées des massifs alpins auprès desquels l’artiste enseigna le dessin industriel au début de sa carrière. Déjà, ils sont signés par un peintre expressionniste : déformée, grossie ou exagérée, la toile inspire crainte, calme ou dégoût, etc.  Pour susciter une telle variation d’émotions, la palette employée est large, la deuxième salle illustre cette variété : à droite, des pastels pour la mer ; au centre, des couleurs vives pour des scènes champêtres et des jardins (Jour de moisson) ; à gauche, l’obscurité de l’humanité, de ses bas-fonds (Brigands), de ses peines (Paysans). Dans un même tableau se cotoient le beau et le laid, le premier ne servant parfois qu’à faire ressortir le second : ainsi de ses noctambules berlinois observés par le peintre devenu en l’espace de quelques années citadin ; sur les toiles colorées, les visages des élégantes ressortent verts, les amoureux Au café, de nuit paraissent être des vampires. Le rouge sanguin de ce Jeune couple ne paraît guère plus rassurant. 

 

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                                                            Jeune couple, 1913, Lithographie

Comme les autres, Adam et Eve au Paradis perdu ne sont pas épargné par le malaise, seul le Couple sur la plage, représenté de dos, paraît serein…

 Comme l’amour, la danse suscite chez le peintre des représentations ambivalentes : tantôt Ronde endiablée et colorée des enfants, elle peut, peuplée de figures fantastiques, devenir une surréaliste scène macabre (Danse macabre, eau-forte).

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                                                       Ronde endiablée, 1909, huile sur toile

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                                                        Enfants des bois, 1911, Impression en noir

Et, quand les hommes se confondent aux monstres, la descente de la lumière elle-même devient un phénomène quasi-surnaturel (Magie de la lumière). Le ciel est descendu sur terre –quand il ne se confond pas avec lui- si bien que les scènes religieuses en paraissent profanes. La Vie du Christ, ensemble de tableaux agencés comme un retable gothique, n’a de « moyen-ageux » que cet agencement, justement. Marie et les apôtres au pied de la Croix sont verts de tristesse, les soldats romains à droite plutôt rougeauds, Jésus en croix est bien un homme. Nolde s’est inspiré pour cette huile du retable d’Issenenheim à Colmar, il a en a gardé la composition tout en se dégageant de la solennité que son compatriote Matthias Grünewald (XVIe s) avait donné à la scène. Le tableau sera refusé à l’Exposition internationale d’art religieux de Bruxelles (1912).

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                                                      La Vie du Christ, 1911-12, huile sur toile

Cette indignation sera un présage de ce que suscitera comme réactions des travaux de Nolde (et avec lui l’ensemble des peintures expressionnistes) chez le parti nazi. L’exposition ne se limite pas à évoquer l’interdiction de l’œuvre de l’artiste en 1941, elle revient sur les relations ambigües entre le pouvoir et celui qui disait ne rien y connaître en politique (« L’art et elle me semble opposés » disait le peintre). Considéré comme dégénéré, et interdit officiellement, Nolde se débrouille malgré tout pour peindre de petites aquarelles, qui, en cette période troublée, se font encore plus peuplées de monstres qu’à l’ordinaire.

Quelques années auparavant pourtant, l’artiste se considérait comme le « génie allemand », célébrait dans ses toiles, sa région d’origine, Schelswig, plat pays où les tournesols ne se trouvent pas dans des vases comme chez Van Gogh qu’il admirait, mais plantés au sol, figures vivantes aux côtés des moulins et des chevaux, sécoués et essorés au gré du ciel et des tempêtes. Attaché à son pays au point qu’il adopta le nom de son village natal, Nolde, le peintre ne s’est pas exclusivement consacré à ces nordiques horizons. Membre artistique d’une expédition allemande pour la Nouvelle Guinée (1913), il en rapporte des masques, un rougeoyant Soleil des tropiques et des aquarelles d’indigènes dont les figures graves ou sympathiques contrastent avec les élégants et sournois berlinois de la salle précédente : « Les hommes primitifs vivent dans leur nature, ils ne font qu’un avec elle et sont une partie du cosmos tout entier. »

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                                Jeune indigène au collier, 1914, aquarelle, encre indienne

Comme les primitifs, Nolde est panthéiste ; apaisées, déchaînées ou tourmentées, orange, rose ou jaune, les eaux englobent son âme comme les montagnes cachaient les Géants : « La mer est calme à présent. Mon âme elle aussi, est au repos » écrivait l’artiste à sa compagne.

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                                   Nuages d’été, 1913, huile sur toile

Emil Nolde, 1867-1956, Grand Palais, jusqu’au 19 janvier, ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 20h, nocturne le merc- jusqu’à 22h, 10 euros, TR : 8 euros, Métro Franklin Roosevelt, Champs Elysées-Clémenceau, 01 44 13 17 17.


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