Chéreau à la Collection Lambert : une spectaculaire histoire de l’art

9 juillet 2015 Par
Amelie Blaustein Niddam
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Patrice Chéreau est mort, il faut l’admettre, le 7 octobre 2013. Il avait 68 ans. Il était adulé déjà, sa disparition en a fait un symbole d’une vie dédiée méticuleusement au théâtre. La Collection Lambert fête donc sa réouverture par un geste fort, celle de consacrer sa première exposition à un metteur en scène.

chéreau lambertUn nouvel écrin

Les derniers cent mètres n’ont pas été faciles. Quelques semaines avant l’ouverture du festival d’Avignon, la Collection Lambert avait lancé une opération de collecte de fonds sur le site de KissKissBankBank, demandant à tous de contribuer à sa nouvelle exposition. Installé dans l’hôtel de Caumont en Avignon, le musée ouvrira demain, après une période de fermeture de 18 mois pour travaux. Ses espaces agrandis accueilleront une double exposition, Patrice Chéreau, un musée imaginaire et la désormais collection permanente. Rappel des faits : en juin 2000, Yvon Lambert, galeriste et collectionneur, mettait en dépôt sa collection personnelle en vue d’une donation future. Comprenant aujourd’hui plus de 1200 références des années soixante à nos jours, la collection Lambert regroupe des pièces maitresses de l’art minimal, de l’art conceptuel, du Land art ainsi que de nombreuses vidéos et installations emblématiques de la modernité créatrice. L’hôtel Montfaucon est l’écrin inspire du White Muséum qui abrite les œuvres permanentes et l’hôtel de Caumont lui fait dans l’éphémère

La permanence de l’éphémère

Et quelle exposition monstre pour du temporaire. Disons le tout de suite, il faut au minimum trois heures si vous comptez tout lire. Oui, tout. Car Chereau gardait tout. En 1979, il lègue son fond constitué de 300 boite à l’Institut Mémoire Édition Contemporaine (IMEC). Tout absolument tout : les traces de son entrée en théâtre comme on épouse une foi, en 1964 en montant L’intervention de Victor Hugo au Lycée Louis Le Grand. La déception Satrouville. La répartition italienne. L’exposition est diachronique dirait l’historien. Elle est surtout un pari gargantuesque à l’image de l’homme Chéreau. On commence par l’histoire de son amour avec le théâtre pour ensuite approcher chaque œuvre (cinéma et théâtre) par un dialogue des arts. Citer n’aurait aucun sens mais imaginez une fosse commune sanglante que Marina Abramovic a nommé Balkans Baroque où elle siège dans une allégorie de charnier pour dénoncer la guerre en Bosnie et jouez à un jeu : à quelle œuvre de Chéreau cela se rapproche -t-il ? La Reine Margot bien sur. Un bateau échoué d’Anselm Kiefer et les images seront là différentes en fonction des générations, mais I am the wind, spectacle prémonitoire sur la déchéance où deux cadavres vivants attendaient que leur radeau coule semble être là. Dès la première salle où la photographie de Candida Höfer Musée du Louvre Paris XVI, salle Mollien, Romantisme nous replonge dans Son Rêve d’automne  qui avait transposé le Louvre au théâtre de la ville, faisant du musée un cimetière où les âmes erraient.

On ressort de ce parcours immense ponctué sans cesse des peintures et décors magnifiquement sombres de Richard Peduzzi avec une vision très contemporaine de celui qui a monté Heiner Müller et Bernard-Marie Koltès. Un homme en marche vers la mort comme ce long Giacometti, conscient comme a pu l’être George Grosz en peignant Hitler dès 1932 dans un tableau intitulé La Menace.