Anaïs de Contades, chef de file de la Romantic Rebellion

20 février 2017 Par
Camille Bardin
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A 21 ans, Anaïs de Contades s’impose comme une jeune artiste touche à tout dont les oeuvres figurent déjà dans d’importantes collections en France et à l’étranger. Commençant par la poésie à l’âge de 14 ans, elle crée aujourd’hui des oeuvres à partir de ces poèmes contemporains: dessins, peintures, vidéos et plus récemment des performances d’art. Grand angle sur cette jeune femme prometteuse.

Des corps de femmes, lascives ou peut-être torturées. Des courbes rouges qui laissent deviner une hanche avant de dégouliner sur le blanc de la toile. Ou encore une poitrine qui s’oublie derrière un « je t’aime ». Chez Anaïs de Contades, chaque toile est une itération. capture-decran-2017-02-20-a-11-19-05
D’abord il y a ce rouge, omniprésent. Dès ses premières toiles, il s’impose comme sa couleur de prédilection. Au delà de lui correspondre, il la définit. Quand enfant elle est confrontée à la maladie  et aux conflits familiaux, peindre le rouge c’est réclamer de l’aide, c’est tendre vers la source d’une énergie vitale. Mais loin de réduire l’emploi du rouge à un S.O.S, Anaïs de Contades l’exploite dans toute la complexité de sa symbolique. Parfois synonyme de puissance, d’amour et d’érotisme il s’impose plus loin comme relatif à la violence, à la luxure et la mort. Si le rouge est polysémique dans les langues slaves, partageant son sens premier avec celui de la beauté; au Japon on le porte en broderie sur ses vêtements car il est l’assurance d’une protection. Ainsi le rouge incarne à lui seul toutes les contradictions de l’artiste.
Puis ce rouge évolue en rose. Loin d’adoucir le rouge, elle le complète. Car le rose présent dans son travail n’est pas un déteint de rouge mais bien une complexification de la couleur par le blanc. Ajouter douceur et pureté à un travail pour révéler d’autres aspects de sa personnalité comme le romantisme et la tendresse. Mais le rouge, même augmenté de blanc, est aussi le gage de la supériorité d’une caste : les talons rouges de l’aristocratie occidentale qui s’imposent encore une fois comme un lien direct avec l’histoire de l’artiste. Née dans une famille titrée, Anaïs de Contades porte sa particule comme un héritage en soi et pousse le vice avec dérision en créant son propre blason. Elle reprend donc « Annie aime les sucettes » de Serge Gainsbourg et fusionne une fleur de lys rouge avec une sucette rouge et blanche — une FleurSucette — synthèse de sa personne et de son travail. Armée de ces nouvelles armoiries et vêtue de ses toiles, Anaïs de Contades investit le Centre Pompidou, le Café de Flore et les défilés de la semaine de la mode le temps d’une performance. L’artiste s’oublie dans son art et défile dans ses toiles en taquinant le monde de la mode et détournant ses codes.

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Ces performances se placent dans la lignée de son mouvement: The Romantic Rebellion, créé avec l’artiste britannique-américain Lans King avec lequel elle forme également un duo artistique. L’objectif du mouvement? Apporter beauté, sens, connexion et spiritualité dans un monde où le nihilisme et la vulgarité sont omniprésents. « La nouvelle rébellion est romantique ! » Le ton est donné, la mission ambitieuse. Anais de Contades et Lans King présentent leurs idées à travers The 77 Thesis of The Romantic Rebellion. Fer de lance de sa rébellion romantique, la FleurSucette s’impose alors comme un art de vivre.

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En octobre 2016 à l’occasion de la Paris Fashion Week, Anaïs de Contades défile habillée de sa toile devant le défilé Givenchy. Le Quotidien de Yann Barthès l’interviewe. Mais son destin se croise alors avec celle qui représente tout le contraire de ce qu’elle est: Kim Kardashian, présente aux premiers rangs du défilé. Plus tard dans la soirée, la “starlette” américaine se fait agresser dans son hôtel parisien. Le lendemain l’affaire fait la Une de la presse, passant ainsi sous silence la performance d’Anaïs de Contades. Dès lors, force est de constater qu’il faut agir: l’heure n’est plus aux stars de télé-réalité sans talent mais aux FleursSucettes. Pour le duo qu’elle forme avec l’artiste Lans King, l’art doit sortir de son entre-soi et s’imposer comme une culture de masse. « Tout le monde devrait avoir un peu d’art et de beauté dans son quotidien. Les artistes sont des créateurs, alors qu’ils créent un Monde dans lequel ils ont envie de vivre. » En bref, arrêtons de sans cesse s’interroger et agissons, construisons ce nouveau monde. À toutes ses interrogations, l’artiste répond « The new rebellion is romantic. » donnant plus tard naissance à #RomanticRebellion.
L’oxymore révolutionnaire d’Anaïs de Contades et Lans King est un mot dièse, un cheval de bataille, une preuve que cette nouvelle génération d’artistes contournent, ou mieux, détournent les codes actuels pour imposer l’art comme un leadership. Mais le duo d’artistes est loin de faire du marketing artistique. S’ils disent utiliser des outils de communication classiques c’est pour promouvoir avec intégrité leur travail. Pour cela, Anaïs de Contades a décidé de nous assener de ses projets. De ses poèmes naissent ses dessins, puis ses peintures et ses performances. En référence à ces dernières, elle crée des tableaux, sur soie, qui peuvent également être portés. A seulement 21 ans, l’artiste est une touche à tout. Dans ce qu’elle aime qualifier de poésies vidéos, elle met en scène ses poémes et murmure les textes qu’elle écrit depuis le plus jeune âge.

Ses poèmes sont des collages verbaux ou récits décousus dans lesquels les mots affrontent une ponctuation qui abonde. Seuls les plus puissants, les nécessaires, réussissent à s’imposer. Ainsi en 2015, à l’occasion de la COP 21, son poème Feu Terre Eau Air a été sélectionné par l’Elysée pour le sommet international pour le climat.

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Mais Anaïs de Contades est également la protagoniste de ses vidéos. Ce qui révèle encore une fois une nouvelle corde à son arc. Si la jeune femme est artiste, elle est également une source d’inspiration pour le travail de Lans King. Etre muse ou une nouvelle manière de se confondre d’avantage dans l’art et de faire qu’un avec ses oeuvres.

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Anais de Contades a connu la DASS, les familles d’accueil à répétition et le manque d’affection qui va avec. Cette enfance atypique a un impact évident sur son travail. Si — comme dit précédemment — le rouge est omniprésent dans son travail; les oiseaux sont également des figures emblématiques de ses peintures. « Fuir, retrouver mes ailes volées » fait référence au passé douloureux de l’artiste. Comme chez Tracey Emin, le travail d’Anaïs de Contades est entièrement autobiographique, il est le récit des épreuves qu’elle a dû surmonter. Ainsi ces oiseaux dispersés dans ses tableaux sont le gage d’une puissante volonté de s’échapper et d’enfin retrouver sa liberté.

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En somme, Anaïs de Contades se place dans la lignée de ces artistes femmes aux enfances douloureuses. A l’image de Colette qui réinventait sa mère sous sa plume, Anaïs de Contades façonne son personnage de jeune femme blessée par la vie mais bourrée d’espoir et de volonté. Ses oeuvres la poussent à affronter l’avenir, à envisager un futur meilleur. Car ce qui la différencie d’artistes comme Tracey Emin c’est bien l’espoir. Si la jeune femme a vécu des jours douloureux, son travail annonce un renouveau qu’il est urgent de découvrir. Comme ses oiseaux qui se libèrent de leur cage, Anaïs de Contades défait ses chaines et peint la passion et la vie. Une vie qu’elle crée à son image, celle de FleurSucette.

Visuels:

  • Nothing hurts me more when it’s you, 2016.
  • Anais wearing her canvas for a performance at Cafe? de Flore during Paris Fashion Week.
  • The 77 Theses of the new Romantic Rebellion : Theses 1 to 7.
  • Premier mouvement du poème “Feu terre eau air” d’Anaïs de Contades.
  • Anais de Contades in front of “Anai?s & The Zentai” by Lans King.
  • Bird and cherries, 2016.