[Tour de Web] Commémoration

18 janvier 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Janvier est le mois des morts on dirait. A force cela devient drôle et pour les rédactions un exercice de style et une compétition ? Alors qui demain ? Mais bon, non, des fois on se marre pas. Delpech on s’y attendait mais ça faisait quand même chier. Bowie qui crève, c’est la subversion incinérée. Mais alors se pose une question : qu’est ce qui nous donne envie de commémorer les rois de la PoP Culture ? A quoi cela nous sert-il ?

2015 : la mort extra-ordinaire

7 janvier, 13 novembre. On reste bouche-bée face aux massacres. Il y a rien de normal dans le fait de mourir assassiné par des fous. Alors, on a quitté 2015 comme on rompt d’une relation avec un fou, en claquant la porte promptement. Et voilà, ironie du sort que 2016 a tapé de façon étrange les 12 coups de munuits en la figure de 12 morts. Alors que 2016 n’a aujourd’hui que 18 jour, Le Figaro titrait hier « Douze morts en deux semaines: 2016, l’année meurtrière?. A égalité le journal recense, les people et les moins people, les jeunes et les vieux. Chaque mort vient ici dire quelque chose de notre identité culturelle. Yves Vincent qui meurt, ce sont les redifs en famille du Gendarme à Saint Tropez. Bowie, c’est le symbole d’une liberté totale vécue dans un monde non subversif. la mort d’une « icône visionnaire et protéiforme ».

2016 : se souvenir de façon extra-ordinaire

Pour faire face à l’avalanche, les médias doivent trouver le ton juste. Au micro d’Augustin Trapenard, ce matin sur  France Inter, Daniel Auteuil devant choisir entre Boulez, Delpech et Bowie pour faire une émission spéciale répond de la sorte :   »Boulez aura son hommage sur Arte, Delepch sur TF1, c’est d’une grande logique, on meurt toujours ».  Il n’a pas tord Auteuil. Alors, qui a changé sa grille pour Bowie ?

Le cas extra-ordinaire : David Bowie

Arte rediffuse un documentaire daté de 2013 qui « raconte David Bowie à travers cinq années clés de sa carrière, comprises entre 1971 et 1982. » La chaîne s’est mise aux couleurs du roi en proposant un site dédié au chanteur où tous, spécialistes et néophytes peuvent se plonger dans son oeuvre. « Le monde de la musique rock a perdu une de ses légendes : David Bowie est décédé le 10 janvier 2016 à l’âge de 69 ans. Pour lui rendre hommage, ARTE vous propose soirée spéciale mercredi 13 janvier avec entre autres, le film culte Furyo suivi du portrait David Bowie en cinq actes, ainsi que d’autres programmes qui prolongeront la soirée. Cette programmation spéciale sera enrichie sur les offres numériques de la chaîne ARTE Concert et ARTE Creative.

Il en est de même pour Libération qui ne cesse de pointer l’aspect performeur hors-norme de l’artiste, insistant sur son mythe d’immortalité superbement mise en scène dans un très beau papier signé Didier Péron et  Julien Gester : « Depuis la nouvelle tombée lundi matin, l’incrédulité emporte les solitaires, les beaux et les bizarres, les dandys et les queers, les fous et les folles, la vaste et hagarde famille des deranged à laquelle on espère toujours appartenir. Pour avoir si souvent puisé des forces vitales et apaisantes à son contact, galvanisés par l’invraisemblable confiance médiumnique qu’il mettait à n’en faire qu’à sa tête, ouvert à tous les caprices, accès de mauvais goût et éclairs de génie, les compagnons de cette informelle communauté de l’étrangeté au monde se trouvent tous un peu nus et hébétés, telle une tribu des premiers âges qui comprend que le feu protecteur vient de s’éteindre et que personne n’a la moindre idée de comment le rallumer. ». Pour le reste, la mort de René, le mari de Celine Dion a rapidement pris le pas sur les soirées spéciales,  et France 2, qui a pu parler de Bowie de façon uniquement ponctuelle dans ses émissions, notamment Télé Matin a consacré une soirée spéciale au défunt mari de la chanteuse.

La culture : un feu protecteur ?

Elle est peut-être là, la réponse à la question posée tout en haut : qu’est ce qui nous donne envie de commémorer les rois de la PoP Culture ? A quoi cela nous sert-il ? Bowie serait devenue une étoile, non, une constellation en fait. C’est le Guardian  qui nous informe : «  »La constellation est une copie de la foudre emblématique de Bowie et a été enregistrée à l’heure exacte de sa mort. »

Le coup de foudre de Bowie a maintenant sa constellation, de façon scientifique, Bowie nous éclaire. Il nous éclaire sur la complexité des êtres, sur les désirs à assouvir dans se sentir coupable. Bowie est le guide qui vient dire que l’exubérance est classique.

Commémorer Bowie qui a décidé d’accélérer son passage aux cendres en se faisant incinérer permet d’apaiser un peu notre terreur vécue en 2015. L’histoire et la mémoire sont deux choses diamétralement opposées. Le 7 janvier et le 13 novembre sont des faits historiques qui seront des objets de mémoires, dont le souvenir aura une fin politique, c’est la définition même de la commémoration. La commémoration culturelle vient elle, faire pansement, et on ne voit pas comment, la date anniversaire de la mort de Bowie serait inscrite dans la loi, mais il deviendra un lieu de mémoire, comme l’expliquait Pierre Nora en 1978, qui viendra « compenser le déracinement historique du social et l’angoisse de l’avenir par la valorisation d’un passé qui n’était pas jusque-là vécu comme tel ». Et, cette liberté-là fait un bien fou.


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