Sciences Po occupé : un mouvement gréviste minoritaire chez les étudiants de l’école

20 avril 2018 Par
Aurore Garot
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Après une première occupation de mardi soir à jeudi matin, le bâtiment principal de Sciences Po Paris, 27 rue Saint-Guillaume, est à nouveau occupé depuis ce vendredi matin à la suite d’une décision prise jeudi soir lors d’une assemblée générale. Un premier vote en ligne organisé par le directeur de l’école avait rassemblé plus de 60% de désapprobation venant de presque 50% des étudiants.

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Une occupation votée par une majorité ?

146 votes pour et 124 contre : tel était le résultat du vote de Assemblée Générale qui s’est déroulée jeudi soir à Sciences Po Paris pendant plus de trois heures concernant la reconduite du blocage qui avait déjà eu lieu entre mardi soir et jeudi matin. Aujourd’hui, personne n’entre, personne ne sort, les CRS bloquent tous les accès au 27. Cette fois-ci, seule une vingtaine d’étudiants ont occupé les locaux dans la nuit, contre 70 voire 100 en début de semaine. Deux étudiantes de première année, non grévistes, témoignent de la non adhésion : « Dans mon entourage, tout le monde est contre leurs revendications, et ils sont en colère que ça ait pris cette ampleur » explique l’une. « La forme de blocus en soit, c’est trop extrême. J’ai des amis qui ne sont pas pour la loi ORE mais ils ne sont pas non plus pour le blocage de la fac » ajoute l’autre.

Consultation contre occupation

Selon la « grande consultation en ligne » établie par le directeur de l’établissement Frédéric Mion jeudi, pour faire voter l’occupation de l’établissement, par les étudiants et membres du personnels, 67,2% ont désapprouvé l’occupation, 24,8% ont approuvé et 8,1% n’ont pas souhaité se prononcer sur les 6396 personnes ayant participé au vote en ligne (sur les 13 000 étudiants au total de l’université). Un vote considéré comme une « tentative de court-circuit à l’AG » pour les bloqueurs, d’après le live-tweet de Matthieu Desmoulins, étudiant en journalisme à Sciences-Po qui a retranscrit la totalité de l’Assemblée Générale hier soir.

Pour les bloqueurs, l’occupation d’un des amphis avaient été accepté par l’administration. Dans un communiqué publié sur la page Facebook de Sciences Po en lutte à 10h ce matin, le collectif explique que « l’administration ne permet toujours pas aux étudiant·es de l’occupation de rentrer et sortir du bâtiment, ils font pression pour que les occupant·es libèrent le bâtiment, alors même que l’occupation de l’amphi A11 était un point d’accord avec l’administration ». Un appel au rassemblement des étudiants solidaires du mouvement devant le bâtiment a été lancé « afin de faire appliquer les décisions de l’AG et d’obtenir le maintien de l’occupation ».

« Bloquons la fabrique à élites« 
« Macron, ton école est bloquée », « No border, no nation, no deportation », « bloquons la fabrique à élites »… Plusieurs banderoles ont été déroulées aux fenêtres de la prestigieuse école dont est sorti le président Emmanuel Macron et plusieurs parlementaires, pour mettre en avant les multiples revendications des bloqueurs. « Nous occupons Sciences Po parce que Macron en est sorti, et que nous ne voulons pas finir comme lui. se termine le deuxième communiqué de Science Po en lutte diffusé sur leur groupe facebook. Cette décision [l’occupation] vaut jusqu’au retrait de la loi ORE et de toutes les lois antisociales et racistes portées par ce gouvernement (loi asile et immigration, casse de la fonction publique…) » « Nous estimons que notre école sert de laboratoire aux politiques d’éducation néolibérales et racistes telles que celles orchestrées aujourd’hui par le gouvernement. ». Un ensemble de combats qui selon une étudiante manque de cohérence entre eux. « Ils sont contre la loi ORE mais ils mélangent leurs revendications ».

Visuel et interview : ©Amélie Blaustein Niddam