Scandale Cambridge Analytica : Mark Zuckerberg devant le Congrès américain

14 avril 2018 Par
Aurore Garot
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Mark Zuckerberg, PDG de Facebook s’est excusé devant le Congrès américain (Sénat et Chambre des représentants) sur le scandale Cambridge Analytica mardi 10 avril et mercredi 11 avril, l’affaire d’appropriation et d’exploitation des données personnelles de 87 millions d’utilisateurs du réseau social, par la société américaine Cambridge Analytica. 

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Le 16 mars 2018, deux journaux américains The Observer et New-York Times ont révélé une fuite des données de quelques 87 millions (80% américains) sur les 2,2 milliards d’utilisateurs de la plateforme Facebook. Les données ont été récoltées par la firme d’analyse de données Cambridge Analytica (CA) à travers une application de tests de personnalité appelée « This is your digital life », et exploitées à des fins politiques : manipuler les élections américaines de 2016 pour élire Donald Trump et faire voter le Brexit notamment.

Les excuses personnelles et officielles du PDG de Facebook devant le Sénat américain

« – Accepteriez-vous de rendre public le nom de l’hôtel dans lequel vous avez dormi hier ? a demandé le sénateur démocrate Dick Durbin lors de l’audition.
– Non, répond Mark Zuckerberg, déstabilisé par la question.
– Si vous avez contacté des gens cette semaine, aimeriez-vous nous donner leurs noms ?
– Je choisirai sans doute de ne pas rendre cela public ici. »

Une leçon qu’a voulu donner le sénateur mardi 10 avril, à l’audition du jeune patron du géant américain pour lui faire comprendre ce que c’est que « le droit à la vie privée, les limites de la vie privée et tout ce qu’on abandonne dans l’Amérique moderne au nom de la connexion mondiale entre les humains. » Une audition très attendue par la presse et le Congrès pour que Mark Zuckerberg réponde à deux scandales (ingérence russe pendant la campagne présidentielle et l’affaire Cambridge Analytica) sur la protection des données privées. Le PDG de Facebook, qui avait troqué son t-shirt contre un costume et une cravate bleue pendant presque cinq heures, a dû répondre aux questions de deux commissions sénatoriales et s’est longuement excusé pour les « erreurs » commises par le réseau social, sur la protection des données et la manipulation politique, en promettant plus de sécurité sur sa plate-forme. « Nous n’avons pas pris une mesure assez large de nos responsabilités et c’était une grosse erreur. C’était mon erreur et je suis désolé » a déclaré le jeune multi-milliardaire. « La majorité de notre existence, nous nous sommes concentrés sur tout le bien que connecter les gens peut faire (…) Il est évident aujourd’hui que nous n’avons pas fait assez pour empêcher ces outils d’être utilisés de façon malintentionnée », a-t-il ajouté, tout en défendant le réseau qu’il considère comme « sûr ». Face aux multiples excuses adressées par le PDG de Facebook, une sénatrice sceptique face à ses explications, finit par lui dire : « arrêtez de vous excuser et commencez à changer. »

Zuckerberg avoue s’être fait aspirer ses propres données à la Chambre des représentants

Après le Sénat, direction la Chambre des représentants mercredi 11 avril pour Mark Zuckerberg qui a admis s’être fait prendre les données de son compte personnel. Une séance devant des élus plus coriaces, comme sur la question des « shadow profiles », sur les conditions d’utilisation du réseau social et sur la récolte de données d’utilisateurs hors-connexion. Précédent cela, devant les excuses jeune multimilliardaire, la sénatrice Jan Schakowsky n’a pas hésité à faire la liste de ses excuses « qui ont commencé en 2003 à Harvard »

« Vous avez une longue histoire de croissance et de succès, mais vous avez aussi une longue liste d’excuses, qui ont commencé en 2003 à Harvard », a ironisé la sénatrice illinoise, avant de réciter une série de citations. « -2006 : ‘Nous avons vraiment fait une erreur’ ; 2007 : ‘Nous avons fait du mauvais travail, je m’excuse’ ; 2010 : ‘Parfois, nous allons trop vite’ ; 2011 : ‘Je suis le premier à admettre que nous avons fait pas mal d’erreurs.’ ; 2017 : ‘Je vous demande de me pardonner, je vais faire en sorte de m’améliorer’. »

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La réaction intransigeante des sénateurs pendant les auditions ont montré que les régulations que tente d’imposer l’Europe aux Big Data finissent par déteindre dans les esprits américains…Y compris Zuckerberg lui-même qui avoue que « les Européens ont raison sur certaines choses » en matière de régulation. Mark Scott, journaliste spécialisé en technologies pour le site d’information américain Politico illustre par un tweet ironique, ce changement de mentalité des états-uniens qui en seulement un an, ont complètement changé de discours :

Traduction : « 2017 : La vision des Etats-Unis sur l’approche européenne concernant la régulation  – « C’est du racket protectionniste qui vise à nuire à l’Amérique ! » 2018 : La vision des Etats-Unis après le scandale Facebook sur les données – « Pourquoi n’avons-nous pas les même protections que l’Europe ? »

Dernière étape de confession pour le géant américain : le Parlement européen, qui l’attend d’un pied ferme.

Visuels :  ©Flickr