Romeo Castellucci censuré par le préfet de la Sarthe

13 avril 2018 Par
Claudia Lebon
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Programmé aux Quinconces-L’Espal du Mans les 10 et 11 avril, Sur le concept du visage du fils de Dieu de Roméo Castellucci est présenté amputé de sa scène finale, sur décision de la Préfecture de la Sarthe.

Ayant déjà suscité l’hostilité violente de mouvements chrétiens radicaux, la pièce de Roméo Castellucci qui tourne depuis 2011, subit à présent la censure d’une institution de l’Etat. Le tableau qui fait scandale met en scène un groupe d’enfants qui, dans l’innocence de leur âge, s’amusent à lancer des grenades en plastique sur le portrait du Salvator Mundi de Antonello da Messina. Une référence à la passion du Christ dans « une forme de prière » explique l’auteur, une critique de la violence « par l’usage paradoxal de sa fiction ». Cette œuvre, qui reçoit pourtant un accueil très favorable des représentants catholiques lors de sa programmation au Festival d’Avignon en 2011, a fait l’objet de courriers vindicatifs, envoyés par des spectateurs au théâtre Quinconces-L’Espal. Un communiqué explique brièvement le choix de la préfecture :« Considérant l’âge des enfants retenus pour la prestation et les caractéristiques de la scène à laquelle les mineurs devaient participer, le préfet de la Sarthe a refusé cette autorisation d’emploi par un arrêté préfectoral. Cet arrêté n’a pas vocation à interdire cette scène durant le spectacle, il vise uniquement à préserver les mineurs qui auraient dû y participer. » .

On se souvient des bombes lacrymogènes et de la banderole « Christianophobie » déployée lors de la représentation de la pièce en 2011 au Théâtre de la Ville. On se souvient également des jets d’excréments visant Jean-Michel Ribes , directeur du théâtre du Rond-Point, qui programme en 2012 Golgota Picnic de Rodrigo Garcia lui-même attaqué en justice un an plus tôt par le groupuscule AGRIF, l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne, puis interdit de plateau en Pologne en 2014.

Si les protestations religieuses intégristes ne sont pas nouvelles dans le monde de la culture, la censure validée par l’institution d’une République laïque nous interpelle davantage. François Berreur, patron des Solitaires Intempestifs, éditeur de Romeo Castellucci, interroge la ministre de la culture Françoise Nyssen : “Est-ce une nouvelle forme de censure républicaine ? Ce préfet a-t-il appliqué des consignes de la présidence ? Peut-être souhaitez-vous aussi relire les écrits de Roméo Castellucci pour vérifier s’ils ne menacent pas notre jeunesse ?”. Romeo Castellucci s’est adressé aux spectateurs du Mans dans une lettre ouverte. Il y questionne la liberté d’expression revendiquée par notre pays, affirmant que cette réaction est davantage celle d’ « un régime théocratique ». L’artiste de théâtre dénonce « une offense à l’intelligence critique des adultes et des enfants » sous couvert de moralité. Malgré la suppression de cette scène importante, il a tout de même maintenu les représentations.

“Le lien entre l’Église et l’État s’est abîmé, il nous incombe de le réparer“. Alors que les propos du Président Emmanuel Macron prononcés ce lundi devant la Conférence des évêques de France font polémique, cette affaire s’ancre lourdement dans le débat sur la laïcité en France et la remise en question de la loi de 1905.

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