Ren Hang, un suicidé magnifique

27 février 2017 Par
Bénédicte Gattère
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Proche par son style du photographe japonais Nobuyoshi Araki, Ren Hang a décidé de disparaître. Et partant, d’interrompre une oeuvre photographique que nous connaissons tous, pour avoir vu, au détour d’un article, d’une page Web, ses images crues et mélancoliques tout à la fois.

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Elles nous ont interpellé, bousculé : les photographies du jeune chinois ne laissaient pas de marbre, malgré l’aspect glacé de ses mises en scène, où une forme de cruauté révélait la fragilité des corps. Ses oeuvres d’un érotisme brûlant ont marqué les imaginaires. Ses mises en scène étaient particulièrement maîtrisées, alors que Ren Hang se définissait comme un artiste autodidacte. Censuré dans son pays d’origine, il vivait à Berlin et avait acquis, à l’instar d’un artiste comme Ai Wei Wei, une reconnaissance internationale. Dans la capitale allemande, il était représenté par la galerie Blindpost qui a annoncé son décès par une dépêche AFP ce samedi 25 février.

Comme beaucoup d’artistes confrontés à la censure, il avait à cœur de partager ses œuvres par des biais non conventionnels : son compte Instagram était entre autres suivi par plus de 220 000 fidèles. Poétiques et sulfureux, ses nus de femmes et d’hommes, généralement jeunes et à la peau laiteuse faisaient écho en esprit à un autre japonais qu’Araki, autre suicidé célèbre, le romancier Yukio Mishima dont l’une des œuvres les plus sensibles a pour titre : Une matinée d’amour pur. Toutes les images réalisées par Ren Hang semblent se rattacher à cet idéal de pureté et de sophistication extrême qui habitait Mishima.

Aux prises avec une dépression chronique qui a eu raison de lui, Ren Hang avait eu ces mots : « Si la vie est un abîme sans fond, lorsque je sauterai, la chute sans fin sera aussi une manière de voler. » Cette phrase résonne étonnamment avec une autre oeuvre littéraire : l’un des recueils de poèmes de l’allemande Ingeborg Bachmann, intitulé Toute personne qui tombe à des ailes. Ren Hang écrivait lui aussi, faisant état de son angoisse existentielle et profonde sur le site chinois de microblogging Weibo où il partageait ses réflexions et états d’âme. L’art n’était pas pour lui une échappatoire ou un remède mais une manière d’exprimer sa façon toute personnelle d’être au monde révélant une intensité et une acuité à l’existence qui lui aura peut-être, d’une certaine manière, coûté la vie et empêché de continuer malgré tout, – ce que l’on regrette bien évidemment, au vu de son regard unique.

Ce talentueux disparu survit désormais dans nos existences grâce à son oeuvre photographique. Une anthologie a été publiée aux éditions Taschen le mois de janvier dernier et nous offre l’opportunité de replonger dans ses œuvres qui lui font atteindre, comme pour tout artiste, une forme d’éternité.

Visuel : Untitled, 2013 © Ren Hang / courtesy Stieglitz19