[Interview] Frédéric Hocquard, chargé de la culture dans la campagne présidentielle de Benoît Hamon détaille un programme placé sous le signe des « droits culturels »

14 avril 2017 Par
Yaël Hirsch
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Conseiller Délégué auprès du Premier Adjoint du Maire de Paris, chargé des questions relatives à la « Nuit » et directeur d’Arcadi, agence régionale qui accompagne les projets culturels d’Ile-de-France et responsable de la thématique culture dans la campagne présidentielle de Benoît Hamon, Frédéric Hocquard répond à nos questions sur le programme culturel du candidat PS.

photos Marie-Sophie Leturcq

photo Marie-Sophie Leturcq

Pour lire notre synthèse de programme culture de Benoît Hamon, c’est ici.

On a beaucoup dit que la Culture était le grand absent des débats publics à la veille des ces quatre tours d’élections. Qu’en pensez-vous?
Dans le deuxième débat des primaires, Benoît Hamon a justement choisi de faire sa carte blanche sur la Culture. Pas parce qu’un communicant lui aurait dit que c’était un bon «  »coup » politique mais parce que cela l’intéresse. Il y a de vraies différences entre les programmes culturels des candidats. Par exemple Fillon a un programme « rance » : le premier point du programme de Fillon, c’est « une éducation artistique et culturelle de manière à favoriser le génie de la civilisation européenne ». Dans le programme de Macron, il y a les bibliothèques ouvertes le soir et les fameux 500€ (à dépenser en biens culturels) par jeune à ses 18 ans : c’est quand même consumériste quand on le met en perspective avec les questions qu’on se pose sur la démocratisation culturelle. Donner 500€ par jeune, sans filet ou ligne directive. Un jeune qui a 500€ qui va à l’opéra, il a 500€ pour aller à l’opéra. Un jeune qui a l’habitude d’acheter des jeux sur Amazon, il a donc 500€ pour acheter des jeux vidéos sur Amazon. On est dans la pure reproduction sociale. Quant au programme culturel de Mélenchon, c’est quand même un catalogue de revendications déjà anciennes. Pour le programme d’Hamon, on a essayé de travailler un peu sur des choses nouvelles en dehors des esprits budgétaires, en fonction des politiques publiques, du droit culturel. Il est d’ailleurs le seul à parler des questions des droits culturels.

Que sont ces « droits culturels »?
C’est une notion qui a été développée, il y a quelques années, qui a été mis dans la loi LCAP, relative à la liberté de la création, à l’architecture et au patrimoine (2016), qui fait sortir la politique publique en culture du système de l’offre pour passer à une logique de la demande, c’est-à-dire ce qui émerge des territoires. On pose donc ce débat en termes de droits culturels, c’est-à-dire le droit à la pratique culturelle, le droit à l’accès à la culture et le droit aussi à la reconnaissance des pratiques variées des uns et des autres dans la société. Il y va de la question de l’égalité dans le droit à l’accès à la culture.

Et comment évalue-t-on cette demande de culture ?
Il s’agit d’entendre des acteurs qui lancent des pratiques culturelles en dehors de l’institution, qui commencent à travailler dans le domaine de la culture pour faire émerger quelque chose et qui vont ensuite aller demander de la subvention publique. Donc on est dans un bottom up si je peux utiliser cette expression. La question des droits culturels, c’est la reconnaissance de ce qui émerge.

Et quelles sont les nouvelles pratiques à mettre rapidement à l’honneur ?
Avant tout, il y a la mixité. La parité. La variété. En termes d’origine sociale. Il faudrait qu’à la tête des institutions publiques culturelles, qu’il y ait aussi des femmes, c’est un besoin. Il y a 5 théâtres nationaux dans ce pays, il n’y en a pas un dirigé par une femme. Il y a 35 CDN et un peu moins de 10 dirigés par des femmes.

Est-ce qu’il y a des aspects de la politique culturelle et du quinquennat Hollande que vous conservez ou sur lesquels vous voulez bâtir ?
Il y a deux choses qu’il faut garder : c’est la bataille qui a été menée sur le plan international sur l’exception culturelle. Ça il faut le garder parce que c’est vrai
Non mais je parle de la défense, de l’exception culturelle, notamment en 2013 quand on a réussi à exclure le secteur audiovisuel de négociations commerciales avec les Etats-Unis. Et la deuxième chose à garder, c’est l’accord sur l’intermittence du spectacle. Ce sont les deux acquis du gouvernement. Tout le reste franchement est médiocre : le budget a baissé et il n’y a pas eu de grand projet culturel en cinq ans.

Quels sont les grands projets culturels du programme de Benoît Hamon ?
C’est une intervention publique plus forte, avec un secteur culturel qui représente 1% du budget, du PIB. Alors que le Ministère de la Culture représente 3,5 milliard d’euros, en ajoutant les concours publics, les crédits d’impôt, le budget de France télévision, le budget du CNC, les différentes taxes affectées et les collectivités territoriales, on arrive à 19 milliard. Et nous voulons augmenter ce budget de la Culture pour le passer à 23 milliards. On veut que tout augmente : le budget du Ministère de la Culture, mais aussi celui des collectivités territoriales, les taxes municipales…

Et quand on attribue de l’argent comme ça de haut en bas, les collectivités sont elle libres de l’allouer à certains postes et pas à d’autres ?
On n’est plus sur une politique descendante depuis le Ministère de la Culture. On co-construit les politiques publiques. On est plus sur du territorial.

Et à part le budget, en termes de grands projets que proposez-vous?
On veut construire un Palais de la langue française. On laisse de côté la « francophonie » pour parler de « langue française », qui sert de lien entre tous les peuples qui parlent le français. Et puis l’on garde l’intermittence telle qu’elle est aujourd’hui et on crée un statut pour les artistes plasticiens pour renforcer le statut des artistes qui n’ont pas le droit à l’intermittence et qui sont aujourd’hui les plus pauvres. 70% des artistes plasticiens vivent en dessous du seuil de pauvreté. On veut leur fournir un statut, qui leur permet de vivre de leur art.

Où sera le Palais de la langue française?
Quelque part, pas à Paris, on se sait pas encore où. L’idée est de dire que la langue française est à la fois « la patrie », comme le dit Albert Camus en même temps, comme le dit Kateb Yacine, c’est un « butin de guerre ». On sort de la francophonie de l’OIF, qui a 80 pays adhérents, mais dont la moitié ne parlent pas français et qui est financée en premier lieu par le Qatar. Or, il n’y a pas de minorité francophone au Qatar…

Comment allez vous financer ces projets et la hausse du budget ?
D’abord, il faut que les taxes concernent le pays de destination et non plus le pays d’origine. Prenons l’exemple de Netflix. Il est admis qu’en Europe, l’on taxe Netflix selon le pays d’origine de ses diffusions. Or son siège est en Hollande, où la fiscalité sur les médias est plus faible. Donc ce que vend Netflix en France n’est pas taxé en fonction des taxes françaises mais en Hollande. Une deuxième idée est de suivre le chemin ouvert par la taxe sur Youtube qui doit rapporter 1 à 2 millions d’euros et l’étendre à Google et autres Gafa qui monétisent des contenus culturels produits en France..

D’accord 1 à 2 millions pour Youtube et pareil pour les autres géants du net. Mais comment arriver aux 4 milliards d’augmentation du budget de la Culture?
On prévoit une augmentation des impôts. Il s’agit de faire une politique de relance.

Quelles passerelles votre programme prévoit-il entre la Culture et l’Education ?
Le problème principal pour l’éducation artistique et culturelle, c’est la disparité qui existe en terme d’action territoriale. Par exemple, à Paris, c’est facile : la ville compense ce que l’Etat ne met pas sur l’éducation artistique et culturelle. Partout sur le territoire, c’e n’est pas le cas. Si on met en place une agence nationale d’éducation artistique et culturelle, elle sera chargée de lisser sur les territoires, le fait que partout, où que ce soit, l’Etat vient compenser ce que les collectivités territoriales ne sont pas capables de faire dans le domaine de l’éducation artistique et culturelle. Il n’y a pas besoin que l’Etat mette de l’argent à Paris pour l’éducation artistique et culturelle, il y a suffisamment de moyens. Par contre je pense que dans certaines collectivités rurales, il y a besoin que l’Etat mette de l’argent. C’est ça le droit culturel : c’est le droit à l’accès à la culture et à la pratique culturelle.

Quelle place est laissée au mécénats et aux fonds privés?
Alors que la puissance publique s’est désinvestie, financièrement et que le budget de l’Etat a baissé dans les 5 dernières années, certains projets se sont tournés vers des grandes fondations et on a un rapport qui est un rapport qui est négatif avec le privé. Il faut inverser le rapport. Il faut arrêter de dire que l’un a pris le pas sur l’autre mais jouer la carte de l’un plus l’autre. Par exemple, l’Opéra de Paris c’est parce que l’Etat a mis 90 millions d’euros dans l’Opéra de Paris que 100 millions d’euros viennent aussi du Mécénat et du financement privé, qui viennent. Demain si l’Etat retire les 90 millions d’euros, ce n’est pas dit que ça va être compensé par le privé.


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