Emmanuel Macron révèle sa politique culturelle à la matinale de France Culture

28 janvier 2017 Par
Yaël Hirsch
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Alors que jusqu’ici la politique culturelle n’avait pas été plus qu’évoquée par le leader d’En Marche, Emmanuel Macron a profité de l’Entre-deux-tours des primaires du PS pour faire de la Culture et de l’éducation artistique son fer de lance, à la matinale de France Culture, vendredi 27 janvier 2017. Invité des matins de Guillaume Erner qui l’a interrogé sur son compagnonnage avec le philosophe Paul Ricoeur, l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande a présenté une politique culturelle qui oscillait entre trois très grands principes et trois mesures très concrètes. Un souci du nombre trois qui trahit donc l’ex-khâgneux derrière l’énarque et où brille un chiffre : un budget inchangé pour la culture.

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Juste avant d’avancer la carte du féminisme, ce week-end en invitant les femmes à se présenter plus nombreuses à des charges politiques, pendant 19 minutes, Emmanuel Macron était invité à parler politique culturelle sur France Culture, ce vendredi 27 janvier 2017.

Une formation de philosophe auprès de Paul Ricoeur
Celui qui cite le Général de Gaulle, Colette, Gide et Mauriac dans son essai auto-bio-programmatique, Révolution (XO, 2016), et qui a signé de nombreux articles dans la revue fondée par le chrétien personnaliste Emmanuel Mounier, Esprit, a commencé par les idées avant les chiffres : sur invitation d’un présentateur enthousiaste et renseigné au point de rappeler la parenthèse pétainiste du philosophe protestant Paul Ricoeur, Emmanuel Macron a d’abord parlé de cette rencontre. Il a évoqué son travail comme jeune étudiant en philosophie avec l’auteur de La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli dont il a classé les archives dans une tâche « ancillaire » et qui lui a appris à « lire les textes ». Dans un phrasé empli de silences réflexifs, Emmanuel Macron a parlé de visage, de trace et de concepts éthiques post-lévinassiens qu’il n’a pas eu le temps de bien expliciter, avant que ne lui soit imparablement posée la questions de la laïcité. Il s’en dit adepte de la loi de 1905 et de la liberté qu’elle permet : le candidat d’en marche refuse « tout radicalisme ».

Les trois axes : l’accès, la création et l’échelle européenne de la politique culturelle
Ce n’est que dans la deuxième partie de ce programme et sur moins de la moitié du temps imparti, que l’ancien ministre du Numérique a dégagé les grandes lignes de sa politique culturelle en commençant par insister sur les « Communs » et l’importance que les GAFA (les géants de la Silicon Valley) participent à la rémunération des contenus. Pour ce faire, un horizon de lois et de fiscalité européens s’imposent, selon l’ancien banquier d’affaires chez Rothschild. C’est le premier axe de sa politique culturelle : viser l’Europe pour asseoir une régulation. Et en deuxième lieu, permettre au succès avéré de l’incitation française à la création culturelle de se poursuivre – au delà des subventions d’Etat- et de prospérer. Enfin pour Emmanuel Macron, le talon d’Achille de la politique culturelle française, c’est l’accès à la culture. Celui qui est sorti troisième prix du conservatoire d’Amiens, surnommé le « Mozart de l’Elysée » à l’heure où il marchait avec le PS estime que c’est ce point qu’il faut avant tout travailler. Citant Vitez et Malraux, il déclare « Je ne veux pas que ceux qui ont réussi puissent réussir mieux. Je veux que tous aient les moyens de quitter leur assignation à résidence ». Et Emmanuel Macron de soudain citer des chiffres – notamment une enveloppe globale du budget de la culture qu’il souhaite inchangé (10 milliards d’euros environ). Afin de permettre à l’ascension sociale de passer par la culture. c’est la répartition de ce budget qui devrait changer. Et Emmanuel Macron a donné trois mesures en exemples concrets, sans livrer le tableau des répartitions dans sa totalité.

Les trois mesures concrètes pour promouvoir l’émancipation culturelle: éducation artistique à l’école, 500 euros de budget culture à la majorité et des bibliothèques ouvertes
Première mesure : généraliser l’accès de la culture à l’école en impliquant notamment les conservatoires et les associations culturelles dans les cursus. Il faudrait que tous soient familiarisés avec l’éducation artistique sur le modèle des Concerts de poche et de Démos, mis en place par la Philharmonie. Le modèle aurait ou être Vénézuélien, avec El Sistema qui initie à la musique classique les enfants les plus défavorisés, puisque les autres mesures sont d’inspirations étrangères. Avec l’Italie d’abord, qui inspire une cagnotte de 500 euros à distribuer à chaque citoyen à sa majorité pour des dépenses culturelles. Si l’idée vient de Renzi, les fonds devraient arriver de manière volontaire des GAFA et l’opérationnel serait piloté via un site par l’Etat lui-même. Pour être sur de rester au-dessus de la mêlée, Emmanuel Macron nie que ce ticket qui laisse le jeune adulte libre de ses choix de culture soit une version congrue du « revenu universel » (mesure phare du candidat à la primaire socialiste, Benoît Hamon), c’est juste un ticket d’entrée. Enfin, dernière mesure très concrète : l’ouverture des 7100 bibliothèques municipales de France à des heures où les collégiens, lycéens et salariés peuvent y accéder: c’est-à-dire les soirs et les week-ends. Le modèle est ici danois et l’on apprend que les bibliothèques à Copenhague sont ouvertes 98 heures par semaine contre 50 à Paris.

Si des grandes idées aux trois mesures concrètes, beaucoup de points restent flous, que le livre, le cinéma, les intermittents et le lien entre le local et le national en culture ont peu été évoqués, il n’en reste pas moins qu’après des mois de constat de vide en matière de politique culturelle dans nos pages attentives, (une mention en fin du 3e débat de la primaire socialiste…) En marche prend ici le lead en dévoilant par la voix de son candidat quelques idées forces et un début de programme.

visuel : fil twitter d’Emmanuel Macron


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