Quoi de neuf dans le programme culturel du FN ?

17 mars 2017 Par
Quitterie Puel
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« La culture ne s’hérite pas, elle se conquiert » déclarait André Malraux en 1959 alors qu’il rendait hommage à la Grèce. Le rapport que le Front National entretient avec la culture, notamment au niveau de la notion «d’héritage français » démontre que le parti s’oppose à la conception de Malraux. Dans son programme, Marine Le Pen fait de la culture une notion identitaire à proprement parler. Pour la politicienne, la France a, dans le passé, hérité d’une culture riche, fascinante et glorieuse qu’il s’agit aujourd’hui de remettre à l’honneur, d’aimer et de diffuser. Mais alors, si la culture s’hérite, faut-il cesser de partir à sa conquête? C’est bien le problème avec le FN dont le rapport à la culture semble être plus fondé sur la réhabilitation d’un passé glorieux que sur la construction d’un futur prometteur. Explications.

Marine Le Pen veut se donner toutes les chances pour gagner les élections présidentielles de mai 2017. Or, pour que son parti monte au sommet, elle doit faire face à l’héritage familial de son père et donc au passé de son parti. En terme de culture Jean Marie Le Pen ne s’est jamais caché. Alors que dans les années 90 il exprimait son amour du folklore et son désir « d’épuration » concernant certains titres de presse, il se déclarait en 2014 très hostile à l’art contemporain en général. Pour l’homme politique, ainsi que pour un bon nombre de représentants du parti, l’art contemporain est un domaine qui n’a ni valeur ni avenir. En décembre 2013 le conseiller municipal de Reims déclarait à propos de ces « pseudo oeuvres d’art » que personne n’en voudrait dans son jardin et que seuls « les bobos de la gauche caviar ou plus simplement les snobs s’extasient pour faire moderne ». Au cas où on aurait mal compris, Marion Maréchal le Pen déclarait à son tour, le 6 septembre 2015 que, si elle venait à être élue, elle cesserait de subventionner les structures dédiées à l’art contemporain. Sa conception d’une politique culturelle digne de ce nom s’éloigne de celle « des dix bobos qui font semblant de s’émerveiller devant deux points rouges sur une toile ». Au moins le ton était donné et les membres du parti avaient le mérite d’être limpides sur qui allait, ou non, être mis à l’honneur dans la politique culturelle du FN. Le problème c’est qu’aujourd’hui Jean Marie le Pen a quitté la politique et Marion Maréchal ne dirige pas la région PACA. Il reste Marine, dirigeante du parti, qui semble bien avoir compris que si le FN souhaite accéder au pouvoir il faut qu’il se modernise. Son point fort sur la question culturelle se nomme Sebastien CHENU. Cet ancien du cabinet de Christine Lagarde à Bercy est le fondateur de Gaylib, une association française qui milite pour le droit des homosexuels. Marine le Pen l’a engagé afin qu’il produise des propositions modernes et innovantes en terme de culture, qui s’éloignent de celles de papa. C’est donc avec l’aide de son collectif, le CLIC ( Culture et Libertés) que Sebastien Chenu et son équipe préparent une sorte de « boite à propositions » dans laquelle Marine le Pen pioche pour bâtir son programme. Bon alors, l’arrivée d’un homme moderne signe t’elle un programme nouveau pour un parti trop souvent qualifié de conservateur?
Jetons un oeil au programme.

 

sebastien_chenu

Parmi les propositions émises par le collectif, Marine le Pen en a choisi certaines qui font désormais partie de son programme politique. En terme de nouveauté et de modernisation, il faut noter l’importance mise sur la diffusion du numérique et sur la liberté sur internet. Dans un tout autre registre, le FN plaide pour une refonte en profondeur du statut des intermittents du spectacle proposition 114 des 144 engagements présidentiels de 2017 « Remettre en ordre le statut des intermittents du spectacle » ainsi que pour le développement du mécénat populaire que l’on peut retrouver dans la proposition 109 ( pour ne pas dire Crowfounding, attention pas d’abus de modernité! ). A travers certaines de ces propositions, le FN marque des points auprès de certains classes de la population parce qu’il a le mérite de cibler des classes d’individus bien précises et de proposer des réformes claires, réalisables et modernes. Or, si l’on replace toutes ces propositions dans la perspective du programme du Fn, il faut bien avouer que l’image générale qui est en ressort est celle d’une culture française conçue comme un héritage qu’il s’agit de perpétuer plutôt que de renouveler. En effet, on trouve aussi dans le programme du FN , le drapeau français, qui doit être replacé en haut de tous les baisements publics, le rétablissement du port de l’uniforme à l’école ( proposition 103 «  Rétablir l’autorité et le respect du maitre et instaurer le port d’un uniforme à l’école ») ou encore le renforcement des apprentissages fondamentaux à travers l’augmentation du temps d’enseignement du français et la suppression des « Langues et cultures d’origine », pour cela se reporter à la proposition 101 « Assurer la transmission des connaissances par le renforcement des apprentissages fondamentaux. A l’école primaire, réserver la moitié du temps d’enseignement au français, à l’écrit comme à l’oral. Supprimer l’enseignement des langues et cultures d’origine ».
Dans un discours prononcé le 9 novembre 2016 dont le thème était « la France, civilisation mondiale du XXIème siècle », Marine le Pen s’intéressait au sort de la culture française. La structure même de son discours dévoile une conception de celle-ci qui demeure la même depuis la création du parti politique. La première partie du discours consiste à faire l’éloge du passé, lorsque la culture française était glorieuse : «  il fut un temps où Jacques Cartier ouvrait le fleuve Saint Laurent à l’Ancien Monde, où les français exploraient les quatre coins du Mississippi … ». Une fois la mélancolie passéiste bien installée dans l’esprit des spectateurs, la deuxième étape consiste à dénoncer les politiques actuelles qui bafouent cette histoire nationale : «  le roman national est, entre leur main, devenu un cauchemar. Les censeurs de la grandeur sont en train de créer des névroses immenses … » . Après la dénonciation viennent les solutions ( 4 au total dont la refonte de la loi Toubon) qui se fondent sur le postulat de la renaissance française. La France peut « renaitre de quelque part (…) redevenir plus belle, plus audacieuse, plus exploratrice » . En bref, le Front National n’est pas un parti anti moderne en matière de culture dans la mesure où sur certains points, il se modernise mais ces modifications n’entrainent pas de changement au niveau de la structure qui demeure la même depuis sa création. Cette structure se fonde sur la reconstruction d’un héritage français bafoué. Pour Marine le Pen, au contraire de Malraux, la culture ne se conquiert pas, elle s’hérite parce qu’elle est un produit de l’histoire. En ce sens, la nouveauté, à l’image de l’art contemporain ou des théâtres européens basés à Paris, n’intègre pas leur sphère culturelle.

Regardons du coté des villes et des régions. Fabien Englemann est le maire FN de la ville ouvrière d’Hayange située dans la région de la Moselle, la politique culturelle qui est menée dans cette ville révèle cette tendance passéiste du front national. Il a fait installer une volumineuse crèche devant l’hôtel de ville. Petite surprise, les trois rois mages censés représenter respectivement l’Europe, l’Asie et l’Afrique sont tous devenus blancs. C’est aussi lui qui a instauré la fête du cochon ( notons qu’Hayange est une ville avec une importante minorité musulmane ) et qui supprimé le festival ‘ Gourmets d’ici et d’ailleurs » qui valorisait les cuisines du monde. La culture oui, mais quelle culture? Une culture française, très française, riche de passé et victime de l’époque actuelle, de la mondialisation ainsi que des échanges mondiaux. Une culture du passé donc, hors du temps.

©Wikipédia image


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