Nomination de Laurence des Cars à la tête du musée d’Orsay

11 mars 2017 Par
Magali Sautreuil
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Le 15 mars prochain, Laurence Élisabeth de Pérusse des Cars succèdera à Guy Cogeval à la tête du musée d’Orsay. Choisie pour son projet ambitieux et pluridisciplinaire, elle est l’une des rares femmes conservatrices chargées de la direction d’une institution muséale d’envergure. Mais qui donc est Laurence des Cars ? Quels desseins nourrit-elle pour le musée d’Orsay ?

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Laurence des Cars © Sophie Boegly

Laurence Élisabeth de Pérusse des Cars est née le 13 juin 1966 à Antony. Elle est la fille du journaliste et écrivain féru d’Histoire Jean des Cars et la petite-fille du romancier Guy des Cars.

Cette femme de caractère sait ce qu’elle veut. S’ennuyant en droit, elle décide de suivre une formation en histoire de l’art. Pour ce faire, elle mène de front des études à l’université Paris IV – Sorbonne avec Bruno Foucart, et à l’École du Louvre, ce qui nécessite une importante capacité de travail. Mais il en faut plus pour la décourager. Preuve en est : elle obtient du premier coup l’exigent concours de conservateur national du patrimoine et intègre l’Institut national du patrimoine, où elle effectue son premier stage au musée d’Orsay, sous la houlette de Rodolphe Rapetti, un spécialiste du Symbolisme.

Au terme de sa formation, Henri Loyrette, qui avait fait partie du jury du concours, alors directeur du musée d’Orsay, lui propose de rejoindre ses équipes. Cette spécialiste de l’histoire de l’art du XIXème et du début du XXème siècle obtient ainsi son premier poste de conservatrice à Orsay, un musée qu’elle a aimé et animé d’expositions et d’acquisitions de premier ordre, de 1994 à 2007. Durant cette période, elle fait aussi la connaissance de Guy Cogeval, avec qui elle assure en 2003 le co-commissariat de la rétrospective consacrée au nabi Édouard Vuillard au Grand Palais.

Puis, en 2007, Henri Loyrette, devenu entre temps président – directeur du musée du Louvre, rappelle à lui  Laurence Élisabeth de Pérusse des Cars pour lui confier la délicate mission de la direction scientifique de l’agence France-Muséum, qui est chargée de l’ouverture de l’antenne du Louvre à Abu Dhabi. Elle assure ses fonctions avec lucidité et sincérité et le suivi du projet contre vents et marées. Mais le chantier s’enlise, accusant un important retard à la livraison. Il se poursuit néanmoins et au lieu d’être achevé en 2012, il devrait être finalisé courant 2017. Mais les nombreux ratés du chantier ont créé des tensions entre les équipes du Louvre et les commanditaires émiriens. Dans une lettre adressée au directeur du musée du Louvre révélée par le journal « Libération » du 12 avril 2013, le cheikh Sultan déplore l’absence de transfert de compétences attendu de la France et d’équipes scientifiques à demeure, ainsi que le manque de cohérence de la politique d’acquisition des œuvres pour le futur «musée universel». En 2013, Jean-Luc Martinez est nommé à la date de l’établissement public du musée du Louvre et décide de remercier Laurence des Cars, en raison de la dégradation de ses relations avec les Émiriens.

Mais cette expérience malheureuse ne met cependant pas un frein à sa carrière, puisqu’en 2014, elle est nommée directrice du musée de l’Orangerie par la ministre de la Culture et de la Communication Audrey Azoulay, sur proposition de Guy Cogeval, qui dirige alors l’établissement public du musée d’Orsay, auquel est rattachée l’Orangerie depuis juin 2010.

C’est donc assez naturellement que le choix de la ministre s’est porté sur Laurence des Cars pour succéder à Guy Cogeval, qui prendra ses fonctions de directeur du nouveau centre d’études des Nabis et du Symbolisme à compter du 15 mars prochain. Ce dernier ne quitte cependant pas complément l’institution puisque ce centre, qui sera implanté dans l’hôtel de Mailly-Nesle, non loin du musée d’Orsay, lui sera rattaché.

La nomination d’une femme à la tête d’un établissement d’une telle envergure n’est également pas anodin. Elle répond à l’engagement du ministère de la Culture et de la Communication en faveur de la parité. Déjà en 2013, ce dernier souhaitait qu’une femme prenne la tête du musée du Louvre, mais cela ne s’était pas fait. La nomination de Laurence des Cars à Orsay vient donc renforcer la parité homme/femme à la tête des grands musées français. Elle intervient après celle de Catherine Pégard à la direction du domaine de Versailles en 2011 et de Sophie Makariou à la présidence du musée national des arts asiatiques Guimet en 2013. Le président de la République François Hollande, que Laurence a eu l’occasion de rencontrer le 27 février dernier afin de défendre son projet pour le musée d’Orsay, a confirmé le choix de sa ministre par décret. Laurence des Cars entrera donc en fonction le 15 mars prochain pour un mandat d’au minimum cinq ans. Les défis qui l’attendent sont de taille, mais Laurence a la carrure pour les affronter.

Ouvert au public en décembre 1986, l’établissement public du musée d’Orsay accueille en moyenne 3.5 millions de visiteurs par an, ce qui fait de lui un des dix musées les plus visités au monde ! Il présente l’art occidental de 1848 à 1914 et peut s’enorgueillir d’une collection riche de plus de 168000 œuvres, à laquelle viennent s’ajouter les donations récentes de Jean-Pierre Marcie-Rivière et du couple Marlène et Spencer Heys. Mais faute de place, le musée n’expose à peine 3% de ses collections. Contrairement à ses confrères du top 10 des établissements muséaux les plus visités, il est dix fois plus petit que ses confrères. Ce manque d’espace est un des nombreux défis qu’aura à relever Laurence des Cars. Mais la successeuse de Guy Cogeval ne manque pas d’ambition. Pour palier à ce problème, elle entend poursuivre les échanges avec le Louvre et le Centre Pompidou, deux musées nationaux dont les collections sont étroitement liées à celle d’Orsay, et mener une politique dynamique de prêts en faveur des musées territoriaux, valorisant ainsi la connaissance des œuvres conservées à Orsay.

La conservation du patrimoine n’a en effet de sens que si elle s’intègre dans une politique de transmission et de diffusion des connaissances et ce, la nouvelle directrice d’Orsay l’a bien compris. Elle souhaite renouveler l’offre de médiation à destination des publics, notamment familial et scolaire, et établir une stratégie numérique visant à une plus large diffusion des collections du musée.

D’ailleurs, son projet vise également à « conforter la place du musée d’Orsay sur le plan mondial, en s’appuyant sur des partenariats avec les grandes institutions internationales ». Mais cela ne devrait pas lui poser trop de difficultés car elle a déjà eu l’occasion de travailler avec ces dernières. Au fil des années, cette femme d’envergure a en effet su se tisser un réseau professionnel conséquent, en France et à l’étranger, à travers notamment de l’organisation d’expositions de dimension internationale : « Edward Burne-Jones » (New York, The Metropolitan Museum of Art ; musée de Birmingham ; Paris, musée d’Orsay, 1998 -1999), « Thomas Eakins, un réaliste américain » (Philadelphia Museum of Art ; Paris, musée d’Orsay ; New York, The Metropolitan Museum of Art, 2001 – 2002), « Édouard Vuillard » (Washington, National Gallery of Art ; musée des Beaux-Arts de Montréal ; Paris, Galeries nationales du Grand Palais ; Londres, Royal Academy of Art, 2003 – 2004), « Gustave Courbet » (Paris, Galeries nationales du Grand Palais ; New York, The Metropolitan Museum of Art ; Montpellier, musée Fabre, 2007 – 2008), « Jean-Léon Gérôme » (Los Angeles, Getty Museum ; Paris, musée d’Orsay ; Madrid, Musée Thyssen, 2010 – 2011), « La peinture américaine des années 1930 » (Paris, Orangerie ; Chicago, Art Institute ; Londres, Royal Academy of Arts, 2016 – 2017).

Le dernier volet de ce projet ambitieux et non des moindres consiste à rendre compte du caractère pluridisciplinaire des collections du musée d’Orsay en favorisant leur décloisonnement. L’objectif est de créer un « dialogue les oeuvres et l’ensemble des courants artistiques, littéraires et musicaux du XIXème siècle pour donner au public les clés de la modernité de cette période fondatrice ».

Avec une directrice de cet acabit, nous sommes confiants dans la réussite de son projet. Directe et franche, exigeante avec elle-même et avec ses collaborateurs, Laurence des Cars est capable de paris audacieux. Son ami, Olivier Gabet la décrit comme « une personne solide, respectueuse de la parole donnée, qui sait où elle va et qui est assez juste dans ses jugements ». Voilà qui promet de belles heures au musée d’Orsay !