Méca : La Nouvelle-Aquitaine réunit Frac et agences culturelles dans une même architecture

15 février 2017 Par
Sabina Rotbart
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Réunir sous un même toit un FRAC et deux agences culturelles pour coller davantage à l’approche actuelle, c’est le pari juste lancé à Bordeaux par la région Nouvelle-Aquitaine. Qui a confié à l’architecte danois Bjarke Ingels (BIG) et à l’agence parisienne Freaks, la construction de la Méca, autour de la future gare LGV. Un lieu qui rassemblera début 2019 la création tous azimuts, et qui sera ouvert aux professionnels comme au grand public.

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La maquette montre une forme de béton blanc, opalescent, doux comme du sucre. Une arche savamment déconstruite, un peu vrillée, ce qui lui ôte toute velléité pompeuse. La nouvelle Méca, en construction tout près de la gare LGV de Bordeaux doit accueillir en 2019 les deux agences culturelles régionales Oara et Ecla, chacune logée dans une des jambes de l’arche pendant que le Frac, posé au sommet, fera le pont entre elles.

La Méca sera visible dès l’arrivée en gare, car elle est posée juste à côté de la passerelle Eiffel qui franchit la Garonne à l’arrivée à Bordeaux. C’est un volume criblé de petites baies vitrées, un peu comme un rucher. Illuminée la nuit, elle fera sentinelle, éclairant au sud la longue promenade piétonne qui court au bord du fleuve, en répons à la nouvelle Cité du vin au nord. Le projet de Bjarke Ingels est assez éloigné du geste architectural narcissique de la génération précédente. Une certaine convivialité, avec l’idée d’une chambre urbaine protectrice sous l’arche, un rapport à l’espace ludique, drolatique, ouvert au monde, ne se prenant pas au sérieux tout en étant bien sûr économe en énergie et fonctionnel.

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Sur le plan culturel, ce sera une grande chance pour le Frac néo-aquitain, le plus important avec ses 1100 œuvres, après celui d’île de France, qui était jusque là confiné si ce n’est exilé vers les bassins à flot. Certes, cela peut sembler paradoxal d’offrir un si vaste espace en dur à un FRAC, lieu nomade par vocation puisque dédié à la diffusion dans les territoires mal irrigués par la culture. Les critiques s’expriment d’ailleurs ici et là. Pourtant cela n’a pas retenu les élus locaux (ici le socialiste Alain Rousset), et on peut les comprendre, qui veulent donner des gages de leur action à leurs administrés. Car finalement les Frac qui montrent pourtant beaucoup les œuvres dont ils sont dépositaires, sont aussi moins médiatisés, leur action proche du terrain restant moins spectaculaire. Plusieurs autres régions choisissent d’ailleurs actuellement de les inscrire dans la pierre. Certains y voient un gage contre leur disparition possible en cas de changement de majorité politique.

La conception de la Méca est intéressante aussi pour les artistes en résidence car la proximité image/ musique numérique/ spectacle vivant correspond mieux aux créations actuelles. D’autant que les moyens étaient jusque là souvent limités en région, les comédiens, les danseurs ou autres performers ne disposaient par exemple que d’une toute petite scène locale (le Molière, 45 m2) pour venir en résidence, alors que la Méca va leur offrir une scène de 400 m2 totalement modulaire, capable de répliquer l’ensemble des scènes existant dans la région.

Pépinières d’artistes en émergence, accueil de jeunes éditeurs, le lieu devrait attirer une nouvelle génération d’acteurs, mais aussi le public, car une salle d’une jauge conséquente (270 places) et un auditorium, permettront d’accueillir le public pour les sorties de résidence, des conférences ou des rencontres. Sans oublier le restaurant et le café, qui seront une halte appréciable pour les voyageurs sortant de la gare, mais aussi pour cet ancien quartier des abattoirs, très pauvre, très mité, où seuls quelques clubs mettaient un peu de vie la nuit. Quai de Paludate, Bordeaux, site des abattoirs.

visuel : Bjarke Ingels (BIG)