[Interview] Roland Auzet « La seule chose dont ont besoin les jeunes auteurs et compositeurs, c’est de fabriquer »

27 juin 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

L’automne parisien sème le trouble dans le calendrier, pourtant dans 10 jours le Festival d’Avignon aura sonné ses premiers trois coups. En légère marge, dans le cadre des 43eme Rencontres d’Été de la Chartreuse, le compositeur Roland Auzet accompagne Totem(s), un programme de croisements de la musique et du texte, les 8, 9 et 10 juillet. Rencontre et décryptage de cet outil utile pour dépoussiérer le monde du classique.

 

 

 

Moins de 1 % des oeuvres jouées ou des commandes passées appartiennent au répertoire des auteurs et / ou compositeurs « vivants ». 

Les maisons d’opéra sont truffées de metteurs en scène qui font des versions de Wagner, de Verdi, de Puccini, de Mozart. Ce chiffre de 1% vient d’une étude qui a été faite en 2015 sur la réunion des opéras de France qui a simplement regardé sur la saison de 2015, quels étaient les opéras qui travaillaient avec des compositeurs vivants français. Cela doit comporter une vingtaine de « baraques » et deux festivals. Si on considère que, pour un ouvrage d’opéra, il y a cinq collaborateurs artistiques, un metteur en scène, un dramaturge, un costumier, un éclairagiste, un scénographe par exemple. Sur les 196 ouvrages de la saison, il y avait donc l’équivalent de 1% de la présence d’un compositeur dans les équipes artistiques de ces projets.

Est-ce que vous avez été étonné en apprenant ce chiffre ?

Pas vraiment parce que je connaissais la réalité. Si vous prenez une maison d’opéra aujourd’hui, il n’y a soit pas de compositeur travaillant, soit peut-être un sur un projet.

Qu’est-ce que TOTEM(s) alors ?

TOTEM(s) est en résonance de ce chiffre-là. C’est aussi fait pour donner l’opportunité à des jeunes auteurs et des jeunes compositeurs de travailler ensemble. Les opéras et les maisons de musique ne sont pas avares de ce qu’on appelle les académies, Aix, par exemple, en est une. Ces académies sont des lieux où on produit des rencontres où la question du pédagogique est toujours là. C’est-à-dire, on fait venir un metteur en scène parler de son travail de l’opéra, les compositeurs sont assis là, écoutent, dialoguent entre eux, il a aussi des costumiers et autres, mais on reste sous le modèle d’académie pédagogique.

Moi j’ai souhaité faire le pari avec la Chartreuse que à l’endroit des écritures, on avait la possibilité de dire que l’on réunissait quatre auteurs et quatre compositeur sur trois sessions de travail dans la saison, octobre, avril, juin/juillet, on leur donnait la possibilité de faire naître quelque chose, un travail pour lequel on donnerait la lecture pendant le début du festival, le 8 – 9 et 10 juillet. Donc nous l’avons fait, ils se sont réunis.

Quel est votre rôle là-dedans ?

Mon rôle est de les choisir :  par rapport à leurs univers, où leur maturité même s’ils sont très jeunes. C’était des auditions par rapport à un travail existant. Et puis c’était la première année alors Catherine Dan, la directrice de la Chartreuse avait repéré deux – trois personnes, moi aussi. Pour la première session on n’a pas eu à devoir dénicher je ne sais pas quoi, c’était assez facile finalement. Donc ils ont été invités, ils ont reçu une commande pour avoir la lecture de ces premiers travaux.

Alors ces travaux, on les verra quand ? Et ça se passera comment, est-ce qu’il y aura des temps différents ?

Lors des 8 – 9 et 10 juillet, et ce sera le même programme donc deux ouvrages présentés, un de 40 minutes et un autre de 50, et un autre ouvrage qui n’en est pas encore au stade du plateau qui sera présenté à la table, comme une étape de travail. Mais un des deux ouvrages comporte le travail cumulé de deux compositeurs et deux autrices. Donc ces trois jours vont se ressembler, et j’avais envie de parler de la dimension des politiques culturelles, alors le dernier jour on réunit des responsables. Ça va de Patrick Bloche le patron de la culture à l’assemblée, Pierre-Michel Menger qui est un sociologue qui se penche sur la question du travail créatif, évidemment, il y a Pascal Rogard, le directeur de la SACD et puis quelques patrons d’opéras, des compositeurs, des responsables culturels et autres qui vont venir pour essayer de partager une prise de conscience, cette nécessité de changer le monde à cet endroit-là.

Quel est le lien avec le festival d’Avignon ?

 La Chartreuse a un lien avec le festival, mais pas particulièrement ce programme.

Avez-vous envie de tisser plus de liens entre le programme et le festival ?

Non, le festival n’est pas le lieu de ces travaux, c’est un endroit où on monte des projets artistiques etc… Mais que le festival d’Avignon veuille ou puisse avoir des rapports avec des compositeurs qui sont porteurs de projets est évidemment mon souhait, mais à ce jour c’est relativement peu le cas.

Pouvez-vous nous expliquer ce lien entre la musique et le texte ?

Il y a un auteur et un compositeur qui travaillent ensemble, donc ça peut donner une forme cumulée de l’écriture du théâtre et de la musique, ça peut être un opéra, et il y a d’ailleurs l’un des deux projets qui sera concrètement un opéra, L’inconnu du lac, qui est déjà pris en production par le théâtre de la monnaie et la fondation Gulbenkian. Et ça peut être du théâtre musicale, donc plus articulé, plus parlé, mais pas sur le mode lyrique.

Dans votre demande, il faut qu’il y ait les deux, mais pas forcément avec la même proportion ?

Absolument, cela peut-être un ouvrage que lyrique avec très peu de texte, parlé sans texte chanté. Je crois qu’aujourd’hui on a suffisamment de possibilités avec l’histoire de la musique y compris jusqu’à la musique po de laisser les gens travailler sur leurs imaginaires et les laisser faire ce qu’ils veulent.

Justement, dans ce qui va être montré, il y aura quels styles musicaux ?

 Alors ce sont des textes écrits qui sont cumulés avec les compositeurs, et il y en a un avec une guitare électrique avec un ensemble, un autre où il y a un ensemble à corde avec des vents.

Ça glisse sur le côté contemporain alors ?

On va dire que c’est très actuel. Par exemple l’ouvrage travaillé avec la guitare électrique il y aura Caroline Rose qui a fait The Voice et a chanté dans les opéras des Bouffes du nord, et a un groupe de blues rock, puis chante des créations de compositeurs contemporains. Le projet est à l’image de son parcours

 Ndlr  : Roland Auzet précise l’importance du centre Acanthes

Le centre Acanthes était basé sur le travail de la musique qui était installé à la chartreuse, porté dans les années 80 par Claude Samuel et qui a réuni notamemnt Xenakis, Berio Dusapin, donc chaque année il faisait venir une figure et autour il organisait une académie de musique. On le sent, à l’endroit de la chartreuse, la musique a été là. Donc je suis très heureux de réinvestir ce champ-là. C’est une terre qui est évidemment collée au festival d’Avignon qui est le grand événement artistique de ce moment-là de l’année, et aussi pour dire que ce n’est pas une académie pédagogique, c’est un endroit de fabrique de jeunes artistes qui produisent quelque chose et je veux insister sur le fait que trop d’académies ne sont que pour les endroits pédagogiques, les conférences. La seule chose dont ont besoin les jeunes auteurs et compositeurs, c’est de fabriquer. Il y en a marre de considérer que quand on a 25 ou 30 ans, on soit encore obligé d’aller dans une académie pour entendre quiconque nous raconter comment il a fait son dernier Wagner ou son prochain Verdi. Il faut absolument que les pouvoirs publics ouvre des fabriques, là où les gens se mettent dans une pièce avec un piano, un auteur, un compositeur, deux chanteurs et un acteur et ils se démerdent, parce qu’ils ont suffisamment de formation, la plupart à fait entre 15 et 17 ans de conservatoire, donc il faut leur faire confiance.

Visuel : ©Emmanuelle-Murbach


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