[Interview] Marc Le Glatin, tête pensante du Théâtre de la Cité Internationale

27 juin 2016 Par Amelie Blaustein Niddam | 0 commentaires

Dans son bureau qui donne vue sur le campus, Marc Le Glatin ne peut pas oublier que le théâtre dont il a la direction depuis le 1er juin suite à sa nomination du 26 mai est situé au cœur d’un campus, le plus international de Paris : 12000 étudiants et chercheurs de 140 nationalités différentes, 40 maisons. Le grand bonhomme aux grandes lunettes voit clair sur la place que le TCI doit occuper, dans cet endroit et un contexte très particulier.

En politique il y a eu la Belgique, et en culture le TCI. Le théâtre est resté 20 mois sans direction. Marc Le Glatin qui a été à la tête du Théâtre de Chelles pendant seize ans arrive donc dans une situation étrange. Comment les choses se sont-elles organisées pendant ces deux ans ? Il raconte : « cela a plutôt bien fonctionné » et temporise « mais ce n’est pas idyllique ». Il l’affirme : « mon arrivée n’a pas suscité de défiance ». Pendant deux ans, le théâtre, suite au départ de Pascale Henrot était donc géré par ses salariés. Honnêtement, le public n’a jamais été sanctionné de ce manque tant la programmation choisie est juste. Si ce n’étaient les pétitions et les prises de paroles avant les spectacles, il était impossible de savoir. Et pour cause, cette vacance du pouvoir a permis des prises de décisions collégiales avec lesquelles Marc Le Glatin devra composer.

Si il a été choisi parmi une liste de cinq autres concurrents c’est pour son projet pluriel qui a deux axes : « les résidences » d’artistes et « la jeune création ». L’idée simple est d’utiliser les « ressources humaines » du lieu, composé d’étudiants, au minimum de niveau master de chercheurs. Dans ce sens, l’École Supérieure d’Art Dramatique « met un pied, mais pas les deux » au TCI. Il s’agit d’offrir aux apprentis comédiens un plateau pour créer et répéter. La programmation qu’il mettra en place la saison prochaine sera composée de »40 % théâtre et 60 % danse, cirque, musique », il précise « jazz, musiques improvisées et musique du monde pour parler à tout le monde ». Sa volonté, est de « donner le plateau et la visibilité à ceux qui ne l’ont pas «
Il faudrait être fou pour faire du TCI uniquement un lieu dédié à la jeune création et Marc Le Glatin semble avoir la tête bien vissée sur ses larges épaules. Avec intelligence il prévoit ( et « souhaite ») la pérennité de partenariats précieux comme celui avec le Festival d’Automne qui permet la co-production de grands spectacles. Les grands noms croiseront donc ceux à découvrir.

Mais Marc Le Glatin doit faire face, et il semble serein, à une lourde crise. Entre 2016 et 2018, la CiuP va opérer une « baisse sensible » de ses financements. Marc Le Glatin a l’élégance de la mesure mais il s’agit de diviser par deux cet apport qui était de de 880 000 euros en 2016 et qui tombera à 400 000 en 2018. « La baisse de financement ne peux pas se répercuter uniquement sur le budget artistique. Ce sont les artistes qui nous font vivre. » Alors, cinq salariés bénéficient d’un plan de départ volontaire. Cela veut dire qu’il faudra penser et faire avec moins de personnel.
« Il va y avoir moins de lever de rideaux ». La solution est nette, jouer moins. C’est déjà le cas, on est aujourd’hui à 170 représentations par saison. Un mal pour un bien évident puisque ce changement permettra aux artistes de passer plus de temps en création, au plateau.
Il insiste sur un changement de paradigme très lié à cette décision « un changement anthropologique de génération ». Il parle de « génération hypertexte », faisant référence à une pensée en arborescence. Les temps ont changé et l’idée est ici de relier tous les acteurs : les universitaires, les étudiants, les artistes, les publics habitués et en devenir pour appréhender le théâtre comme un laboratoire politique.

Du côté de la politique, cette fois culturelle, Marc Le Glatin a du créer des armes administratives pour répondre au manque de budget. Le théâtre public qu’est le TCI prendra le statut d’association, « le statut le plus naturel pour un théâtre » auquel se sera associé, dans une entité juridique séparée un bureau de production dirigé par Claire Dupont qui viendra aider et accompagner les compagnies en création.
Il le dit avec humour face aux incompréhensions devant cette structure à deux têtes : « Le Théâtre de la Cité Internationale ne deviendra pas un théâtre du Off d’Avignon ». La formule est efficace, le TCI reste un théâtre public, qui désormais possède à sa tête un homme lucide, armé d’un projet ambitieux pour redonner du lien entre le théâtre, la cité et les environs. Plus que jamais, ce théâtre qui a fait l’expérience folle d’une démocratie horizontale, se réinstalle dans le champ cultuel en ayant les yeux tournés vers le futur.

Visuel : ©Mathilde Delahaye


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