État d’urgence : l’annulation du cinéma en plein air à Paris pour « raisons de sécurité » pose question

21 juillet 2016 Par Gilles Herail | 1 commentaire

La préfecture de police de Paris a annoncé hier l’annulation des deux principaux festivals de cinéma en plein air parisiens (Ciné Villette et Cinéma au Clair de Lune) et du tournoi estival de Streetball (Quai 54). Alors que l’état d’urgence vient d’être renouvelé pour 6 mois par le Parlement en réaction au massacre de Nice, cette décision repose la question de l’équilibre à trouver entre mesures de sécurité préventives et maintien des espaces de convivialité, de vivre-ensemble et de culture. Analyse.

Nous vous avions déjà parlé ici , à l’occasion de l’Euro 2016, de la polémique sur le maintien des fans zones de supporters malgré l’état d’urgence. La question de la sécurisation des espaces de rassemblement reste brûlante, provoquant des discussions toujours plus enflammées, relancées par l’attaque de Nice. La raison et la mesure le bon sens l’avaient emporté gain de cause jusqu’à présent, en décidant de maintenir l’immense majorité des manifestations culturelles, tout en assurant une sécurité renforcée. Avignon a bien heureusement pu avoir lieu, les parisiens se sont régalés devant l’écran géantissime de la Tour Eiffel et la fête de la musique a dérangé comme il se doit les riverains jusque tard dans la nuit. L’annonce hier de l’annulation des festivals de cinéma en plein air parisiens (Ciné Villette et Au Clair de Lune) et du tournoi de Streetball (Quai 54) va à l’encontre de cette sage jurisprudence. En préférant la suppression pure et simple d’événements pour « raisons de sécurité ».

La prévention du terrorisme et la protection des populations contre le risque d’attentats sont ardues, complexes, et peuvent nécessiter des mesures de sécurité particulières que tout le monde comprend et auxquelles nous nous habituons. Les fans de musique le savent bien, faisant l’objet de multiples fouilles à l’entrée des salles de concert depuis le Bataclan (4 séries à l’Olympia !). Les amateurs de foot ont pris leur mal en patience lors de files d’attente monstres créées par les différents contrôles précédant l’accès au Saint Graal (du stade ou des écrans géants). La mobilisation des forces de sécurité (publiques ou privées) a bien évidemment un coût mais permet de rassurer tout en continuant à vivre normalement. En maintenant ce qui fait la force d’une ville comme Paris : l’utilisation de l’espace public par les habitants. En sirotant son rosé sur les quais, en bronzant aux Buttes Chaumont, en écoutant de la musique live, en s’attroupant devant des animations de rue ou en se posant tout simplement dans l’immense prairie de la Villette pour regarder de bons films entre amis.

L’annulation (surprise) des festivals de ciné en plein air est symptomatique d’un risque qu’il ne faut pas prendre à la légère. Dans le contexte d’une prolongation de l’état d’urgence pour 6 nouveaux mois et alors que la classe politique française survend des mesures miracle face au terrorisme, la Préfecture de Paris s’est sentie obligée de réagir à chaud. D’agir symboliquement, de montrer que des mesures étaient prises, d’anticiper d’éventuelles critiques, de faire quelque chose. Des événements sont maintenus (Fnac Live), d’autres annulés, sans explications ni consultations, alors que la mairie de Paris les avait autorisés. Avec dans le cas de Quai 54 des mois de boulot qui partent en fumée, en l’espace des quelques lignes d’un communiqué. Dans l’hypothèse, pessimiste, où d’autres attentats surviendraient dans les semaines ou les mois qui viennent, se posera la question de la limite à établir pour ne pas mettre en danger des lieux et des initiatives qui font le vivre-ensemble et la cohésion des territoires.

Faudra-t-il renoncer à la musique et au théâtre de rue, aux festivals en tout genre, aux parades déguisées, aux lectures publiques, au cinéma en plein air, aux petits cirques itinérants, à la plage, aux parcs, aux quais et aux retransmissions sportives, au nom de la sécurité ? La question est loin d’être anodine et se posera de plus en plus avec une campagne présidentielle qui va s’accélérer dès septembre et sera l’occasion d’aller toujours plus loin dans la surenchère. Il faudra alors défendre l’importance d’une culture populaire qui s’ invite dans l’espace public, sort de la salle de cinéma, de théâtre, de concert pour toucher toujours plus de monde et renforcer un lien social plus que jamais nécessaire.

Gilles Hérail


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COMMENTAIRES:

  1. Amelie Blaustein Niddam

    Merci Gilles.
    A Avignon, les garanties de sécurité de façade sont déplorables : crèmes solaires ou petits anti-moustiques sont confisqués tandis que la file d’attente pour les spectacles se fait dense, devenant une sublime cible.
    C’est kafkaien et tu le dis bien.

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