Des artistes boycottent la Biennale de la Méditerranée en Israël

27 juin 2017 Par
Sarah Lapied
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La troisième édition de la Biennale de la Méditerranée à Sakhnin qui démarre le 29 juin expose les œuvres de six artistes français : Adel Abdessemed, Yto Barrada, Nathalie Bikoro, Bouchra Khalili, Pierre Huyghe et Zineb Sedira. Cependant, le fait de participer à cet événement israëlien, discret dans les médias et sur Internet, n’est pas au goût de tous les artistes conviés.

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Affiche officielle

“L’Art pour la paix”, c’est en cinq mots l’objectif de la Biennale Méditerranéenne de Sakhnin qui, selon ses organisateurs, tend à promouvoir la paix par un dialogue artistique entre les communautés et les cultures favorisant l’éducation, la tolérance, le respect et la non-violence. « The exhibition Out of Place aims at establishing a dialogue between people and create a place where everyone can have their say in a discussion where there are no winners or losers », est-il écrit dans un communiqué officiel.

“Comment ré-intéresser le public à l’Art ?”, “Quelle est la pertinence de l’Art dans nos sociétés contemporaines” : autant de questions posées par l’exposition qui se déroulera entre le 30 juin et le 30 décembre 2017 dans la vallée de Sakhnin en Israël.

Parmi les artistes dont les oeuvres figurent au programme, on compte notamment la photographe franco-marocaine Yto Barrada, dont le travail a été exposé à la Galerie du Jeu de Paume à Paris et à la Biennale d’Art Contemporain de Lyon, l’artiste franco-marocaine Bouchra Khalili dont le travail porte surtout sur le dialogue et le partage entre les minorités, et l’artiste française Zineb Sedira dont le travail porte principalement sur la transmission de la mémoire, l’immigration et la guerre d’Algérie. Or ces artistes ont répondu à l’annonce de leur participation à cette Biennale par plusieurs communiqués indignés, aux côtés du Libanais Akram Zaatari, de Walid Raad et de Jordi Colomer.  Ils affirment en effet que leurs oeuvres ont été prêtées au Ministère de la Culture israëlien (dont la dirigeante avait elle-même suscité la colère en portant une robe de bien mauvais goût au festival de Cannes) par le Fonds régional d’art contemporain (FRAC) de Provence-Alpes-Côte-d’Azur sans leur consentement, ce que réfute Pascal Neveu, son directeur.  Parmi les indignés, Akram Zaatari a expliqué vouloir éviter « l’instrumentalisation » de son travail par le gouvernement.

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Akram Zaatari: Tarho and El Masri, 1958.

En effet, la liste des artistes conviés comporte une bonne partie de noms arabes, ce que certains artistes ont d’ores et déjà qualifié de « whitewashing » (que l’on pourrait traduire par « édulcoration ») par l’art de la politique colonisatrice menée par Israël en Palestine. Israël compte beaucoup sur son soft power, avec son ouverture au tourisme gay (Jean Stern a publié récemment un essai appelé « Mirage gay à Tel Aviv » à ce sujet) et son slogan d' »unique démocratie de la région » pour redorer son image et éviter le boycott des pays européens. Une brillante illustration, s’il en est encore besoin, que l’art est toujours – au moins en partie – politique…