Pamphlets antisémites de Céline : Gallimard fait marche arrière

12 janvier 2018 Par
Ines Guillemot
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Après avoir déclenché une vive polémique en annonçant la réédition des pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline, Antoine Gallimard décide la « suspension » du projet.

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La maison d’édition Gallimard annonçait jeudi qu’elle renonçait à la publication des pamphlets antisémites de Céline. « Au nom de ma liberté d’éditeur et de ma sensibilité à mon époque, je suspends ce projet, jugeant que les conditions méthodologiques et mémorielles ne sont pas réunies pour l’envisager sereinement », a indiqué Antoine Gallimard dans un texte adressé à l’AFP.

La suspension du projet répond aux fortes pressions auxquelles était confrontée la maison d’édition depuis décembre. Le CRIF, la LICRA, et l’association Fils et filles de déportés juifs de France avaient réagi à l’annonce de la publication en qualifiant les pamphlets de « brûlot anti-juif », et « d’appel au meurtre », selon des propos rapportés par l’AFP. Une pétition intitulée « Non aux écrits antisémites de Céline » circule également sur internet, affichant plus de 16 000 signatures.

Des écrits « dangereux »
Serge Kalferd, président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France, s’est indigné contre des écrits « dangereux », engageant un débat entre « céliniens », opposants, et partisans d’une réédition critique. Pour lui, la dangerosité des pamphlets tient à la force convaincante de Céline, à laquelle « aucun appareil critique ne peut résister ».

« Les Beaux Draps », « L’École des cadavres », et « Bagatelle pour un massacre », ont été publiés entre 1937 et 1941. Profondément ancrés dans les mémoires d’avant-guerre, violents et antisémites, ils avaient contribué à banaliser la haine anti-juive et n’avaient donc pas été réédités depuis.

Importance d’une réédition critique
Pour Pierre-André Taguieff, politologue et historien critique de Céline, seul un regard scientifique permettrait d’acquérir la distance nécessaire face à ces textes de propagande. D’où l’intérêt d’en faire une réédition critique : « pareils textes de propagande requièrent une contextualisation rigoureuse susceptible de mettre en lumière les citations ou les chiffres falsifiés, de démonter les mensonges et les accusations diffamatoires », déclare-t-il dans une tribune de l’Obs.

Si Antoine Gallimard assurait vouloir réaliser une édition critique, accompagnée d’une analyse du professeur d’université Régis Tettamanzi et d’une préface de l’écrivain Pierre Assouline, l’éditeur a préféré reporter cette décision, déclarant à l’AFP qu’il comprenait et partageait « l’émotion des lecteurs que la perspective de cette édition choque, blesse ou inquiète pour des raisons humaines et éthiques évidentes ».

Ces pamphlets sont de toute façon disponibles sur internet, et seront libres de droits d’ici 2031. La polémique est donc bel et bien « suspendue ».

Visuel : CC © Meurice