On ne plaisante pas avec les règles ! De l’humour dans les menstruations.

8 mars 2016 Par Coline Renault | 0 commentaires

Ce n’est pas comme si les expressions manquaient : Des anglais qui débarquent à l’agaçante « ragnagana « , en passant par la désuette expression « avoir ses ours », oubliée à la sortie du XXème siècle, le répertoire des jeux de mots sur les règles s’ouvrait bien largement devant les humoristes. Sans parler du monde des situations et anecdotes incongrues, pénibles, embarrassantes qui se dessine à l’aube des blagues menstruelles, dont les hommes comme les femmes pourraient coassement faire usage pour un sketch digne de ce nom. Et puis, avouons le, ne serait-ce pas un sujet de prédilection pour tout humour grivois et bien gras ?

Pourtant, rien. On a beau chercher, même en remontant ces dernières années, il n’y a que peu, -voire pas – de sketch qui se consacre d’une manière ou d’une autre à l’univers des menstruations. Quand les anglais débarquent, les humoristes sont les premiers effrayés et fuient un terrain pourtant bien adapté. Devant le rouge vif, néanmoins, certains ont résisté. Il y a eu les Nuls, qui faisait innocemment remarquer « Excusez moi, Chantal, vous avez un tampax sur l’oreille ». Ce à quoi ladite Chantal, horrifiée, s’empressait de rétorquer « oh, mais vous n’avez pas vu mon stylo ? ». Référence légère aux anecdotes récurrentes des femmes devant faire face au moins une fois dans leur vie à un tampon indiscret d’une manière ou d’une autre, le sketch des Nuls évite cependant la bonne blague bien grasse, même si on apprécie le ton légèrement ampoulé de la remarque candide d’Alain Chabat.

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En fait, quand il s’agit de se moquer des pans un peu coincés de la société, là, on hésite moins à se jeter à l’eau. Pensons notamment au sketch  «Tampix», interprété par Deborah Levi et Stéphanie Pasterkamp: ici, on se moque largement des pubs exagérément enthousiastes, souvent misogynes et caricaturales pour les protections hygiéniques . Le niais et complice « Ah, mais tu as tes règles ? » et l’enjoué « Mais ça, c’est parce que tu ne connais pas les supers tampons TAMPONS TAMPIX ! «  tournent en dérision les conceptions machistes et caricaturées qui entourent les règles. Le débat sur la taxe tampon l’an dernier a lui aussi permis quelques vannes bien placées contre des remarques quelques peu désavouées de ces monsieurs, qui, quand bien même haut placés dans la sphère politique comme l’est un député, comparent habilement les protections hygiéniques à de la crème à raser. Remercions alors quand même Sophie Aram taclant Christian Eckert le 20 octobre au micro de france inter. En même temps, ce dernier énumère, agacé, une liste de divertissement tels que les parcs d’attraction, les entrées des grottes et les tampons. « C’est vrai que c’est une partie de notre anatomie parfois mal éclairée et que des fois on s’y amuse un peu », s’amuse l’humoriste. Avant de s’indigner »Ce n’est pas parce que les serviettes sont vendues dans de jolis emballages girly, pliées en trois dans leur petite pochette que les règles c’est tous les jours la fête du slip »! . On a ri, merci Sophie Aram. 

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Faut-il néanmoins que notre porte monnaie soit en jeu pour rire du sujet ? Est-il forcément féministe et politisé ?

Puisque Florence Foresti comme Anne Roumanoff semblent bouder le thème, il est en fait nécessaire de traverser l’atlantique pour rencontrer une approche un peu plus frontale de l’humour des règles. Ainsi retrouvons-nous Amy Schumer rire sans complexe ni revendications féministes de ses premières règles sur un plateau télévisé, racontant ce moment délicat survenu en même temps que la perte de sa dernière dans de lait.

Il n’y a pourtant rien à faire : si les blagues scabreuses restent récurrentes, personne ne semble avoir envie, de fait, d’entendre des sketchs, même très drôles, évoquer les anglais un peu plus crument. On ne plaisante pas avec les règles, à moins bien sûr qu’il s’agisse d’une position politique ou d’une satyre sociale. Peut-être que lorsque sera venu le temps de rire des règles sans arrières pensées, cette fois, on pourra songer qu’elles sont bel et bien acceptées dans la société.

Visuel : capture d’écran de la vidéo du billet de Sophie Aram sur la taxe tampon du 20/10/15


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