La chute de Mossoul: que reste-t-il du patrimoine culturel?

11 juillet 2017 Par
Donia Ismail
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L’un des symboles de la puissance de l’État islamique n’est plus. Après des semaines de bataille acharnée, le Premier ministre irakien, Haïder al-Abadi, a officiellement annoncé le retrait total de DAESH de la deuxième ville irakienne, connue pour son héritage culturel. Qu’en reste-t-il ?

Mossoul vient d’être libérée de l’emprise du groupe terroriste par les forces irakiennes. Au cours d’une bataille longue et difficile, coûtant la vie d’une large partie des habitants de la ville millénaire, la culture, fortement présente au cœur de cette cité, est aujourd’hui détruite en mille morceaux.

Si la ville de Mossoul reste l’une des villes les plus importantes de l’Irak au niveau démographique, cette cité millénaire avait une signification particulière pour le groupe terroriste. Durant l’été 2014, c’est au cœur de la mosquée Al-Nouri, joyau de l’Art musulman, que le califat de Daesh était prononcé par son chef Abou Bakr al-Baghdadi. Il y a une semaine, voyant les troupes irakiennes avancer rapidement, les djihadistes encore présents sur place ont fait exploser non seulement la mosquée datant du XIIème siècle mais aussi son fameux minaret penché « Al-Hadba » symbole de toute une ville – il apparaît sur les billets de 10 000 dinars irakiens – , une tragédie selon l’UNESCO. Le fameux quotidien britannique The Guardian titrait alors: « C’est une perte monumentale pour les Irakiens mais aussi pour les êtres humains du monde entier ». Pourtant en 2014 on raconte que les habitants de Mossoul, majoritairement musulmans et attachés à leur lieu de culte, avaient formé une chaîne pour la sauver, en vain.

Depuis le début du califat, l’une des armes utilisées par les djihadistes reste la destruction du patrimoine culturel que renferme la ville. Ainsi depuis la prise de Mossoul par l’État islamique, en 2014, c’est plus des trois quarts des monuments, bibliothèques, musées en tout genre et autres lieux culturels qui ont été les victimes de bombardements intensifs. Le but de ces hommes? Détruire tout ce qui est antérieur à l’ère islamique, considéré comme allant à l’encontre de l’Islam, ou plutôt de leur vision erroné de l’Islam qu’ils arborent. Successivement ce sont des hauts lieux chrétiens mais aussi assyriens, civilisation millénaire dont Mossoul est l’une des capitales emblématiques, qui ont été détruit sans vergogne. S’ajoutent à cela tout ce qui s’approche de près ou de loin au chiisme, branche de l’Islam que les djihadistes de l’État islamique combattent avec ferveur, mais aussi tous monuments sunnites considérés comme étant des hauts lieux d’idolâtrie.

Un patrimoine culturel anéanti

Au fur et à mesure du conflit, les Nations-Unies ont établi une carte précise des lieux historiques toujours sur pied à Mossoul. Et le constat est affligeant.

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Le tombeau du prophète Jonas, lieu symbolique de pèlerinage a été l’un des premiers monuments à disparaitre sous le joug de l’État Islamique en 2014. En ce qui concerne la religion chrétienne, très peu présente en Irak, ses hauts lieux de cultes comme le monastère Saint-Élie ont eu le même sort: détruits en mille pièces.

La Bibliothèque de Mossoul était l‘antre du savoir dans la ville millénaire: des milliers de livres et manuscrits rares du XIIIe au XXe siècle ont été brûlé en janvier 2015 sous les yeux des caméras rappelant les douloureux souvenirs de autodafés dans les années 30 en Europe. Une perte considérable pour le patrimoine culturel de la région. Heureusement, un prêtre dominicain, père Najeeb, voyant l’avancée de l’État islamique dans la région en 2014, avait décidé de cacher les plus rares d’entre eux dans le Kurdistan irakien.

La civilisation assyrienne, dont l’Irak constitue l’un des berceaux les plus importants, a tout bonnement été éradiqué de la ville. La cité du Nimroud, l’un des sites assyriens les plus vastes, fondée au XIIIème siècle avant l’ère chrétienne a été détruit à la pioche, au bulldozer et à l’explosif. Ce ne sont pas les seuls vestiges mésopotamiens ravagés par le groupe terroriste: les murs de Ninives ont été partiellement détruits, comme l’indique la carte des Nations-Unis datant de 2016. On imagine bien qu’un an après, les dégâts ont dû augmenter.

La restauration 2.0 comme dernière solution

Après trois ans d’un long siège meurtrier, il est l’heure d’évaluer de plus près les pertes culturels et de rénover voire sauver ce qui peut l’être.
En amont, le British Museum a lancé début 2016 une formation qui vise à enseigner à des archéologues irakiens les principes de la restauration 2.0. « Quand la ville de Mossoul sera libérée des mains du groupe Etat islamique, il y aura un vaste plan de reconstruction de son musée », annonçait Sébastien Rey, archéologue au British Museum de Londres, en février 2017. La formation est constitué de trois mois d’apprentissage théorique à Londres suivis de deux mois de terrain sur deux sites irakiens situés « dans des zones assez sécurisées pour travailler » a indiqué John Simpson, directeur adjoint du programme. On leur présente alors les dernières avancées dans le domaine de l’archéologie: exploration géophysique à distance à l’aide d’outils comme le magnétomètre ou encore le radar à pénétration du sol.

D’autres alternatives existent: la restauration uniquement virtuelle. Une start-up française, Iconem, a décidé de se lancer dans l’aventure afin de « Préserver la mémoire du patrimoine menacé grâce aux dernières innovations technologiques ».
Lancée en 2013, ce site internet a pour but de livrer aux internautes des images de sites archéologiques totalement restaurés grâce à des logiciels de traitements de l’image (Reality Capture, CloudCompare, etc.) et à la photogrammétrie (création d’un édifice en 3D à partir d’une de points collectés numériquement).

 

visuel: ©/cc/flickr/wikimédia