Mort de Tobe Hooper: cinéaste du cultissime « Massacre à la tronçonneuse »

27 août 2017 Par
Gregory Marouze
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Tobe Hooper, le réalisateur du mythique Massacre à la Tronçonneuse est mort samedi à l’âge de 74 ans. Il avait terrorisé la planète avec ce film entré immédiatement dans l’Histoire du cinéma. Il avait également signé d’autres films comme Funhouse (1981) ou Poltergeist (1982). Quelques semaines après George A. Romero (La nuit des morts-vivants, Zombies, Creepshow, …) une autre légende du cinéma d’épouvante et d’horreur vient de disparaître.

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Né à Austin au Texas le 25 janvier 1943, Tobe Hooper est mort samedi 26 août à Los Angeles.

Après avoir signé en 1970 un long-métrage à petit budget intitulé Eggshells, il signe en 1974 le film qui va asseoir sa légende : Massacre à la tronçonneuse (The Texas Chainsaw Massacre).

Inspiré notamment du tueur en série nécrophile et cannibale Ed Gein (qui inspira également le Psychose de Alfred Hitchcock), Massacre à la tronçonneuse est réalisé pour une poignée de dollars en 16MM. Le film – dont on dit qu’il fut produit par la mafia – se tourne dans des conditions difficiles. Des membres de l’équipe sont malades car la présence de viande sur le tournage dégage vite une odeur pestilentielle, à cause de sa putréfaction due à la chaleur du Texas.

Légende ou la vérité ? Comme le dit John Ford dans L’Homme qui tua Liberty Valence : « Si la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende.».

Il n’empêche, Massacre à la tronçonneuse marque considérablement les esprits. Il est présenté au Festival de Cannes avant d’être purement et simplement interdit dans les salles françaises. La sortie VHS du film dans la collection imaginée par René Château Les films que vous ne verrez jamais à la télévision connaît un véritable succès auprès de jeunes cinéphiles en mal de sensations fortes. Le film ne sort en salles en France qu’en 1982 en étant strictement interdit aux moins de 18 ans.

Massacre à la tronçonneuse n’est pas une simple sensation horrifique. Il s’agit d’un grand film, à la réalisation proche du documentaire et de l’expérimental. Les montages images et son, ainsi que le design sonore sont d’une qualité exemplaire.

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On peut sans doute leur attribuer l’effet que procure Massacre à la tronçonneuse sur les spectateurs. Beaucoup sont persuadés qu’il s’agit d’un film gore. Il n’en est rien. L’horreur y est souvent montrée hors-champ. Mais la folie présente dans l’image, le rythme, l’hystérie qu’on retrouve dans la quasi totalité des scènes terrorisent au point de faire fonctionner l’imaginaire de ceux qui ont vu le film et… de ceux qui ne l’ont pas découverts.

On peut également voir Massacre à la tronçonneuse comme l’un des documents les plus passionnants réalisés sur l’Amérique des années 70. La folie, la violence, la noirceur du film ne représentent-elles pas une nation au bord du chaos, qui s’enlise au Viet-nam?

En 1986, Tobe Hooper signe une suite à Massacre à la tronçonneuse, produite par la défunte Cannon, sobrement intitulée Massacre à la tronçonneuse 2. Le cinéaste signe une séquelle réjouissante, cette fois ouvertement gore, dans laquelle il injecte un humour d’une noirceur irrésistible (déjà présent de façon plus codée dans le premier volet). Dans cette suite, la violence des années 80 et des années Reagan sont la cible de Tobe Hooper.

Massacre à la tronçonneuse devient par la suite une franchise à laquelle Tobe Hooper ne participe pas mais où l’on retrouve son tueur fou culte: Leatherface !

Hooper signera également l’excellent Le crocodile de la mort (1977) dans lequel on retrouve le futur Freddy Krueger de Les Griffes de la Nuit (1984) de Wes Craven: Robert Englund.

1979, on lui doit l’adaptation pour la TV américaine de Salem’s Lot d’après Stephen King.

1981, Hooper réalise le trop mésestimé Massacres dans le train fantôme (Funhouse) qui joue sur les codes du slasher et utilise avec une grande efficacité les décors.

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1982, Hooper signe Poltergeist produit par Steven Spielberg. Film d’une redoutable efficacité, Poltergeist est une histoire de maison hanté dans laquelle on retrouve les obsessions de Spielberg pour la famille et la middle-class américaine.

Bien que Hooper soit crédité au générique comme réalisateur , il est désormais plus que probable que Spielberg ait mis en scène le film. On retrouve dans Poltergeist les mêmes éclairages, mise en scène et décors que dans les films réalisés à l’époque par le cinéaste de E.T. (1982). On ne retrouve réellement la patte de Hooper que lors de certaines scènes finales et notamment celle où les squelettes remontent à la surface d’une piscine en construction. Poltergeist fait désormais figure de classique !

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1985, Hooper signe pour la Cannon un film massacré par la critique mais adoré des amateurs de cinéma fantastique : Lifeforce ! Hooper signe un spectacle généreux au budget pharaonique pour l’époque dans lequel on retrouve une Mathilda May de toute beauté (nue durant la quasi intégralité du film), des décors et effets spéciaux sidérants, et une histoire qui mélange extra-terrestres vampires de l’espace, morts-vivants, érotisme, horreur et science-fiction. Aujourd’hui Lifeforce tient encore sacrément bien la route !

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On n’en dira pas autant de son remake du film de William Cameron Menzies L’Invasion vient de Mars, qu’il tourne pour la Cannon en 1986.

La suite de la carrière de Tobe Hooper est hélas anecdotique puisqu’il réalise des longs-métrages allant du médiocre The Mangler (1995) à l’irregardable Mortuary (2005).

Hooper retrouve cependant l’inspiration en signant Dance of the dead en 2005 pour l’anthologie d’épouvante Masters of Horror, qui réunit des cinéastes comme Dario Argento, John Carpenter ou Joe Dante.

Après les décès de Wes Craven et George A. Romero,  la mort de Tobe Hooper fait disparaître un peu plus tout un âge d’or de l’épouvante des années 70-80.

On retrouvera prochainement Tobe Hooper dans le documentaire de Jean-Baptiste Thoret : We Blew it dont la sortie française est annoncée pour le 8 novembre 2017.

Grégory Marouzé

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